15/06/2019  |  5204 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 12/06/2019 à 15:01:49
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Furia Sound Festival - samedi 24 juin

2006

Dead Kennedys, Fishbone, Baxter Dury, White Rose Movement, Messer Chups, Têtes Raides...

Cergy-Pontoise, base de loisirs (France)
Comment peut-on aller dans les festivals quand on aime la musique ? Cette odeur fétide de frites et d’andouillettes mal cuites, cette ambiance de kermesse, ces queues interminables pour accéder aux toilettes, et ces sonos pourries… Ah, je ne m’expliquerai jamais pourquoi je continue à fréquenter ce genre de lieux.
Que faisais-je donc ce samedi 24 juin à Cergy-Pontoise (rien que le nom fait rêver…) dans cet infâme traquenard ? Personne ne m’avait forcé à y aller puisque c’est seul que j’ai débarqué à la station de Cergy Préfecture vers 18h30. Peu enthousiasmé par les infrabasses provenant des camions de la Gay Pride, j’avais subitement quitté Montparnasse 30 minutes auparavant pour filer vers le Furia Sound Festival, histoire de tuer l’ennui en cette chaude journée.
Coup de chance cependant, car à peine sorti du RER, la providence m’envoie un sympathique Brésilien aussi perdu et isolé que moi. Nous devisons quelques instants en anglais, avant de conclure qu’une alliance stratégique serait une fort bonne idée. C’est ainsi que j’arrive aux caisses avec mon nouvel ami. Et là, première mauvaise surprise : alors que le pass 3 jours était à 51€ et le passe journalier à 23€ en prévente, le prix de l’entrée pour la soirée est désormais à 35€, ce qui est quand même un peu cher au regard de ce que nous allons voir ce soir là…
Evidemment, le lecteur de cette chronique rétorquera que j’avais qu’à m’y prendre à l’avance. Certes. J’aurais pu. Mais, il se trouve tout simplement que ma présence au Furia Sound Festival relevait alors de la plus pure improvisation de dernière minute. Il a donc bien fallu que je m’acquitte de la somme demandée pour accéder au festival, tout en ravalant ma radinerie légendaire.

L’idéal (sur un plan concerts) aurait été de faire les trois jours du festival. Mais trois jours sur place, ça voulait dire aussi deux nuits dans l’infâme camping ou de pénibles déplacements entre Paris et Cergy…. Bof. Tant pis pour les groupes du vendredi et du samedi, même s’il aurait probablement été intéressant de voir les belges de Zita Swoon ou les Fatals Picards (délirant collectif punk pseudo-indépendantiste), de revoir les incontournables Burning Heads, les sauvages Lords of Altamont, ou l’insupportable mais redoutable Danko Jones, tous programmés le vendredi. De même, on regrettera un peu le dimanche où l’on aurait pu découvrir la prestation scénique des étranges New-yorkais comopolites de Gogol Bordello, ou bien revoir avec plaisir les maîtres du noisy à l’européenne, les néerlandais de The Ex, ou encore une fois les « inventeurs » du Rock n’ Roll (Les Wampas). Ceci étant dit, notre absence le vendredi et le dimanche nous aura aussi évité de croiser le rock corrompu de La Grande Sophie ou de Mickey 3D (désolé Mickaël, mais tu sais bien que c’est vrai !), un bon paquet de rastafariens ennuyeux (Gentleman ou K2R Riddim pour ne citer qu’eux), les consternants Marcel et Son Orchestre (probablement bien moins drôles que la finale nationale d’Air Guitar qui avait lieu 3h avant eux) ou encore les très surestimés Art Brut.

Non, ce samedi soir, ce sont les Babyshambles qui sont à l’affiche du Furia Sound Festival. Et c’est eux qu’une bonne part du public Rock du festival (15 à 20% des festivaliers) est venue voir. En attendant 23h30, les spéculations vont donc bon train : jouera vs. jouera pas ? Chacun sait à quoi s’attendre : soit le meilleur, soit le pire.
Mais, pour l’instant, c’est un mélange du pire et du meilleur que nous rencontrons en entrant sur le site du Furia Sound Festival : les vieux punks de GBH sont là et ça cogne sévère, sur scène et devant la scène. Tout en radicalité, les trois membres fondateurs de Grievous Bodily Harm et leur nouveau batteur bastonnent consciencieusement pour le plus grand plaisir d’un public de connaisseurs qui vient de voir (quelques minutes auparavant) une autre figure de la scène punk britannique : Conflict.
On est finalement assez surpris de voir l’enthousiasme que suscitent ces vétérans de la scène Oï ! avec leurs chansons de hooligans assez bien fichues mais franchement pas subtiles. Mais peu importe, l’essentiel c’est que ce soit efficace. Et ça l’est. C’est probablement pour ça que depuis 1982, Colin Abrahall n’a jamais cessé de brailler. Et dire qu’au même moment Yann Tiersen joue sur une autre scène ! Les festivals sont un monde étrange…

Le concert touchant à sa fin, il est temps de se désaltérer et nous filons vers le bar chercher une pinte. C’est alors que derrière nous apparaissent les inénarrables Enhancer qui viennent occuper la scène principale. D’emblée, il s’avère difficile d’expliquer à un Brésilien qui sont ces mecs qui sautent sur scène, en abusant de clichés et de poses caricaturales pour séduire un public de pré-ados, visiblement issu de la classe moyenne du Val d’Oise. Hmmm… On attrape nos bières et on file presto vers la petite scène où joue White Rose Movement. A première écoute, ça ne s’annonce pas vraiment bien avec un son de clavier typiquement 80s et une tendance à refourguer des plans de batterie à la mode (i.e. à la Franz Ferdinand, ces derniers les ayant eux-mêmes allégrement emprunté aux vénérables Gang Of Four)… Mais, finalement, à y regarder de plus près, le groupe tourne plutôt bien et on se surprend à entrer dans leur disco-rock. Globalement, le son évoque un Depeche Mode énergique ou, plus modestement, le Nine Inch Nails de l’époque Pretty Hate Machine. Forts d’une présence scénique supérieure à la moyenne (dans ce type de musique très tendance), le groupe et son chanteur s’en sortent avec les honneurs, même s’ils ne proposent rien de bien nouveau.

Mais bon, c’est bien gentil le revival 80s, mais tant qu’à y être, on préfère quand même aller voir ce qui se prépare sur la scène 3. En effet, c’est là bas que doivent jouer … euh … j’ose à peine les appeler ainsi tellement cela révèle de l’imposture … les Dead Kennedys. Oui, oui, cher lecteur (ou chère lectrice), tu as bien lu : les Dead Kennedys en 2006. Précisons d’emblée qu’il ne s’agit pas du line-up original puisque le frontman historique du groupe, le frénétique Jello Biafra, n’est pas sur scène ce soir. A sa place, on trouve un jeune freluquet East Coast (?!) nommé Jeff Penalty. Et derrière lui, ce sont les authentiques DK : East Bay Ray à la six-cordes, Klaus Flouride à la quatre-cordes et DH Peligro derrière les fûts.
Le concert démarre rapidement, et on se demande un peu où on est. La sensation est bizarre. Comment peut-on être à un concert des Kennedys alors que Biafra n’est plus là… depuis 20 ans ? Comment s’enthousiasmer pour un trio de musiciens qui utilisent sans vergogne l’identité d’un groupe qui doit énormément à son leader et parolier historique ? Comment cautionner la prestation de types qui ont démoli la légende du punk californien (le vrai de 1978, pas l’ersatz indigne des années 90) en multipliant les procès iniques contre celui à qui ils doivent presque tout : Jello Biafra ? Pas de souci durant le premier quart d’heure. On ne risque pas d’applaudir tant le groupe semble poussif. Privilégiant des compositions de seconde zone, les DK passent à côté et laissent le public de marbre. On en vient presque à se demander si on ne va pas partir voir Arthur H sur l’autre scène… Ou, sans en arriver là, on envisage d’aller se chercher une bière quand le déclic arrive enfin : «And Ride, Ride, How We Ride ! We Ride, Looooowride !»
Eh ! Me voilà en train de chanter Police Truck. Qu’est-ce qui m’arrive ? Et je ne suis pas le seul en plus… La sauce est en train de prendre en dépit de ce chanteur qui, sans subjectivité ou partialité aucune, n’est pas terrible. Car sur scène, il y a quand même trois Kennedys, et ils savent jouer leurs classiques avec une putain d’énergie. C’est d’ailleurs ce qu’ils nous prouvent bientôt en interprétant Kill The Poor, puis Too Drunk To Fuck. La guitare de Ray sonne à la perfection (ce qui compense sa relative apathie), tandis que la rythmique de Peligro et Klaus est explosive. Désormais, la machine de guerre est en branle et on se surprend à oublier le plagiat comportemental ridicule de Jeff Penalty. Pour un peu, on se jetterait dans le pogo. Surtout après l’intervention de D.H. Peligro (historiquement, le premier musicien black à s’être imposé dans le milieu très white trash du punk) en ouverture de la déferlante Nazi Punks, Fuck Off !, immédiatement suivie par un grandiose California Über Alles en conclusion du set. Habillé d’un franc sourire, on espère un rappel radical et c’est précisément ce que nous offrent les 3 Dead K en balançant des très bonnes versions de MTV-Get Off The Air et de Holiday In Cambodia.
A l’issue de cette ultime chanson, la messe est dite : on peut partir manger un immonde sandwich en ayant la satisfaction d’avoir vu un excellent groupe de reprises des regrettés Dead Kennedys. Pas de regret donc quand nous les entendons remonter sur scène pour un deuxième rappel pas vraiment indispensable, où ils s’amusent sur une reprise (probablement satirique, mais bon) d’un tube à la mode.

Il est maintenant 22h30 et nous attrapons un sandwich pour éponger nos pintes de bières. Sur ces entrefaites, nous nous dirigeons vers la scène principale où jouent les Têtes Raides. L’enchaînement est surprenant. On quitte l’ambiance fiévreuse de la Baie de San Francisco pour rejoindre l’univers surréaliste de la bande à Christian Olivier. Le cadre festival ne correspond pas vraiment au groupe, plus efficace dans des lieux plus intimes, mais les Têtes dépassent le problème en choisissant une setlist énergique, faisant la part belle aux morceaux du nouvel album (Fragile, Houba, Latuvu), aux classiques (Gino, Zigo, Qu’est-ce qu’on s’fait chier) et à quelques vieilleries punks comme Journal et son fabuleux refrain : « Allez les enfants, Tuez vos parents ! ».

Sur ces bonnes paroles, nous partons rejoindre le bas du site où doivent jouer d’ici peu les Babyshambles, et où nous tombons sur les sympathiques russes de Messer Chups. Structuré autour du guitariste Oleg Gitarkin, ce duo mixte et méchamment rock n’ roll évoque inévitablement un autre duo célèbre s’habillant en rouge et blanc, mais surtout, on pense immédiatement aux Cramps en écoutant cette étrange formation psycho. Tout comme leurs glorieux aînés, les Messer Chups jouent ainsi avec les codes, en mobilisant l’imagerie des séries Z, en surfant sur un son néandertalien façon Link Wray, et en laissant une place majeure au fétichisme et à la sensualité ravageuse de sa bassiste. C’est donc à regret que l’on s’écarte finalement de ces énergumènes pour se rapprocher de la scène où doivent monter les Babyshambles dans quelques minutes.

On s’installe donc au milieu d’une foule très fashion qui attend avec impatience son icône moderne, le fameux Pete D. On en arrive même à se demander s’ils attendent le mec ou sa musique. Du coup, on a le droit aux habituels comportements d’excitation puérile.
Vivement que ça démarre. Aussitôt dit, aussitôt fait, les roadies quittent la scène, les lumières s’éteignent, un speaker s’avance et déclame :
« Les Babyshambles ayant annulé leur concert, veuillez accueillir Baxter Dury ! »
Voilà, en dix secondes, l’espoir de tout le monde s’effondre. Pas de Babyshambles ce soir, on devra se contenter du folk-rock bizarre de Baxter Dury.
Annoncé initialement à 17h40, le musicien britannique se retrouve à la pire des places, face à un public en colère qui refuse l’évidence et l’invective : « We Want Pete ! », « Babyshambles ! ». Désabusé de nature, Dury ne se laisse pas démonter et chante comme si de rien n’était, tout en faisant mine de ne pas comprendre ce que crient les dohertiens fanatiques des premiers rangs. Sa musique n’est pas déplaisante, mais on reste inévitablement un peu en décalage par rapport à ce qui était attendu. C’est pourquoi nous migrons vers la scène principale où Angelo Moore et sa bande s’apprêtent à embraser le festival.

Il est minuit passé quand Fishbone entre sur scène. Une bonne part du public reste circonspect face à cette équipe d’allumés. Les initiés sont devant et savent. Ils n’ont aucun doute. Après le rituel de mise en place, tout va démarrer, tout doit démarrer. Aucun doute là-dessus. C’est pas Pete Doherty sur scène tout de suite. C’est Angelo Moore, un vrai pro respectueux de son public. Donc, aucun doute à avoir. Dans deux minutes, l’armada Fusion va attaquer.
A une heure du matin, le groupe quitte la scène et tout va bien. Tout s’est passé comme prévu. Fishbone a mis dans sa poche les 10 000 personnes qui traînaient dans le coin. La mission est accomplie. Tout ça grâce à une bonne vieille formule oubliée : un concert différent tous les soirs, des bonnes chansons, de l’énergie, beaucoup d’impros, des cuivres savoureux, une voix magique. Que demander de plus. Rien.

On en a plein les jambes et il faut rentrer sur Paris avec les bus de nuit. Tant pis pour les Young Gods (les helvètes underground devaient jouer à 1h00) et Guérilla Poubelle (les ex-Betteraves devaient quant à eux jouer à 2h00) mais il faut vraiment partir si on veut pouvoir rentrer. On a d’ailleurs bien raison car il se met à pleuvoir dès que nous entrons dans le bus, et c’est dans un Paris trempé que nous débarquons, mon compagnon brésilien et moi-même. Et c’est à Saint-Lazare que nos chemins se séparent, un peu accidentellement, sans même se dire au revoir, et sans même avoir pris le temps de savoir comment nous nous appelions respectivement.
Etrange soirée.
Etrange fin de soirée.

Cette chronique est évidemment dédiée à ce Brésilien anonyme avec lequel j’ai passé cette soirée. Obrigado !


www.furia.tm.fr

auteur : Youri Khan - yourikhan77(at)yahoo.fr
chronique publiée le 09/07/2006

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