15/11/2019  |  5265 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 14/11/2019 à 18:11:01
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FIB 2006 - vendredi 21 juillet

2006

The Strokes, Pixies, The Futureheads, The Walkmen, Babyshamble, Dionysos...

Benicàssim (Costa Azahar) (Espagne)

du : 20 juillet
au : 23 juillet
Fournaise, c’est le premier mot qui me vient dans mes pensées nébuleuses ; rester à comater sous la tente, je n’y tiens plus. Il n’est que 9h30 du mat' et c’est pas l’envie qui me retiendrait de piquer un somme mais nos voisins encore sous ecsta, et fraîchement rentrés de la fiesta électronique de la veille ont très envie de nous faire partager leurs opinions géopolitiques du Kazakhstan … Enfin, j’ai pas tout saisi… Fournaise sous la tente, fournaise sous la bâche qui nous apporte pourtant un peu d’ombre. Je suis le dernier dormeur, et le rythme des festivaliers Foutraque, fière équipe, prend un peu de cadence, de la léthargie à son apothéose : une expédition pédestre dans le centre commercial de Benicàssim, afin de se ravitailler un minimum pour les prochains apéros.
Le début de soirée, apporte quelque fraîcheur, et quelques badauds qui s’agglutinent plutôt vers les ventilateurs à brume. Voilà c’est parti pour le début de soirée, enfin !

Dionysos - Escenario Fiberfib.com :
Les conditions ne paraissent pas idéales pour l’un des meilleurs groupes live français : ouverture de la soirée à 17h30, heure du retour de la plage, on pouvait craindre le pire, que le public ne soit pas déjà au rendez-vous. Et Dionysos sans un public cela aurait été dommage … Surtout pour la formation de cette soirée puisque l’équipe est accompagnée d’un orchestre d’une bonne quinzaine de musiciens classiques, cordes, vent. A notre gauche donc le groupe originel, et à notre droite l’orchestre espagnol mené par le compositeur français des partitions ; cette collaboration ayant été initiée pour le festival des Eurockéennes de Belfort.
Bref le décor est planté … Place à la musique inaugurale de cette soirée, sous une chaleur à peine entamée par les brumisateurs pendus au chapiteau. Le dialogue entre les deux parties fonctionne à merveille, tout en restant très spontané : le côté rock bricolo et fougeux emmené par le chanteur Mathias se mêlant avec l’orchestration qui donne parfois, lors des escalades noisy du groupe, des accents wagneriens. Bref cette formation est loin d’être un artifice ; c’est une réussite qui vit de ce dialogue inédit de deux genres complémentaires et pourtant mis au diapason. Se pose un univers de cocasseries , mélodique, sonique, collage aux influences multiples (le magazine du FIB cite même Bjork !), côté surréaliste et naïf des paroles. Un ton bien Rock, voire punk, est adopté, la voix étant même légèrement en retrait face aux innombrables instruments.
Le public grossit vite jusqu’à son comble, arrivée des badauds périphériques, intrigués par la force du son dégagé. Le chanteur est survolté son jeu de scène très théâtral, burlesque même – avec une prestation de hip-hop break dance inoubliable - , et bien sûr, le final tonitruant se terminera par un bain de foule de l’énergumène qui pratique comme à son habitude le crawl pour se rendre dans la tour de la sono en piquant un chapeau ; le fan appréciera la nouveauté : le chef d’orchestre a passé lui aussi son brevet de SLAM !
Impressionnant, voilà un concert du FIB qui fera grand bruit : l’an prochain sur la scène principale ?

Babyshambles - Escenario Fiberfib.com :
Pete Doherty, icône malheureusement plus people que rock, est surtout l’ancien chanteur des Libertines, groupe pop-rock britannique brillant des années 2000 et aujourd’hui séparé après deux albums ( Up The Bracket, 2002, Libertines 2004 ). Son nouveau projet BabyShambles déçoit en live avec notamment un guitariste qui fait parfois plante verte. On apprécie tout de même trois, quatre bons morceaux exécutés sans fougue forcée, le public aux coups de soleil rouge écrevisse étant déjà acquis à leurs compatriotes. Le chanteur possède indéniablement un charme, un talent avec son chant au style cool et dilettante, c’est donc plutôt du côté de ses musiciens que ça pêcherait. Belle émotion avec l’invité surprise Shane MacGowan, épave de l’amer qui vient pousser la reprise des Pogues Dirty Old Town avec son pote de chouille Pete : c’est peut être le moment le plus fort du concert, cette réunion presque trop symbolique des frères de l’excès. Enfin, difficile de ne pas faire le parallèle avec le projet de l’ex guitariste Carl Barrat des Libertines, Dirty Pretty Things, présents cet été, une semaine auparavant, au Summer Case festival à Madrid et Barcelone : là aussi pour être honnête ce groupe fût plutôt décevant en live, il manquait à mon avis un charisme au chanteur - tiens tiens c’est bizarre - pour compléter la qualité certaine des musiciens. Dur dur de revivre après un groupe talentueux : à suivre donc, les réussites et progrès respectifs des projets de ces deux personnalités avec tout l’intérêt d’un fan nostalgique espérant encore l’impossible.

The Walkmen - Escenario Fiberfib.com :
Encensés par la critique à la sortie de leur deuxième album Bows and Arrows, The Walkmen nous reviennent cette année avec A Hundred Miles Off, un album sorti en mai mais qui a fait l’effet d’un pétard mouillé. Cependant, ce soir là, les new-yorkais ont fondé leur concert sur les précédents albums et l’incontournable The Rat, qui a donné un effet raz de marée sur le public. Energiques, on les comparerait volontiers à Arcade Fire mais en simplifié… Pourtant ils étaient là avant ! La voix du chanteur Hamilton Leithauser oscille entre cris et chants et se rapproche parfois de Julian Casablancas, la classe sur scène en moins.

The Futureheads - Escenario Verde :
Punk Rock de la plus pure tradition britannique à la Buzzcocks, et quelques autres saveurs telles que The Jam. Chroniqueur titillé par la critique blasée du « déjà vu », mais sensible à cette retenue minimaliste punk qui porte la tension à son comble. Jeu entre les musiciens hyper carré, chorus guitares, chorus voix s’additionnent pour une puissance sans fioritures. Les FutureHeads ont la tête dans le passé, comme un mélange impossible d’un côté frais et réchauffé à la fois, rétros mais stylés. Le final aux accents funky est lui même un superbe hommage à Gang of Four.

Pixies - Escenario Verde :
Vrai fausse reformation d’un groupe devenu mythique pour toute une génération, la conférence de presse du début de soirée ne nous à rien apporté de plus sur de possibles nouveaux titres et on ne cherchera pas vainement à les dénicher dans ce concert. C’est néanmoins un grand plaisir de retrouver l’équipe au complet, ou seul Frank Black semble inchangé, peut être par la jouvence de ses multiples projets. Le démarrage nerveux avec trois titres de Surfer Rosa, colle au public un sourire béat. Une chose est frappante, c’est la facilité avec laquelle le groupe rejoue les morceaux et avec une fidélité presque parfaite aux albums ; difficile de le regretter, difficile de s’enthousiasmer. La main de Frank Black serait elle trop perfectionniste pour tolérer le moindre écart avec leur écriture passée ? Le concert est interrompu, la foule trop dense se comprime dangereusement contre les barrières la scène. Kim Deal semble un peu perdue dans un instant de flottement, puis elle rejoint le groupe, sortant de la scène. L’attente va durer le temps de faire monter le suspense et de calmer la foule imprudente. Retour en scène avec une très belle version, lente et acoustique de Waves Of Mutilation. Puis le classique Where Is My Mind …et finalement on se laisse bien porter par cette musique à l’écriture inusable : les Pixies sur scène sont toujours un groupe de rock habité, fait d’assemblages psychés, noisy, aux textes bizarres et surréalistes qui suggèrent par les langues anglaise et espagnole des visions mexicaines hallucinées. Seuls les 2 premiers albums sont joués, regret notable qu’il n’y ait pas eu un ou deux titres « pop » de Bossa Nova, ellipse complète aussi du dernier album aux reflets métalliques : on reste dans l’ambiance des premiers jets – de génie ! - , dans la poussière et la rouille, si bien évoquées sur les pochettes d’album de Vaughan Oliver. Finalement, il faut reconnaître que malgré une « entente cordiale » des membres, et malgré une improvisation inexistante, une atmosphère très forte a pu se dégager et l’enthousiasme de jouer survient toujours à un moment ou un autre, comme chez Kim Deal qui semble au final attachée au public comme à une bouée de sauvetage … et nous adresse un merci ému en fin de set.

The Strokes - Escenario Verde :
Impeccable concert aux morceaux énergiques, tubes ou morceaux plus calmes … les mots manquent pour décrire la richesse du répertoire et des références qui dépassent aujourd’hui largement le cadre velvetien du premier album pour aller même parfois chercher des sonorités métalliques, comme des arrangements des îles ( si si réécoutez le dernier album) : il se dégage de ce concert un réel caractère, en pleine adéquation avec musique et paroles entre colère et désillusion, lassitude et impatience, gris et fulgurance. A suivre la voix nasillarde du chanteur Julian Casablancas, il a de la vie dans ce groupe, parfois du spleen mais toujours aussi un tube féroce qui vous relève. Les Strokes donnent un rythme a leur concert, nous laissent des pauses animées par les essais de Julian a la langue ibérique. Et les morceaux s’enchaînent en laissant tout de même le temps de respirer et de ressentir, contrairement au concert de Franz Ferdinand autres champions qui m’étoufferont le lendemain comme une infernale machine à danser sans cerveau. Le son des Strokes live impressionne par un jeu assez complet d’atmosphères, capables de puissance, mais aussi de retenue et de mélodies, à l’image du final, percutant avec 2 skuds brûlants suivant une chanson intimiste et minimale Say Anything. Assis ou debout l’impression pour tous sera la même : The Strokes , longtemps critiqué par leur attitude poseuse sur scène, donnent le rythme, délivrent ce soir là un concert parfait ! le mot est élogieux certes mais on retrouve pendant près d’une heure et demi, les trois albums rejoués pêle-mêle au son du soir.

Au dodo
Sourires hagards, oreilles bourdonnantes, et pas légèrement oscillant sous l’effet des boissons bues avec un enthousiasme rare mais finalement modéré - sauf pour le plus jeune d’entre nous : je tairai son nom-. Bref, malgré notre condition exemplaire, nous craquons un à un et rentrons finalement dans notre tanière, en chevauchant d’innombrables cadavres braillant une soupe pop méconnaissable, les pauvres. Tiens, on croise sur le retour un farfelu de Toulouse, de Radio FMR qui sort, lui, pour entamer sa « soirée », électronique forcément. Rideau sur un beau ciel étoilé, nous dormons comme de bons bébés repus de tant de Rock’N’Roll.

Mathieu B, Brian Flysave, et merci à Olivier et Willy pour leurs contributions aux chroniques et photos.


www.fiberfib.com

auteur : Mathieu B. - mathieu.beraud@foutraque.com
chronique publiée le 03/09/2006

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