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Trans Musicales - samedi 9 décembre

2006

CSS, Kaiser Chiefs, Justice, Keny Arkana, Peter Von Poehl, Marie Modiano

Rennes (France)

du : 7
au : 9 décembre

Dernière soirée éclectique pour les Trans Musicales de Rennes 2006 (après Cat Power, I'm From Barcelona, The Horrors, Razorlight, Viva Voce, Izabo, Porcelain, The Sunshine Underground et Albert Hammond, Jr, Klaxons, Cold War Kids, Nicole Willis and The Soul Investigators, Serena Maneesh, Son Of Dave, The Bishops, Orville Brody and Good Fellas), avec un concert folk pop à L’Aire Libre, et une nuit majoritairement électronique dans les immenses halls du Parc des Expos… L’affluence est énorme (des hordes de jeunes chauffés à blanc descendent tout excités des navettes) car ce samedi soir semble idéal pour s’éclater, avec des DJ sets programmés jusqu’à 7h30…


Marie Modiano :

Devant un public beaucoup moins jeune et agité qu’au Parc des Expos, Marie Modiano débute le concert programmé à l’Aire Libre, un joli théâtre situé non loin du Parc des Expos, avec une belle série de chansons folk pop chantées en anglais. Rien d’extravagant ou de très original, mais une présence douce et séduisante, une joli voix grave (mais capable d’aller dans les aigus) et des titres qui tiennent la route. La belle et discrète jeune femme est très influencée par Marianne Faithfull, et donc par les morceaux folk des Rolling Stones… Sa voix rocailleuse évoque sa glorieuse aînée, et ses titres font souvent penser à ceux signés Jagger/Richards… Rien d’étonnant donc à se que la fille de l’écrivain cher à Vincent Delerm (cf le titre Le baiser Modiano) reprennent As tears go by, dans une version dépouillée…


Peter Von Poehl :

Quelques instants après, le Suédois blond comme les blés Peter Von Poehl a présenté son univers captivant dans une version luxuriante parfois un peu déconcertante… Accompagné par une section de cuivres, des chœurs, une section rythmique et un organiste (l’excellent Charly O), l’auteur compositeur interprète venu du froid propose une musique tranchant radicalement avec ses premières prestations live en solo. Les morceaux présents sur le très bon album Going to where the tea trees are restent excellents et poignants, mais l’on regrette parfois une batterie trop martelée… Toutefois, il est impossible de ne pas se laisser emporter par la vague de bonheur mélancolique déclenchée par le très drôle (entre les morceaux) Peter… Car ce personnage singulier et lunaire racontant des histoires un peu bizarres écrit des classiques intemporels, du genre de ceux qu’auraient pu écrire Nick Drake, John Lennon ou Paul Mc Cartney. En apparence, il n’y a souvent rien d’extraordinaire ; mais si l’on prend comme exemple The story of impossible, l’on se retrouve avec un morceau s’insinuant progressivement dans l’esprit, sans doute un titre promis à accompagner une vie entière. Une mélodie imparable et aisément sifflable, une atmosphère cotonneuse, une chant en apesanteur véritablement saisissant, il y a tout, absolument tout dans ce titre magique… Comme Travelers, Going to where the tea trees are, Tooth fairy et A broken skeleton key sont de cette trempe là, le public passe un moment délicieux couronné par de nombreux rappels. Le dernier d'entre eux permet d’assister à un très beau duo avec mademoiselle Modiano sur un classique de Phil Spector interprété jadis par les Righteous Brothers : I think you lost that loving feeling. Comme le dit lui même Mister Von Poehl : « C’est triste… mais c’est beau ! »


CSS :

Difficile de redescendre sur Terre après au Parc des Expos dans une ambiance hystérique et radicalement différente de celle de l’Aire Libre. Après un nécessaire temps d’adaptation, les Dj survoltés de The Glass DJ’s réussissent à mettre à température adéquate avec leur set composé de hit rock prévisibles, mais réjouissants : Girls and boys de Blur, Prodigy etc etc. Puis les furies brésiliennes de CSS montent sur scène et l’on se retrouve embringué dans une orgie électro punk totalement communicative. L7, Le Tigre, Joan Jett et Beyoncé participant à une partouze musicale, voilà à quoi l’on pense en écoutant Cansei de Ser Sexy. Ces jeunes personnes montées sur ressort et leur compositeur de batteur/guitariste délivrent une musique ultra festive, furieusement dansante et ultra rock ‘n roll. En un mot, détonante ! Les hit électronico rock mâtinés de pop se suivent et se ressemblent : on ne peut que céder aux volontés de cette troupe bigarrée formant ne machine de guerre scénique imparable. Fatiguées d’être sexy les CSS ? La traduction du nom de leur groupe est incompréhensible pour le commun des mortels : garçons ou filles, ils sont nombreux ceux qui aimeraient partager un moment à batifoler avec ces femmes dégageant une énergie et une joie de vivre hallucinantes. Comme le dit leur hit : Let’s make love and listen from death above… Une autre fois peut-être ? Ah oui !


Keny Arkana :

Juste à côté, Keny Arkana met en transe un Hall 4 rempli à ras bord, enthousiaste et suspendu à ses lèvres. Si l’on est content de voir une jeune femme d’origine étrangère reprendre le flambeau du rap revendicatif, on ne peut pas dire que la prestation de la jeune marseillaise nous ait convaincu. Les textes sont quand même très démago et cliché, et le passage reggae avec son acolyte rappeur passant à la guitare est à la limite du ridicule. Certains ont pensé à Tryo (rires). Reste le hit survolté et marquant - La rage - où l’intru est percutant… Sur ce titre, là aussi un peu convenu au niveau du texte, on pense à une version 2006 de NTM, en moins puissante toutefois. Mais Keny Arkana débute, et elle a le temps de s’aguerrir…


Kaiser Chiefs :

Dans la catégorie rock de stade idiot destiné à faire la bringue, les Kaiser Chiefs font référence… Et l’on comprend immédiatement pourquoi : leur rock à la limite du putassier est servi brûlant, avec un humour et une énergie que beaucoup doivent leur envier… Les grosses tanches insipides de Razorlight par exemple. « Bonsoir Paris, oups Rennnnes ! », le ton est donné, ce soir c’est parti pour la déconne avec les Kaiser Chiefs et leur inénarrable leader, provocateur et chauffeur de salle, Ricky Wilson. Une bronca joyeusement anti parigo après, les Kaiser Chiefs peuvent dérouler leur set aussi carré que branleur, à base d’hymnes aux textes volontairement crétins. Les tubes débiles, parodiques et irrésistibles se succèdent à un rythme effréné. Eveyday I love you less and less, I Predict a riot, Na na na na naa (un titre réussissant l’exploit d’être plus pauvre au niveau du texte que le déjà très au ras des pâquerettes De doo doo de da da de Police !) et Oh my god remettent en mémoire le très enlevé album Employment… Les nouveaux titres sont, quant à eux, du même acabit : synthés sirupeux et kitsch, guitares hurlantes, voix entre mielleux et vociféré, énergie high voltage… Un grand n’importe quoi évoquant parfois les très déjantés Art Brut (en moins bien quand même). Tout cela se finit par un monumental bain de foule pour le chanteur des Kaiser Chiefs, acclamé par un public en ébullition, ravi par la présence scénique et le charisme du leader du combo britannique.


Justice :

Présence scénique, charisme, voilà deux mots qu’on ne peut employer pour décrire le set du très branché duo de DJ parisiens Justice dans un hall 9 plein à craquer. La scène est vide, à part une immense croix blanche éclairée aux stroboscopes, les deux acolytes très influencés par Daft Punk (et coachés par le manager de… Daft Punk) font semblant de tourner des boutons en levant les bras sur l’avant scène… Et tout le monde danse en hurlant, c’est vraiment trop cool ! Sauf que la musique électronique teintée de rock et lacérée de larsens de Justice n’est pas excessivement originale… En tout cas, elle est souvent incroyablement dansante, c’est déjà ça… Mais à la longue, il faut avouer que l’ensemble se révèle un peu long et rébarbatif, si l’on n’est pas ivre mort et gavé de pilules d’ecstasy. Et puis c’est vrai que l’impression d’assister à une grand messe du Ku Klux Klan, avec 8000 ravers en extase devant une croix, n’est pas très excitante… Surtout si l’on compare avec le mirifique show best of de Daft Punk aux Eurockéennes de Belfort cette année. Fort d’un unique EP et d’une réputation sans doute un peu surfaite, Justice est capable de créer des titres renversants, mais il va falloir faire quelque chose pour la scène…

Malgré cette relative déception, on quitte les Trans Musicales de Rennes avec une belle provision de sons, et l’énergie nécessaire pour affronter les frimas de l’hiver 2006/2007. On devrait entendre parler l'année prochaine de nombre de groupes ayant illuminé ces Trans 2006. Comme tous les ans donc…

A lire également, les chroniques des Trans 2005 et 2004 : • vendredi 9 décembre 2005 : Primal Scream, The Brian Jonestown Massacre, Duels, Kill The Young, The Undertones, Engineers, Hayseed Dixie, Juliette & The Licks...
• samedi 10 décembre 2005 : Gang Of Four, Clap Your Hands Say Yeah, Katerine, The French Cowboy & The German Dudes, Missill, Messer Chups & Lydia Kavina, Pure Reason Revolution...
• jeudi 2 décembre 2004 : Carbon Silicon, The Rakes, Kaizers Orchestra, Power Solo, Hush Puppies, Gomm, The Infadels...
• vendredi 3 décembre 2004 : Beastie Boys, The Hidden Cameras, Plantlife, Lars Horntveth, Republic of Loose, Nosfell...
• samedi 4 décembre 2004 : Yann Tiersen & Shannon Wright, Santa Cruz, Modey Lemon, Kraftwerk...
• le bilan 2004 : Beastie Boys, Kraftwerk, Kasabian, Hot Chip, Dj Mo, Teddybeards Stockholm, The Real Tuesday Weld, Evil 9

Site Internet : www.lestrans.com.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 18/12/2006

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