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Printemps de Bourges - jeudi 19 avril

2007

Joanna Newsom, Joan As Police Woman, The Konki Duet, Cocoon, Minitel, Triste Sire, The Rakes, Akron/Family, Bromheads Jacket, Deerhoof, Galaxie, Acoustic Ladyland, Naast

Bourges (France)

du : 17
au : 22 avril
Une journée éclectique et chargée, riche en moments mémorables, comme en passages dispensables… Mais c’est la règle du jeu lors d’un festival comme le Printemps de Bourges : il faut courir de salles en salles à la recherche d’un frisson inédit ou d’un concert dans un lieu improbable (en sélectionnant selon ses propres goûts, qui ne sont pas ceux du voisin… ).


Triste Sire :

Voilà un groupe - programmé à la Hune dans le cadre des Découvertes - qui porte bien son nom, bravo pour la clairvoyance, les gars ! Faire du sous Muse (chanter avec une voix de fausset extrêmement exaspérante) en y rajoutant des looks gothico androgynes, il fallait oser, Triste Sire l’a fait… Synthétiser en un seul groupe nombre d’atrocités musicales actuelles est une tache courageuse. Bonne chance, mais ça sera sans nous…

Minitel :

Egalement à l'affiche dans le cadre des Découvertes, ce groupe au nom un peu désuet est adepte d’un trip rock assez prenant. Les atmosphères électronico rock savamment construites par Minitel ont le mérite de saisir l’auditeur, même si l’ensemble n’est pas incroyablement original. Les guitares furieuses, le chant vocodérisé - assez scotchant - et les rythmiques lancinantes ou énervées font leur petit effet sur le nombreux public réuni à la La Hune, dans la Maison de la Culture de Bourges…

Cocoon :

C’est une année faste pour Cocoon : sélectionné pour les découvertes du Printemps de Bourges, vainqueur du concours CQFD des Inrocks, programmé aux Eurockéennes de Belfort, aux Francofolies de La rochelle et même à l’étranger. Il y a de quoi faire tourner les têtes… Malgré tout, le duo clermontois semble garder le cap, son concert sobre et classe donné à la Hune en est la preuve. Deux voix admirables de pureté, des arrangements (guitare sèche, ukulélé, claviers, boîte à rythme) mettant en valeur la qualité des morceaux et des ambiances alternant entre folk pop mélancolique et pop aussi légère que catchy... Le cocktail proposé par Cocoon risque d’en séduire plus d’un(e). Comme leur idole, l’infatigable et doué Sufjan Stevens, Mark et Morgane continuent - malgré les concerts incessants - à composer de nombreux nouveaux morceaux, comme celui interprété à Bourges devant un parterre conquis. Souhaitons leur pour bientôt une discographie aussi foisonnante…

Joanna Newsom :

Après les Découvertes, place au choc de ce Printemps de Bourges 2007 : le concert solo de la très craquante Joanna Newsom dans le minuscule et superbe théâtre Saint-Bonnet à 18h. Grâce à son naturel confondant, à sa voix extra terrestre et à ses morceaux ébouriffants, la belle a emmené son auditoire sur la Lune, au dessus des nuages, sur un arc en ciel ou au Moyen Age, c’est selon… Ses vocalises cristallines d’ange (on pense à Cat Power, à Kate Bush et à Tori Amos… ), ses arpèges joués sur une antique harpe sont autant d’invitations au décollage vers la planète bonheur. C’est beau, virtuose et captivant… Et l’on voudrait que ça dure une éternité. La puissance évocatrice des morceaux, dans lesquels Joanna Newsom réussit à intégrer de mini symphonies médiévales grâce à ses doigts de fée, est positivement impressionnante. Le public est aux anges… bluffé par ce petit bout de femme au sourire aussi désarmant que son talent est incroyable. S’excusant des éventuelles erreurs qu’elle ferait au piano (dont elle avoue n’avoir pas joué depuis longtemps), elle s’installe derrière l’instrument qui occupe presque toute la scène ; et là aussi, c’est à pleurer de joie ! Le temps s’est arrêté pour Joanna Newsom, le temps d’un rappel magique. Le point final d’un concert mémorable.

The Konki Duet :

Poursuite du marathon de Bourges dans le très intimiste Théâtre Jacques Coeur, juste après avec les filles de The Konki Duet, qui attaquent bille en tête par une jolie reprise « pop décalée » de Fade to grey de Visage. La suite s’avérera moins convaincante pour nous, même si le public semble majoritairement apprécier. Certains morceaux sont peu inspirés, les voix sonnent (trop) faux et les arrangements sont un peu transparents. On voit où The Konki Duet veut aller, vers une pop légère sur le fil du rasoir entre dissonance et justesse, mais ce soir là malgré toute la bonne volonté du monde, le résultat n’était pas enthousiasmant.

Joan As Police Woman :

Quelques minutes plus tard, Joan As Police Woman a réussi à tirer son épingle du jeu, avec un set entre pop, folk, soul et rock. La très racée chanteuse donne du corps à ses compositions grâce à un jeu de piano et de guitare enlevé et à une voix versatile en diable. Bien secondée par une bassiste/choriste et un batteur/choriste pleins d’à propos, la volcanique brune a fait étalage de sa classe naturelle, malgré le minutage de sa prestation, festival oblige. « Ce n’est pas naturel d’être limité par le temps de la sorte, mais la vie n’est pas naturelle non plus, non ? » lancera-t-elle, dans un grand sourire… Ce petit désagrément l’empêchera de parler plus, ce qu’elle fera néanmoins un petit peu, dévoilant une personnalité drôlement, débridée, mais l’essentiel était là : des morceaux percutants et marquants joués par une femme au caractère bien trempé.

Après une journée déjà bien remplie, et dès la fin de Joan As police Woman au théâtre Jacques Cœur, nous avons juste le temps de traverser en quatrième vitesse les rues du vieux Bourges, et, hop, arrivée au 22, LA salle rock ‘roll de la cité berruyère, agrémentée d’une chapiteau doublant la capacité du lieu et permettant l’installation de deux scènes.

Naast :

Il est 23 heures et les nouveaux héros du rock en France (sic !), Les Naast, arrivent sur scène, tout énervés. C’est parti pour 35 minutes de rock pseudo garage chanté en Français… Force est de constater que le groupe est bien meilleur qu’en novembre 2006 à la Coopérative de Mai , devant un public restreint et très froid… Ici, c’est dans une salle surchauffée que les Parisiens chou chou de la presse se produisent : des hordes de lycéens et collégiens en goguette se bousculent devant la scène pour faire un triomphe aux stars vues à la télé, entendues à la radio et lues dans les journaux… Ça pogote à tout va, ça crie son amour pour les quatre gravures de mode et ça fait un bruit de cour d’école à la veille des vacances scolaires ! Le matraquage incessant (et énervant !) a fait son effet : Les Naast ont un public qui répond au quart de tour à leurs morceaux bien joués, enlevés et plutôt percutants. Oui, sur scène devant un public chaud bouillant, le groupe fait montre d’une belle énergie. Cela dit, le chanteur/leader omnipotent ayant un bon coup de fourchette est toujours aussi imbu de sa personne, hautain, tête à claques et maniéré. On dirait qu’il a un orgasme super violent chaque fois qu’il touche ses instruments de travail (guitare et micro). Malgré ce désagrément, le combo de jeunots joue de manière si soudée et convaincue qu’on y croirait presque, s’il n’y avait cette voix qui déraille, ces textes risibles (exemple : « tuuuuuuuu caaaaasses mon cooooeur de glaaaaaaaaaaaaace !!! » et cette armoire à glace/vigile qui scrute le public pour éviter les débordements et autres bagarres… Si ces jeunes gens travaillent encore quelques temps avec le même acharnement, ils peuvent devenir meilleurs et - pourquoi pas ? - écrire de bons titres...

Galaxie :

Peu de temps après, dans le 22 Ouest également, les Canadiens de Galaxie ont fait une vaine tentative d’écroulement des murs sous la force de leurs coups de boutoirs soniques. Et oui, Galaxie est composé de furieux musiciens toujours à fond quand il s’agit de balancer un rock stoner bien gras, truffé de riffs surpuissants, de solo décoiffants et voix hurlées à la Kurt Cobain… Véritablement démoniaque, cet assaut sacrément virulent fait un effet énorme, le chant en français étant joliment noyé dans une cathédrale de distorsion. Galaxie fait donc très bonne impression, avant de sombrer dans els morceaux instrumentaux interminables sur la fin de son set hystérique. Dommage, car le début nous avait carrément laissé sur le cul, sous le charme de l’abattage rock ‘n roll de ces bandes de gars n’ayant pas fait le voyage pour rien.

Akron/Family :

Changement de style assez radical, quelques secondes plus tard avec le show d’une sorte de chorale hippie rock très étrange dénommée Akron/Family. Barbus et farfelus comme Grandaddy, cette famille franchement décalée et originale ressemble à un mélange entre Neil Young And Crazy Horse, Grateful Dead, et Bonnie Prince Billy quand elle joue ses morceaux versatiles sur une scène. Chez Akron/Family, les déferlantes de sons distordus sont suivies par des folk songs apaisées ou des odes a capella à l’amour… Dans le genre surprenant, ce combo disparate se pose là ! Le public, chaud, souriant et enchanté par la prestation de ces hurluberlus est même mis à contribution pour une sorte de hola déclenchée par les musiciens au cours d’un morceau divin. Il est une heure du matin à Bourges, et l’on retombe en enfance tout en étant projeté aux Etats-Unis sur une plage autour d’un feu de camps. Tout va bien. Je répète : tout va bien. Et la vie est belle.

Bromheads Jacket :

La vie est d’autant plus belle qu’un Power trio de la pire espèce (c'est-à-dire la meilleure) déboule sur les planches dans la foulée. Son nom ? Bromheads Jacket… Trois musiciens complètement déchaînés produisant une musique à rendre dingue n’importe quel public (à part peut être celui de Johnny Hallyday et Florent Pagny). Avec un batteur jouant en apnée tellement il se démène, un bassiste toujours en surrégime et un chanteur/guitariste maniant la nitroglycérine sonique sans discernement et sans aucune précaution… Normal donc qu’à chaque couplet, à chaque refrain, tout le temps quoi, le punk rock high energy des Bromheads Jacket explose à la gueule du public, positivement ravi de découvrir ces nouveaux Nirvana ! Les messages de bienvenus (sur scène et en France) se succèdent en provenance de la fosse, et la folle sarabande sonique se poursuit dans un bruit assourdissant et très jouissif…

Acoustic Ladyland :

La fièvre sonique retombe - un peu - avec le groupe Acoustic Ladyland qui se produit ensuite. Bien sûr, rien à voir avec Jimi Hendrix, et rien à voir avec un son acoustique, il fallait s’en douter. Très arty, très audacieux, cet étrange réunion de musiciens barrés tente de propulser ceux qui assistent à ses concerts dans une dimension parallèle. Une dimension où le sax free de John Coltrane croise un rock aussi déstructuré que scotchant.

The Rakes :

Quand The Rakes, les vedettes de la soirée, juste en dessous des Naast bien évidemment (rires), arrivent sur scène on en frétille de joie, mais on se demande si le public va répondre au quart de tour. Un peu mon neveu ! C’est devant une salle en feu (et complètement déchaînée) que les Rakes délivrent un set d’anthologie, avec les tubes irrésistibles de leur deux disques, ceux du deuxième réussissant à se hisser au niveau de ceux - imparables - du premier opus. Les stage diving sont incessants, les premiers rangs jouant à cache cache avec les deux roadies chargés de permettre au groupe de jouer. Rapidement débordée et finalement impressionnée par la ferveur française, la sécurité se contente d’éviter les étreintes trop prolongées avec le chanteur et le bassiste, avant de renvoyer les petits agités surfer sur les mains de leurs camarades de jeu. Flegmatique mais jetant sans cesse de l’huile sur le feu avec ses danses de robot hytéro, le chanteur à la voix grave - façon Ian Curtis - en vient même à slammer lui aussi, son micro ayant été projeté à terre par le public. Grâce à un groupe impeccable (un guitariste véritable machine à riff post punk et une section rythmique impériale), la tension et l’intensité des morceaux des Rakes ne se dément pas : l’on assiste à un véritable best of post punk aux fort relents de Gang Of Four et Joy Division. Impossible d’arrêter de sourire en se trémoussant comme l’avis de son corps (début du set : 1h50), c’est une véritable tuerie ! 22 Grand Job, Pub Club Sleep, Open book et Ten new messages (entre autres) sont accueillis dans l’hystérie générale. Pendant le court break que le groupe s’autorise avant le rappel, les spectateurs piquent le micro et hurlent dedans, puis lors du retour des idoles, de véritables grappes de furies énamourées montent sur scène pour embrasser leur idoles : le bassiste, presque forcé à sourire vu l’enthousiasme qu’il provoque, le chanteur et… tout le groupe. Un Triomphe donc pour les Rakes que ce show berruyer.

Deerhoof :

C’est Deerhoof qui conclut une soirée bien remplie avec un set expérimentalo rock assez bluffant malgré l’horaire ultra tardif… Batterie survoltée, basse vrombissante, voix angélique et guitare free hardcore jazz, ça dépote véritablement ! Les différents styles se télescopent dans un grand raout sonique, pour provoquer des hallucinations sonores assez incroyables. La pop, le punk, le rock arty, le hardcore, le jazz fricote joyeusement ensemble dans l’univers de Deerhoof. Pour un résultat aussi expérimental que captivant. Tout cela met un joli point final à une incroyable journée de concerts, et à une soirée rock aussi variée que réussie. Les grands écarts perpétuels, ça a parfois du bon !

Photos © François Mellet (Naast, Akron/Family, Acoustic Ladyland, Deerhoof, Triste Sire, Joanna Newsom), © Cristelle Frisch (Galaxie, Bromheads Jacket, The Rakes, The Konki Duet, Joan As Police Woman), © Frédéric Loridant (Cocoon), extraites du site internet du Printemps de Bourges : www.printemps-bourges.com.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 28/04/2007

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