16/11/2018  |  5077 chroniques, 166 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 15/11/2018 à 19:40:36
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Eurockéennes de Belfort - vendredi 29 juin

2007

Marilyn Manson, Wu-Tang Clan, Les Rita Mitsouko, Amy Winehouse, Young Gods vs Dälek, Archie Bronson Outfit

Belfort (France)

du : 29 juin
au : 1er juillet
Une entrée en matière plutôt réussie pour les Eurockéennes de Belfort 2007… En ce vendredi 29 juin humide, le site du festival est bien rempli, avec une public bigarré (hypsters, fans de musique en général, gens plus âgés venus pour faire la fête… ) comme tous les ans dans le Territoire de Belfort. Au milieu de la foule, impossible toutefois de manquer la horde de jeunes gens gothiques qui arpentent les alentours de la grande scène en attendant l’arrivée de la tête d’affiche du jour, Marilyn Manson, alias l’antéchrist en personne…

Archie Bronson Outfit :

Mais avant « l’événement » de la soirée, prévu à 0H30, pas le temps de s’ennuyer. Sur la scène placée à côté de la Plage de la presqu’île du Malsaucy Archie Bronson Outfit délivre un set percutant, dans la lignée du Gun Club de Jeffrey Lee Pierce, la grande influence des Anglais… Sorte de blues rock râpeux et free, la musique d’Archie Bronson Outfit appelle inexorablement à la transe sonique. Chant habité de chaman, magma de guitares démentes, rythmiques surpuissantes et saxophones débridés produisent un incroyable effet hallucinogène sur le nombreux public ayant préféré fuir le très dispensable hard rock sans saveur de Juliette & The Licks sur la grande scène. En plein jour, sous un ciel couvert, avec une brise fraîche, Archi Bronson Outfit marque les esprits ; on n’ose imaginer l’impact du groupe dans un club intimiste et bondé…

Wu-Tang Clan :

Quelques instants plus tard, sur la grande scène, le Wu-Tang Clan présente un show best of à l’américaine assez réjouissant. Les rappeurs américains semblent contents de se produire ensemble pour relever les compteurs du hip hop façon gangsters. Bien aidé par un DJ pas maladroit, la troupe - qui hurle des onomatopées fédératrices, rappe en groupe et fait le show avec une certaine conviction - emporte rapidement l’adhésion du public. Le côté je m’en foustiste et branleur du Wu-Tang Clan, s’il est toujours présent, semble s’être atténué : le collectif assure un set remuant et plutôt nerveux. Un set bien loin du foutage de gueule intégral de sa prestation lamentable au festival Rock à Paris au Parc des Pinces en 96 où, ivres morts au Champagne, les rappers avaient fait bien pâle figure. C’était du temps où Old Dirty Bastard était encore vivant… En 2007, il est sans doute toujours en train de déconner mais plus sur Terre ; il est désormais au paradis des gangsters… ET le Wu-Tang Clan 2007 lui rend un vibrant hommage en jouant de vieux titres mythiques, une attention saluée avec enthousiasme par l’assistance… Au final, un concert pro et plutôt convainquant d’un Wu-Tang emmené par un souriant Method Man.

Amy Winehouse :

C’est le moment de rejoindre avec empressement le chapiteau pour assister à la grand messe soul d’Amy Winehouse, une anglaise fervente disciple de Billy Holyday, Aretha Franklin, des Supremes et des Shangri-Las. Bien accompagnée par un impeccable groupe rhythm and blues/soul, l’ingérable nouvelle égérie de la soul pop chante divinement dès les premiers morceaux, mais conserve malheureusement sa moue très boudeuse pendant la première moitié du set. C’est un peu comme si elle était en pilotage automatique… Mais l’essentiel est là : des morceaux superbes entre soul, jazz et pop sixties, et une voix à donner des frissons. Après quelques verres et de nombreuses remontrances à ses hommes en coulisse, la bad girl se décontracte enfin et sourit furtivement au détour d’un couplet ou d’un refrain. Elle semble désormais parfaitement connectée avec l’émotion dégagée par ses chansons remplies d’âme. Un grand moment donc que ce concert ! A revoir très vite dans un cadre plus intimiste si possible, même si le décorum classieux adopté pour cette tournée nous a rappelé un club de jazz de New York ou New Orleans…

Les Rita Mitsouko :

Puis c’est au tour des Rita Mitsouko nouvelle formule de faire leur show sur la grande scène… Comme d’habitude, c’est Catherine Ringer qui assure sur le devant de la scène avec sa voix et ses danses improbables, laissant Fred Chichin derrière ses lunettes de soleil et sa guitare électro acoustique quasi inaudible. D’entrée, on observe que le groupe réuni pour cette tournée est de meilleure qualité que le précédent qui sonnait franchement « variété funk ». Là, la tonalité est plus rock/pop, mais si subsistent malheureusement quelques scories variétoche frenchy. On remarque également que les nouveaux morceaux passent plutôt bien la barrière du live, même s’ils ne déclenchent pas des bouffées de joie comme C’est comme ça et Andy, joués à la grande joie du public. Pour promouvoir la sortie de Variety, les Rita Mitsouko proposent un set professionnel et consensuel qui laisse malgré tout une bonne impression, grâce à l’étourdissante Catherine…

Young Gods vs Dälek :

La rencontre des mythiques suisses indus des Young Gods et du rapper bruitiste Dälek a tenu toutes ses (nombreuses) promesses ! En injectant une bonne dose de hip hop aventureux dans le rock indus de ses acolytes, Dälek réussit à propulser leur musique dans le 21ème siècle, gommant par là même le côté daté de certaines sonorités électroniques des derniers travaux des musiciens emmenés par Franz Treicler. La guitare acoustique trafiquée d’Alain Monod, la batterie sèche de Bernard Trontin, la guitare électrique bruitiste et le chant habité de Treicler se mêlent superbement aux parties rappées nocives et aux cataclysmes sonores déclenchés par Dälek… Pour créer de remarquables tableaux soniques aux humeurs tempétueuses. Chaque titre des Young Gods ou de Dälek s’en trouve joliment réinterprété et les morceaux originaux créés pour l’occasion sont captivants. Une belle réussite donc que cette création exceptionnelle !

Marilyn Manson :

Prévu pour durer 1h30 (de 0h30 à 2h), la grand messe satanique de Marilyn Manson n’a en fait duré qu’une petite heure (rappel compris !), le démoniaque chanteur étant arrivé 15 minutes en retard et reparti un quart d’heure plus tôt. C’est sans doute le sens du respect du public à l’américaine. Manson déchaîne pourtant toujours autant les passions, il suffit de compter le nombre impressionnant de fans grimés à son effigie. De nombreuses personnes ont en effet fait le déplacement à Belfort uniquement pour Manson. Malgré ce dévouement, Marilyn Manson se plait à traiter son public comme de la merde, et celui-ci, en bon masochiste, en redemande… Il faut dire qu’entre l’arrivée et la sortie de scène, le show est plutôt de bonne qualité, même si les grosses ficelles se voient parfaitement : c’est de l’entertainment avant tout, un spectacle pseudo métal sans subversion aucune. Manson arrive avec un micro prolongé par un énorme couteau de boucher, il fait mine d’étrangler son guitariste quand il n’hurle pas (plutôt bien) dans celui-ci, il se roule par terre théâtralement, fait mine de monter ses fesses !!! Hou la la, c’est très choquant ! Il faut vraiment être une vieille bigotte de 79 ans pour être choqué par ça… Cela dit, le spectacle grand guignol tient la route, les morceaux sont souvent percutants et joués de manière rock ‘n roll, même si cela manque tout de même un peu de frisson et d’inspiration… En plus, il faut se farcir les sempiternelles reprises tartes à la crème - Sweet Dreams et Tainted love -, avant d’avoir droit à quelques vieux titres aux riffs malsains. Marilyn Manson propose un show parfait pour Halloween, idéal pour faire fantasmer les adolescents mais, après, quand on rentre dormir, aucun risque de cauchemar, de pensées torturées ou malsaines ; on dort à poings fermés du sommeil du juste… Tant mieux : demain la journée promet d’être chargée sur la presqu’île du Malsaucy.

Site du festival : www.eurockeennes.fr/

Photo : Flore-Anne Roth

A lire également : les comptes rendus du samedi (Queens Of The Stone Age, The Hives, Deerhoof, Blanche, Bassekou Kouyaté, Editors, Maxïmo Park) et du dimanche (Arcade Fire, Air, Klaxons, TV On The Radio, The Good The Bad and The Queen, Loney, Dear, Bikini Machine, Tryo), ainsi que les chroniques des trois jours des Eurockéennes 2006 : le 30 juin avec Daft Punk, The Strokes, Two Gallants, Arctic Monkeys, Dionysos & Synfonietta, Anaïs, Malajube, le 1er juillet avec Depeche Mode, Morrissey, Katerine, Camille & Pascals, I Love UFO, Teitur & Orchestre, Hushpuppies, le 2 juillet avec Sigur Ros, Art Brut, Dominique A, Islands, Aberfeldy, My Baby Wants To Eat Your Pussy


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 09/07/2007

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