21/07/2019  |  5211 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 16/07/2019 à 22:02:07
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Summercase - samedi 14 juillet

2007

Jarvis Cocker, The Jesus and Mary Chain, !!!, My Brightest Diamond...

Barcelone, Parc del Fòrum (Espagne)
Cette seconde journée ne pouvait pas plus mal commencer... A mon arrivée sur le site, je découvre que mes tickets boisson achetés la veille ne sont plus valables : apparemment c’était signalé dessus, en caractères lilliputiens. Que faire alors ? Taper un scandale diplomatique, demander l’annexion de la Catalogne ou écumer les concerts sans ravitaillement ? Les festivals sont de vastes machines à fric, mais certains promoteurs pourraient y mettre les formes et aussi proposer autre chose que de la bouffe récupérée des invendus de la SNCF.

Il y a toujours la vue sur la mer pour oublier et un programme pas dégueulasse. Je saute la prestation des revenants mancuniens de James sur la grande scène pour My Brightest Diamond, alias Shara Worden sous l’un des deux chapiteaux. La demoiselle collabore avec Sufjan Stevens mais ça ne s’entend pas trop. Son rock romantique hésite entre Fiona Apple et Beth Gibbons, dopé par un son parfois trop lourd pour ses frêles épaules. Une reprise de L’Hymne à l’amour enchaînée par un cover de Tainted Love suffisent pour garder un souvenir assez agréable de ce concert.

Ensuite, il est temps de se positionner pour voir mon super-héros préféré : Jarvis Cocker qui porte la même tenue que lors du festival des Inrocks ; normal, les super-héros ne se changent jamais. Pour être honnête, Jarvis cabotine et son album solo ne déchaîne pas les passions, hormis un Fat Children ou un Cunts are still running the world tout en classe et acidité. On regarde autant qu’on l’écoute. Et il donne à voir, bondissant comme dans sa première cave à Sheffield, Jarvis a inventé la classe pour les maladroits. Bien sûr, on guette une incursion pulpienne, elle ne viendra pas. Avant de rentrer dans son XVIIIème arrondissement, Jarvis prend tout le monde par surprise en s’attaquant aux Eye Of The Tiger de Survivor, délire général. Jarvis se prend pour Rocky Balboa, il boxe dans le vide et nous sort un uppercut dans le dernier round que l’on n’avait pas vu venir.

Dans un genre plus renfermé, les frères Reid prennent la suite. Dans mon imaginaire, The Jesus and Mary Chain c’était deux frères acnéiques aux cheveux gras qui se mettaient dessus, tout en cachant des mélodies à crever derrière un mur de distorsions et de larsen. Dans leur prime jeunesse, les concerts se terminaient au bout de quelques minutes dans le chaos et la fureur. Secrètement, on espérait un glorieux sabordage, à la place les frérots écossais livrent un grand concert rock, digne et premier degré. Pas de pose, on joue comme ça sort des tripes. Jim Reid a lâché sa guitare, mais sa voix n’a pas bougé d’un iota, sur l’écran géant on remarque qu’il ouvre à peine la bouche. Grande classe. Le poids des ans et des kilos se fait plus présent pour William, dont la ressemblance avec Pedro Almodovar ne marque que moi. En une grosse heure, les Ecossais passent en revue le meilleur de leurs deux premiers albums (Psychocandy et Darklands), on ne rigole pas, pas de bavardage inutile avec le public, ça change des VRP du rock. Ces mecs ont inventé le rock noisy, ceux qui disent Sonic Youth sont éliminés ou trop arty.
Court repos, depuis un coin d’herbe on tente de suivre la prestation d’Electrelane, mais le rock discount de Kaiser Chiefs gâche le plaisir. Merci les gars, vous nous avez bien fait marrer, maintenant il serait temps de retourner dans votre pub jouer aux fléchettes. Electrelane passe à La Route du Rock : promis on se rattrapera.

Sur la grande scène, dans des costards blancs légués par Eddie Barclay, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel assurent l’essentiel. Festival oblige, Air zappe en grande partie son dernier album, le semi-déceptif Pocket Symphony, pour passer en revue 10 ans d’enchantement depuis Sexy Boy. Ce soir-là, les Versaillais bloquent sur Moon Safari et le public ne trouve rien à redire. Danger Mo a une dent contre le batteur à rasta au tropisme Manu Katchéien prononcé, il faut l’avouer. Air manque de chair et déroule un peu trop. Mais quand on aligne des créations du tonneau de Playground Love ou de la Femme d’argent, et bien on peut se la péter et se dire que l’on est le groupe français de sa génération.
Perclus de crampes (la faute à la déshydratation dû au ticketgate), je tente le coup !!! qui sur disque m’amène plus d’interrogations que d’exclamations. Emmené par un chanteur frisé en minishort, les Américains ne ménagent pas leurs effets. Ca groove, ça n’a pas trop de cohérence, les chansons sont souvent des bons vieux copier/coller, mais l’effet produit sur les festivaliers vaut le détour. Dans un mouvement de mimétisme, j’ai presque envie de me bouger le cul et de profiter de cet hédonisme bon marché. Sur le coup, j’y laisse mes dernières forces. Après une consultation rapide au sein du groupe Foutraque, je renonce aux Chemical Brothers. Je laisse ça aux touristes anglais arrivés par charter.

Bilan du voyage : organisation limite, ville géniale (pas vraiment une surprise) et programmation solide mais pas assez aventureuse. Du coup, Benicàssim tient la corde pour 2008.


www.summercase.com
www.myspace.com/summercase

auteur : Alexandre Pedro - pedro.alexandre@wanadoo.fr
chronique publiée le 20/07/2007

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