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Festival de Sédières - jeudi 22 juillet

2004

Feist, An Pierlé, Laetitia Shériff, Nouvelle Vague, OMR

Sédières (19) (France)

du : 21
au : 27 juillet
Le festival de Sédières 2002 et particulièrement les prestations réussies de Joseph Arthur, Hawksley Workman, Tindersticks, The Notwist, Miossec et Dominique A nous laisse un souvenir impérissable, celui de 2003 (annulé à cause du conflit des intermittents) est déjà oublié, place au festival 2004 et à son affiche de qualité et très fournie (7 soirées sont désormais dévolues aux musiques actuelles)… C’est donc le cœur léger qu’on se met en quête du site en évitant soigneusement de suivre les panneaux indiquant « Sarran, musée du président Jacques Chirac » et en suivant fébrilement ceux menant à Sédières 2004. Tout est intact : la forêt est toujours aussi verdoyante, l’eau des lacs est plus que jamais claire, le château et ses abords sont encore une fois bien entretenus (merci Bernadette Chirac) et la grange restaurée qui sert de cadre aux concerts conserve ses atours accueillants…

La première soirée à laquelle nous assisterons s’intitule « songwriting féminin », sa programmation a des allures de jumelage des festivals Les femmes s’en mêlent/Les Inrockuptibles… C’est d’ailleurs OMR, une « découverte » des Inrocks, qui commence la soirée, et comme à la Coopérative de mai avant Grandaddy, on ne réussit pas vraiment à se laisser emporter par leur musique, même s’ils ont semble-t-il progressé entre-temps. Malgré quelques bons moments électro pop voire électro rock, l’influence de The Cure est un peu envahissante, la voix de la blonde chanteuse, quant à elle, manque de personnalité…

Camille, qui officie en temps que chanteuse du groupe Nouvelle Vague qui poursuit la soirée, n’en manque pas de personnalité : aussi bien dans sa voix - qui fait merveille sur le dvd de Jean-Louis Murat -, que dans son attitude - déchaînée malgré les béquilles qu’elle porte hors de scène - et ses discours (en anglais) : « c’est une chanson des Dead Kennedys, aujourd’hui, ils pourraient s’appeler les Dead Sarkhozys. Cette chanson est dédiée à Bernadette Chirac ». La version de Too drunk to fuck qui s’ensuit est si retournante qu’on aimerait que Bernadette voie (et entende) ça ; Camille hurle à en oublier les paroles, improvise brillamment, gesticule comme si elle était à New-York en 1979 ! L’ensemble du set de Nouvelle vague est irréprochable lui aussi, Marc Collin aux machines et Oliver Libaux à la guitare sèche délivrant des charmantes versions bossa nova de titres new wave ou punk (Making plans for Nigel d’XTC, A Forest de The Cure, I just can’t get enough de Depeche Mode, Guns of Brixton des Clash, etc.), admirablement susurrées par une chanteuse lascive et discrète, tout en étant relevées par les interventions de Camille… Certains objecteront que ce ne sont que des reprises, mais celles-ci sont bien choisies et interprétées avec originalité.

On reste sur son petit nuage pendant le set de Laetitia Shériff, dont la voix envoûtante et les musiciens doués (Olivier Mellano - guitare - et Gaël Desbois - batterie) mettent parfaitement en valeur les bonnes compositions rock présentes sur son premier album, Codification … En plus, cerise sur le gâteau, la belle conclut son passage sur la scène de Sédières par une reprise inattendue du Nightclubbing d’un certain Iggy Pop. Les prestations empreintes de ferveur de Laetitia Shériff aux Printemps de Bourges, aux Efferv’Essonne et à la Coopérative de Mai n’étaient donc pas le fruit du hasard (mais on s'en doutait un peu !).

Peu après, An Pierlé fait preuve de sa fougue et de bonne humeur habituelles, malgré un retard à l’allumage dû à un défaut de balances, faute de temps. Dans des conditions un peu stressantes donc, et malgré un batteur un peu lourd et quelques parties de piano parfois faciles, An Pierlé prouve qu’on peut jouer du piano assise sur un ballon en dégageant une énergie digne d ’un Jerry Lee Lewis au féminin…

Pendant le concert de Feist on pense plutôt à un Neil Young habillé d’une jupe blanche immaculée… Il faut dire que la Canadienne manie admirablement sa guitare électrique ; elle en sort même des sons évoquant immanquablement le loner quand il était accompagné par les électriques Crazy Horse. Feist sait écrire des chansons, c’est une certitude, par contre, comme au Printemps de Bourges 2004 , elle manque légèrement de présence, et ce ne sont ses musiciens ultra-pros et guindés qui vont y changer quoi que ce soit… Les morceaux où ceux-ci sont les plus discrets avec leurs instruments sont d’ailleurs les meilleurs, ils provoquent tout simplement des frissons. Tant est si bien que les esprits de la forêt de Sédières se réveillent et provoquent un long larsen finalement assez bienvenu puisqu'il permet de découvrir le rire et le sens de l’à propos de la jeune femme : après quelques mots échangés avec son auditoire, celle-ci reprend le cours de son set avec classe… Ce n’est qu’après avoir accordé un rappel - où elle joue la troublante chanson écrite pour Jane Birkin (A simple story) - que Feist prend congé d’un public qui semble avoir passé une soirée délicieuse. Sédières 2004, ça commence bien !


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 30/07/2004

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