27/01/2020  |  5296 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 27/01/2020 à 17:39:51
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Le Secret des poignards volants

Zhang Yimou
Chine - 2004
scénario : Zhang Yimou, Li Feng, Wang Bin
avec : Zhang Ziyi, Takeshi Kaneshiro, Andy Lau...
durée : 1h59
Une hybridation stylisée réussie, moins racoleuse (le cinéma chinois explicité aux occidentaux et du coup plus dénaturé qu’épuré) que l’unanimiste Tigre et dragon d’Ang Lee.
On trouve beaucoup d’emprunts (The Blade de Tsui Hark, Les Cendres du temps de Wong Kar Waï) et de citations (King Hu, cinéaste chinois spécialiste du film de sabre, "Beat" Takeshi Kitano, cinéaste japonais), un fond idéologique toujours aussi douteux (la bonne rengaine communiste : il vaut mieux se sacrifier pour son camp que trahir les siens), mais ce film crée son propre univers bigarré, ambitieux et complexe.
L’époque, la dynastie Tang menacée en 859, a été peu montrée au cinéma, Zhang Yimou peut ainsi tout se permettre et mélanger costumes fantastiques (Jiang-Hu entre passion et gloire de Ronny Yu, autre hybridation réussie), trilogie des couleurs de l’art Tang (première partie jaune, seconde verte, troisième blanche) et scénarii de pouvoir (trahison, corruption, duplicité).
Mais Le Secret des poignards volants est aussi un film sensible sur le couple, sujet qui titille Zhang Yimou depuis longtemps, surtout dans l’acclamé Epouses et concubines en Occident. Ce n’est pas du Bergman, mais Zhang Yimou imprime dans sa peinture sensualiste (fleurs, feuillage, bambous, forêts) une certaine liberté magnifiée par son actrice Zhang Ziyi en contradiction avec la commande de propagande.
Le Secret des poignards volants est à la fois un film de festival pouvant plaire aux occidentaux, donc à nous, petits français, qui mixe les dernières prouesses du numérique et crée une esthétique (le triptyque danse jeu combat inaugural, trajectoire des poignards volants, bataille aérienne en forêt de bambous, poursuites à cheval à pleine vitesse), un film chinois sur le pouvoir à la Kurosawa et un film sur un triangle amoureux. Chacun des trois protagonistes désignés joue un jeu de dupe, le capitaine est un espion, le chevalier errant séduit la jeune rebelle par intérêt, elle hésite entre les deux, mais chacun, dans leurs mensonges, exprime sa part de vérité.
F For Fake, Vérités et Mensonges d’Orson Welles, c’est l’essence même du cinéma. Même un western idéologique à la cantonaise peut connaître le temps de l’amour. Allez-y le vérifier.


auteur : Stanislas de Guillebon - stan@foutraque.com
chronique publiée le 24/11/2004

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