27/01/2020  |  5296 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 27/01/2020 à 17:39:51
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    chronique film
Jour et Nuit

Wang Chao
Chine - 2004
scénario : Wang Chao
avec : Liu Lei, Wang Lan, Xiao Ming, Wang Zheng, et Sun Guilin
durée : 1h35
(Ce film sortira en salles le 2 février 2005)

A la lisière de la rivière jaune, Guangshang l’apprenti et son maître Zongmin arpentent les dunes minières avec les mêmes habitudes, les mêmes gestes pour extraire des entrailles de la terre le charbon, unique richesse du village.
Un jour, la nature se rebelle et Guangshang sort indemne d'un coup de grisou, mais la perte de son maître le laisse seul, livré à ses doutes et à ses remords…
Premier long métrage à pouvoir être diffusé hors de Chine, « Jour et Nuit » (« Re ReY i Yi » en chinois) surprend par l’âpreté des mineurs qui vivent dans des conditions extrêmes, où la nature est souveraine.
Les longs plans des paysages désertiques, les visages et les corps qui se font et se défont sont déclinés comme des motifs et finissent par nous saouler comme le vent glacial qui balaye les cheveux sales des mineurs.
En évitant tout misérabilisme par un respect des personnages et de leurs choix de vie, le cinéaste parvient de façon subtile à aborder le passage socio-économique de la Chine à une économie privée et des conséquences sur la vie rurale.
Malgré cette réflexion culturelle, il n’oublie jamais l’ambivalence spirituelle du héros ( ?) et cherche avec beaucoup de poésie à donner un sens à sa culpabilité spirituelle et charnelle à l’égard de son maître.
Wang Chao réussit à mélanger introspection, lenteur et beauté avec parcimonie et la mise en scène épurée -alternance de plans larges, serrés et de plans séquences- et l’absence volontaire du mouvement pour un cinéma pictural sans esbroufe honoreront sans nul doute ses maîtres : Bresson, Antonioni ou encore Bergman
Au final, une irrépressible envie de se (re)plonger dans la culture bouddhique pour trouver cette sagesse qui nous manque tant.

« Chanson de la montée à la terrasse de Youzhou :
Ignorant, avant moi, les hommes d’autrefois,
Ignorant, après moi, ceux qui viendront demain,
Je songe à l’infini de l’univers immense,
Et tout seul je répands des larmes d’amertumes »


D’après Chen Ziang (659-700) Dynastie Tang

PS) Ce film a obtenu le Grand Prix - Montgolfière d’Or pour la mise en scène et le Prix Jeune public au Festival des 3 Continents (Nantes - 2004).


auteur : Poplunaire - poplunaire@foutraque.com
chronique publiée le 22/12/2004

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