26/02/2020  |  5315 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 26/02/2020 à 12:16:24
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    chronique film
Sideways

Alexander Payne
Etats-Unis - 2004
scénario : Alexander Payne et Jim Taylor
avec : Paul Giamatti, Thomas Haden Church, Virginia Madsen...
durée : 2h04
Ou le vin et le cul (dans l'ordre que vous préférez), deux spécialités bien de chez nous s'il en est, vus par Hollywood, dans la tradition du "road-movie" sur fond de jazz light. Difficile d'expliquer le malaise qui m'a accompagné pendant toute la projection, qui n'était dû ni à la mise en scène (sobre, elle), la photo (soignée), le jeu des acteurs (tous bons).

Car à priori, Sideways a tout pour susciter la sympathie – et cherche même à l'être à tout prix, c'est là que ça devient carrément gênant. Les personnages principaux sont deux archétypes de "losers" : Miles, amateur de vin, écrivain raté et clown triste qui a du mal à se remettre d'un divorce ; Jack, balèze beauf obsédé sexuel. Ensemble, ils tracent la route des vins aux USA. Sous des dehors faussement auteuristes et en marge, Sideways est terriblement hollywoodien (au sens actuel), dans son envie de mettre à tout prix les spectateurs dans sa poche, dans sa manière de prédigérer les émotions et de téléguider totalement les réactions. Les aventures tragi-comiques que le duo ne manquera pas de traverser, les rencontres fortuites, la mélancolie en tube ("seul sur la plage, les pieds dans l'eau"…), tout est téléphoné et ne semble se trouver là que pour servir le programme du scénario. On s'ennuie vite et on demeure passif : Alexander Payne ne développe aucun point de vue, les clés des personnages sont données dès le début du film, et personne n'évoluera (surtout pas notre regard). D'ordinaire je me fiche des invraisemblances, mais là… au cours d'une scène de repas au restaurant assez réussie dans son rendu de l'ivresse chez Miles, défilent mets fins et grands crus (un Pommard !). L'addition a dû être salée pour des petites bourses ! Et ainsi de suite… Miles revoit sa première femme à la fin du film : très belle, elle s'est remariée avec le prototype du cadre américain parfait – comment a-t-elle pu aller avec Miles au début ?

Hollywood a cette incroyable capacité à tout glamouriser, à tout phagocyter pour rendre au final un produit très formaté, qui saura flatter dans le sens du poil le public de tous les pays. Qui sera rassuré et ravi d'adhérer à l'Amérique qu'on lui montre : celle des "vraies gens", celle qui ne vote pas Bush, celle qui ne fait pas peur. Que penser de cette scène dans laquelle nos quatre compères (ah oui, ils ont rencontré deux nanas : l'une servira a donner une fin ouverte au film pour Miles – saura-t-il trouver l'Amour ? -, l'autre sera sacrifiée pour bien montrer le contraste avec Jack, l'affreux menteur – un moralisme bien appuyé pour ceux qui n'auraient pas compris) se retrouvent dans une conférence dispensée par un vieux connaisseur, qui parle de la culture du vin en Bourgogne depuis l'Antiquité… horreur ! Vite se barrer (après force regards complices) pour aller se siffler une bouteille dans un pré au coucher du soleil, avec photo hamiltonienne ad hoc ! Si Sideways était un film français, on le traiterait de poujadiste.

Alexander Payne en fait trop dans l'excès inverse du "blockbuster" habituel, pour en arriver à être presque plus antipathique. Antidote conseillé : revoir des films de Cassavetes, où les alcools forts, les corps et les relations humaines sont montrés avec toute l'affection, la violence et les excès qui font cruellement défaut ici. Ou encore Western de Manuel Poirier (qui s'approprie les codes du cinéma américain avec infiniment plus de talent que Payne, qui ne nous renvoie que des clichés), dont Sideways est un pâle ersatz. Pire : un cheval de Troie.


auteur : Jérôme Fiori - jerome.fiori@laposte.net
chronique publiée le 25/02/2005

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