26/02/2020  |  5315 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 26/02/2020 à 12:16:24
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    chronique film
Maria

Peter Calin Netzer
Roumanie / France / Allemagne - 2003
scénario : Peter Calin Netzer / Gordan Mihic
avec : Diana Dumbrava, Serban Ionescu, Rona Hatner...
(Sortie le 30 mars 2005)

Peut-être ai-je perdu l’innocence de mes jeunes années pour ne plus vivre par procuration les films de la vie des autres ?
Voir un film de John Cassavetes était pour moi une mise en abîme de la condition humaine et me permettait de vivre une sorte d’hétéronymie existentielle.
Maria me plonge dans un état émotionnel qui me taraude de questions que j’étais loin d’imaginer ; comme ressentir ma disponibilité affective à aller voir un film où la décrépitude humaine est montrée dans sa pure vérité avec toutes les moyens esthétiques et didactiques utilisés par le cinéma pour rendre la fiction la plus proche de la réalité.
La capacité de l’art cinématographique est de rendre l’insupportable, beau et palpable ; c’est là que le problème de la complaisance esthétique peut prêter à discussion.
Cette question de critique n’est pas le sujet de cette chronique mais le fait de vous en faire part me permettra , je l’espère de mieux comprendre le cinéma du réel comme on le dit parfois.
Maria doit faire face au troisième licenciement de son mari, pourtant ouvrier modèle depuis tant d’années, et élève tant bien que mal ses 7 enfants dans la pénombre d’une cave de la banlieue de Bucarest. Entre les vaines parties de cartes de son mari pour tenter de renflouer la caisse familiale, ses soûleries permanentes qui finissent sur les pommettes de Maria et les emprisonnements itératifs au commissariat du coin ; la venue au monde du dernier petit s’annonce difficile…jusqu’à ce qu’une caméra d’un télé-réalité pointe le bout de sa caméra pour conter en direct la triste histoire de Maria.
Malgré le classique thème de la mère désargentée qui doit vendre son corps pour subvenir aux besoins de sa famille, Peter Calin Netzer réussit par une alternance de situations tragiques et comiques à casser les poncifs relatifs à ce sujet évitant par-là même d’exploiter la misère humaine.
Cette façon d’utiliser l’absurde pour atténuer le pathétique de l’histoire est une sensibilité balkanique qu’on rapprochera beaucoup des films d’Emir Kusturica. Du coup, l’empathie l’emporte sur le pathos et on suit les pérégrinations erratiques de Maria avec compassion et sympathie. Le traitement de la lumière est remarquable et se rapproche des compositions de peintres comme Georges de la Tour ou du Caravage ; car les visages sont vus aux travers de bougies ou d’autres artifices visuels (comme le ballon de baudruche par exemple) donnant au film toute sa dimension crépusculaire et poétique.
La caméra (souvent sur l’épaule) épouse au plus près les mouvements des interprètes et parfois le metteur en scène use (trop ?) des ralentis pour augmenter l’effet dramatique de certaines situations.
La passion des sentiments qui habitent tous les acteurs est à couper le souffle tant elle suinte dans les moindres attitudes ou silences, l’interprétation de Maria par Diana Dumbrava est magnifique et le couple ( ?) formé par Milco (Horatiu Malaele) et Ion (Serba Ionescu) est truculent de drôlerie et les seconds rôles (enfants et Malia) sont tout aussi justes que touchants.
Face à la machinerie capitaliste occidentale, le cinéma indépendant des pays pauvres montre si besoin est que la création n’est pas uniquement une histoire de financement mais surtout de liberté d’expression avec cette ultime énergie de militer pour la vie, et pour une vie meilleure…


auteur : Poplunaire - poplunaire@foutraque.com
chronique publiée le 21/03/2005

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