25/03/2017  |  4778 chroniques, 159 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 24/03/2017 à 16:44:49
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A Scanner Darkly

Richard Linklater
Etats Unis - 2006
scénario : Richard Linklater d'après l'oeuvre de Philip K. Dick
avec : Keanu Reeves, Winona Ryder, Robert Downey Jr...
durée : 1h40
Considéré comme l’un des grands auteurs de science-fiction, Philip K. Dick se retrouve ses derniers temps très prisé par le cinéma et ce depuis l’avènement des effets numériques. Films à gros budgets (l’incontournable Blade Runner), réalisateurs en vogue (Steven Spielberg pour Minority Report), stars ultra-médiatisées (Arnold Schwarzenegger pour Total Recall), tous ont contribué à la popularité de l’auteur américain. Pour autant, peu d’entre eux ont su cerner les obsessions de l’écrivain (interrogations sur l’individu en temps que personne, place de nos vies dans une société de plus en plus déshumanisée…) et constaté que l’apport de la science-fiction n’était là que pour servir un propos et non le supplanter.

Avec A Scanner Darkly, Richard Linklater signe une œuvre hors-normes à contre courant des autres adaptions habituelles ; préférant recentrer son propos uniquement sur son personnage principal plutôt que sur un monde fantasmé. Nous sommes donc en Californie, dans un futur proche qui ressemble à s'y méprendre à la Californie actuelle. Rien n’a vraiment changé si ce n’est qu’une nouvelle drogue, la Substance M, a complètement envahi les Etats-Unis. Pour contrer un cartel de la drogue sans cesse grandissant, la police multiplie les agents infiltrés et a même créé, pour l’occasion, une combinaison spéciale permettant de garder l’anonymat en toutes circonstances. Composée de tissu blanc, cette combinaison intégrale a la particularité de projeter plus d’un million de visages, de personnalités holographiques en temps réel, garantissant à son porteur un anonymat total tant au niveau du physique que de la voix. C’est ainsi que nous suivons l’agent Bob Arctor en charge d’infiltrer un petit groupe de revendeurs suspectés d’appartenir à un gros réseau de trafiquants.

A Scanner Darkly étonne avant tout par son visuel. Pratiquant la technique de la rotoscopie (à savoir filmer ses acteurs en situations réelles, puis retravailler ensuite les images en apposant une texture 2D, un peu comme dans un dessin animé), le film revêt ainsi un caractère étrange coincé en la réalité telle que l’on la connaît et l’irréalité de certains objets et des personnages. Une déformation constante qui pousse le spectateur dans une spirale tronquée dont il ne connaîtra les aboutissants qu’à la toute fin du film. De ce fait, Richard Linklater prend un malin plaisir à brouiller les pistes et à nous embarquer dans de grandes scènes de paranoïa aiguë, proches, dans l’esprit, de Las Vegas Parano. Des scènes sans queue ni tête (cf. scène dans la dépanneuse) qui alternent sans cesse avec les réflexions/méditations du personnage principal incarné par Keanu Reeves, sans cesse perdu entre sa vie de policier et celle d’agent infiltré.

A Scanner Darkly est donc un film atypique tant sur le propos que sur la forme et qui a le mérite de montrer une autre vision de l’œuvre de Philip K. Dick, plus centrée sur des questions philosophiques (questionnements sur le moi, la finalité de la vie) que sur des décors futuristes bodybuildés aux effets numériques.


www.scannerdarklymovie.com

auteur : DrBou - drbou31@hotmail.com
chronique publiée le 01/11/2006

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