16/11/2018  |  5077 chroniques, 166 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 15/11/2018 à 19:40:36
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Ghost In The Shell - Innocence au festival de Cannes 2004

Mamoru Oshii
Japon - 2004
durée : 94'
Innocence à Cannes 2004 : Mamoru Oshii, le géant méconnu du cinéma nippon.
 
Le Manga (avec un " M " majuscule!) entre au festival de Cannes ! Cette année, pour la première fois depuis la fondation du festival, l'un des genres cinématographiques les plus méprisés par l'intelligentsia cinématographique, et les plus regardés par ceux qui n'en sont pas, va faire son entrée en compétition pour décrocher la palme.
 
Et qui a réalisé cet exploit ? Qui peut se considérer, festival ou pas, comme l'un des cinéastes les plus inventifs, les profonds et les plus inspirés des 20 dernières années ? Qui est ce sournois révolutionnaire à qui Hollywood a piqué un nombre incommensurable de gimmicks ?
 
C'est Mamoru Oshii.
 
Quand on parle ciné japonais, c'est Akira Kurosawa qui fait bien dans les discussions éclairées, et Takeshi Kitano côté polar exotique. OK, pas de faute de goût flagrante, mais passé les clichés télérama-esques, il y a au pays du soleil levant des artistes extrêmement plus influents dont personne ne parle, parce que le Manga, c'est soit pour les gamins violents, soit pour les bobo-ados-attardés notoirement fans de Dorothée et des soirées Casimir (c'est pas moi qui le dis !).
 
Et bé nan ! Qui apparaît au détour de toutes les conversations avec les réalisateurs les plus en vogue de nos (sombres) jours ? James Cameron, Peter Jackson, les frères Wachowski citent à chaque fois un certain Mamoru Oshii, pour son travail sur Ghost In The Shell (Kôkaku Kidôtai - 1995), ou plus récemment sur Avalon (2001) - la version réussie du ExistenZ raté de Cronenberg (1999)-, mais aussi La brigade des loups (Jin Roh - 1999) ou les cultissimes OAV Patlabor : The Mobile Police (Kidô keisatsu patorebâ - 1989) et Patlabor 2 (Kidô keisatsu patorebâ 2 - 1993).
 
Mamoru Oshii s'est adressé à notre inconscient puéril lors de nos jeunes années par le biais de la bataille des planètes et de Lamu, et il revient hanter nos adulescentes existences avec ses visions cyberpunk d'avenir proche, prophétiques et Bladerunner-esques, inspirées en grande partie de l'univers de Masamune Shirow, autre très grand créateur japonais contemporain. Ghost In The Shell est le plus parfait exemple de synergie onirique entre ces deux monstres sacrés : derrière un visuel parfait de ce futur noyauté par des technologies que ne renieraient ni William Gibson (Dieu), ni William Gates (Diable), Oshii et Shirow mènent une réflexion sur ce qui fait l'homme, ce qui fait l'âme et sur les limites entre le mécanique et l'organique.
 
Ce projet est celui de Oshii depuis fort longtemps, et on en trouve des traces dans toutes ses œuvres récentes, que ce soit dans La brigade des loups où l'homme se transforme en machine (à tuer), ou dans Ghost In The Shell où la machine (le Puppet-master) s'incarne pour affirmer et imposer son existence en tant qu'âme, voire enfin dans Avalon où l'homme tente de fuir le réel à travers les machines. L'autre signe d'une production Oshii est le présence d'un Basset quelque part dans le film, il y en a un sur l'affiche japonaise, on ne peut donc pas se tromper !
 
Le film présenté à Cannes 2004 est le deuxième volet de Ghost In The Shell, son titre, Innocence, exprime la quête de son héros, Batou, familier des aficionados de Shirow.
Le synopsis publié par ProductionIG, la maison de production du film ne laisse aucun doute quant à la filiation thématique du scénario : c'est du Oshii.
 
Synopsis
 " Batou est un cyborg vivant. Son corps entier, même ses bras et jambes sont entièrement fabriques par l'Homme.
Seules lui restent des bribes de son cerveau et le souvenir d'une femme. Dans un monde où la frontière entre humains et machines est devenue infiniment vague, les Humains ont oublié qu'ils sont humains.
Voici la débauche du "fantôme" d'un homme solitaire, qui néanmoins cherche à conserver son humanité.
Innocence... C'est ce qu'est la vie. "

 
Le film est produit par ProductionIG a qui l'on doit, entre autres, la série de fort bonne facture Ghost In The Shell / Stand Alone Complex, et il est intéressant de noter que les Studios Ghiblis, qui abritent Hayao Miyazaki (Le château dans la ciel, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke…), sont aussi partie prenante au projet, et que le film sera distribué aux Etats-Unis par Disney (qu'ils en prennent de la graine !). La musique est assurée par -maître- Kenji Kawai, le compositeur attitré de -maître- Oshii. Quoi dire d'autre sur Innocence ? Je suis quasiment sûr que notre bon vieux festival "Moutarde et cinéma" de Cannes ne se fendra pas d'une Palme d'or en direction du soleil levant, mais on peut toujours rêver, surtout avec Tarantino aux commandes….
 
Alors, qui est Mamoru Oshii ? Biofilmographie !
 
Né en 1951, dans la riante bourgade nippone de Tokyo, le jeune Mamoru obtient à 25 ans un diplôme d'art - si si, ça sert à queq'chose, la preuve - l'année suivante, en 1977 donc, il rentre aux Studios Tatsunoko ou il travaille sur des séries TV : Ippatsu Kantakun (1978), La bataille des planètes (Gacchaman 2 - 1979) et Zendaman (1980).
 
En 1980,  il intègre les studios Pierrot et travaille sur des séries et des films dont  Le merveilleux voyage de Nils Holgersson (1981), Ryu no Me no Namida (1982), Lamu (Urusei Yatsura - série TV) dont il adapte et réalise les films Urusei Yatsura / Only you (1983) et Urusei Yatsura / Beautiful dreamer (1984).
 
Enfin à partir de 1984, Mamoru Oshii devient autonome et réalise pour son propre compte de nombreux courts, moyens et longs métrages dont :

-Dallos (1984)
-Todo no Tsumori (1984)
-L'œuf de l'ange (Tenshi no Tamago - 1985)
-Lunettes rouges (Akai Megane - 1986)
-Twilight Q 2 : Meikyu Bukken File 538 (1987)
-Kerberos panzer cops (1988)
-Patlabor (OAV - 1988)
-Kenro Densetsu (scenario - 1989)
-Patlabor : The Mobile Police (Kidô keisatsu patorebâ - 1989)
-Gosenzosama Banbanzai (1990)
-Stray dog panzer cop (1991)
-Talking Head (1992)
-Patlabor 2 (Kidô keisatsu patorebâ 2 -1993)
-Seibu Shinjuku Sensen Ijo Nashi (1994)
-Sansara Naga 2 (1994)
-Ghost in The Shell (Kôkaku Kidôtai - 1995)
-Seraphim (scénario - 1995)
-La brigade des loups (1999)
-Avalon (2001)


www.productionig.com
www.innocence-movie.jp

auteur : Steve Golliot-Villers - steve@foutraque.com
chronique publiée le 26/04/2004

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