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Les doigts écorchés

Sylvie Robic
Naïve - 2006
« Le rock a été inventé pour sortir les petits garçons des prisons des caresses maternelles. Le rock est une guerre inévitable pour échapper à sa mère ». On a rarement lu définition du rock plus juste. Sylvie Robic n’a pourtant rien de l’auteur rock classique. Femme dans un milieu chargé en testostérone et Maître de Conférences à Paris X, elle signe avec Les doigts écorchés un deuxième roman aussi court (103 pages) que charnel sur cette musique.

L’histoire : deux gamins, deux frères élevés par une mère célibataire découvrent les émois de l’adolescence et du punk. Ils abandonnent Led Zeppelin pour les Sex Pistols. Logique, nous sommes en 1978. Dans leur chambre, ils se forgent leur propre mythologie, se coupent les cheveux et finissent fatalement par monter leur groupe. Ils rejouent à l’infini le 33 tours des Stranglers, No More Heroes ; comme le slogan d’une époque. Le narrateur tiendra la basse, un ami officiera sur des barils de skip en guise de batterie, enfin le petit frère martyrisera la guitare à s’en écorcher les doigts. La première partie du récit raconte cet apprentissage du rock. Les virées en ville à la recherche du graal vinyle. La jeunesse dans un repli de province (Grenoble). Les premiers concerts, les premiers émois et une mère adorée qui peine à faire bouillir la marmite. Puis avec le deuil du frère cadet arrive celui des illusions adolescentes.

Enfouie profondément, le narrateur voit sa jeunesse lui sauter à la gueule, vingt ans plus tard, au détour du concert d’un jeune groupe anglais. Les Hoggboy (littéralement les garçons cochons) : quatre gentilles petites frappes échappées de Sheffield, étoiles encore filantes pour la presse spécialisée. Ils sont beaux… à leur façon. Ils portent le blouson de cuir trop court, leur insouciance en bandoulière dans l’ombre des Libertines. La fièvre de leurs chansons fera resurgir toute une époque pour le narrateur. Le quadra trimballant son adolescence mal cicatrisée, veut et doit faire la connaissance du groupe.

Un roman court et exalté comme un sprint punk de deux minutes, où le solo de guitare est proscrit. Le punk excrétait les virtuoses inutiles. Il prônait l’urgence. L’écriture de Sylvie Robic, presque orale, va elle aussi à l’essentiel, au plus juste : à l’émotion. Avec son premier roman, Une fille gentille, Sylvie Robic décrivait les souvenirs d’un amour passé. Ici, il s’agit pour son narrateur de courir derrière deux amours d’adolescence : son frère et leur musique. Robic étonne par sa capacité à capter le rapport physique produit par le grincement d’une guitare sur un jeune garçon.

Après la réjouissante fausse biographie de Mick Jagger signée François Bégaudeau (Mick Jagger un démocrate), une nouvelle réussite littéraire pour la maison de disque Naïve. Le passage des sons aux mots se fait sans fausse note.


www.naive.fr
www.hoggboy.com

auteur : Alexandre Pedro - pedro.alexandre@wanadoo.fr
chronique publiée le 23/02/2006

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