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Black Hole

Charles Burns
Delcourt - 1998 - 2005
Black Hole, c’est le trou noir, le néant. Cet espace inconnu qui fascine certains et répugne d’autres. Le néant, c’est aussi ce pas vers l’inconnu. Ce pas si terrifiant et si fascinant que peu franchissent pour un ailleurs incertain. Pour Charles Burns, ce trou noir c’est la crève, une sale maladie, qui, transmissible uniquement par la salive ou par rapports sexuels, ne touche que les adolescents. Une maladie qui en rappelle une autre sans toutefois y ressembler. Si la première est invisible et attaque de l’intérieur, la crève, elle, laisse des séquelles visibles. Pour certains cela se limite à des excroissances facilement camouflables, pour d’autres en revanche la maladie les transforme en monstres : défiguration totale, perte des cheveux et des poils ou irruption de gros pustules sur l’ensemble du corps.

Black Hole est donc l’histoire d’une bande d’adolescents au milieu des années 70, partagée entre ennui, drogues, cours, boissons, rapports sexuels et mal-être. C’est dans ce cercle quotidien et désenchanté que Chris et Keith vont attraper la crève. Pour Chris la crève va se manifester par une mue de l’ensemble de sa peau. Comme un cycle (un de plus) indésiré qui va la pousser vers la fuite des autres et le repli dans un bois, en compagnie d’autres victimes de la maladie. Pour Keith c’est différent : la crève, planifiée, est le moyen de s’évader des habitudes, de sortir de l’ennui personnel de sa vie, partagée entre cours de biologie, fantasmes sexuels et joints. Deux destinées qui s’entrecroisent tout au long des six tomes que compte la série.

La première des références qui nous vient à l’esprit quand on lit Black Hole, c’est l’univers des premiers films de David Lynch, notamment Blue Velvet. Car la crève c’est un peu comme la face cachée de cette Amérique si sûre d’elle, si fière. En focalisant sur les années 70 (période bénie des Etats-Unis) et sur les adolescents (la découverte du corps et l’obsession du sexe), l’auteur conforte son propos dans un mal-être générationnel évident. Son incroyable encrage en noir et blanc et sa composition des cases, très cinématographique (le premier tome est monté comme un flash-back et il n’est pas rare de lire une ou deux pages comme on visionne un travelling), renforcent le côté obscur et malsain de l’histoire. Une histoire somme tout assez banale mais qui ici prend des aspects plus sombres, notamment à travers les rêves et les obsessions de ses protagonistes. En résumé, Black Hole est l’une des meilleures bandes dessinées indépendantes américaines de ces dernières années, qui doit tout autant au dessin finement détaillé de Charles Burns qu’à l’histoire torturée qui en découle.


www.editions-delcourt.fr

auteur : DrBou - drbou31@hotmail.com
chronique publiée le 24/02/2006

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