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David Boring

Daniel Clowes
Editions Cornelius - 2002
Dans l’œuvre de Daniel Clowes, David Boring est un peu le chaînon manquant entre Ghost World et Comme Un Gant de Velours Pris Dans La Fonte. Une oeuvre s'intercalant entre l’amitié décalée de deux loosers perdus dans une banlieue anonyme américaine (oeuvre adaptée à l’écran par Terry Zwigoff en 2002 avec Scarlett Johansson) et la galerie malsaine et dérangeante de portraits bigarrés sur fond de snuff movies. Ni trop noir, ni trop éclairé, David Boring se place dans un entre-deux incertain où tout peut, à chaque moment, basculer. Composé en trois actes, David Boring relate la vie de son héros éponyme entre obsessions sexuelles, fantasmes sur l’idéal féminin, vieux comics américain, cinéma amateur pornographique, copine lesbienne, complexe profond d’œdipe et vie aléatoire parsemée de rencontres en tous genres. Un méli-mélo entre profond ennui sociétal et joies controversées de l’amour et du sexe.

Pour Daniel Clowes chaque acte est l’occasion de s’adonner à un style narratif différent, tout en gardant l’esprit formel qui lui est propre. Le premier met en place les personnes, leur complexité, avant de sombrer dans le pseudo roman policier où l’on cherche vainement à savoir qui a tiré sur qui. Le second acte fait penser aux Dix Petits Nègres d’Agatha Christie, remplaçant l’intrigue policière par un drame psychologique où chacun va essayer de tirer la couverture à lui. Trahisons, meurtres et déviances sexuelles se côtoient sur fond de guerre terroriste incertaine. Le troisième acte est sans doute celui du drame passionnel inassouvi pour finir sur une rédemption fataliste. L’occasion pour le dessinateur américain de poursuivre ses obsessions (mort, personnalités troubles, étrangeté des situations) pour mettre en exergue le décalage entre l’image lisse et propre que l’Amérique veut se donner et sa schizophrénie bien réelle.

D’un trait moins noir et moins encré que son confrère Charles Bruns, le dessin de Daniel Clowes n’en est pas moins caractéristique de la bande-dessinée indépendante américaine. Un trait parfaitement dessiné et assez directif (les cases étant disposées assez symétriquement, donnant une certaine forme de statisme à l'ensemble) avec à chaque début d’acte une page pleine pour illustrer le nouveau chapitre. De ce fait, David Boring tient, de par sa forme, du roman illustré, où l’histoire, toujours à rebondissements, plonge le lecteur dans un univers personnel et passionnant.


www.cornelius.fr

auteur : DrBou - drbou31@hotmail.com
chronique publiée le 04/03/2006

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