15/09/2019  |  5229 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 01/09/2019 à 18:56:09
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    chronique Dvd
Marebito

Takashi Shimizu
TF1 Vidéo - 23 février 2006
Si le cinéma fantastique contemporain a retrouvé ses lettres de noblesse et par là même, un second souffle, il peut aisément remercier une poignée de réalisateurs japonais. Hideo Nakata, auteur de la trilogie Ring et du sublime Dark Water, ou Takeshi Shimizu, qui nous intéresse aujourd’hui, virent ainsi leurs films faire l’objet de remakes américains (plus ou moins réussis). Réalisateur atypique, Takeshi Shimizu s’est fait connaître avec Ju-On. Une œuvre qu’il tourna d’abord en vidéo, puis en 35 millimètres et enfin en version américaine (plus édulcorée), sous le titre de The Grudge. Entre temps, il réalisa, en 2004, un film ovni, entièrement tourné en DV et ce, en un temps records : Marebito. C’est cette œuvre, que l’on peut aisément qualifier d’underground, que TFI Vidéo a décidé, contre toute attente, de sortir en DVD, fin février 2006.

Masuoka, cameraman pour la télévision, est obsédé par les phénomènes de peur. Retranché chez lui, derrière un mur d’écrans, il se passe et repasse les images qu’il a filmées, dans le couloir du métro. Des images qui l’obsèdent : le suicide particulièrement violent, d’un homme, dont le regard était rempli d’effroi. Il n’a de cesse, alors, d'essayer de comprendre les raisons de cette terreur. Pire, il veut la ressentir à son tour. Caméra en main, il arpente alors les rues et les sous-sols de Tokyo, à l’affût du moindre indice, du plus petit élément de compréhension. Egaré, hébété, il découvre un monde souterrain inquiétant, berceau des légendes urbaines japonaises. De ces labyrinthes, Masuoka remonte une jeune fille, « F », qu’il découvre nue, enchaînée et laissée à l’état sauvage. Relecture trash de L’enfant Sauvage de François Truffaut, Marebito, n’est pas un film fantastique banal, dont le but premier serait de nous faire sursauter. Plus subtil, plus vicieux, Takeshi Shimizu nous installe, petit à petit, dans une atmosphère dense, oppressante, où l’effroi vient vous lécher l’échine. Le grain du DV et l’utilisation récurrente de plans caméras subjectives accentuent nettement cette sensation d’étouffement et d’aliénation. Une technique raffinée au service d’un scénario tordu et touffu, composé par le génial Chiaki Konaka, scénariste entre autre, de l’énigmatique série animée Serial Experiment Lain de Ryutaro Nakamura. On y retrouve d’ailleurs cette fascination pour la technologie, la dépendance qu’elle engendre et les dérives schizophrènes qu’elle génère. Trahi par ses propres images, Masuoka prend conscience d’un réalité « autre », parallèle à son monde. Et, comme chez Howard Philips Lovecraft, et sa quête mythique de Cthulhu, aucun retour en arrière n’est possible. Errant entre réalité et univers fantasmé, Masuoka s’enferme dans une folie dévastatrice et une schizophrénie naissante. Il filme, scrute, éduque et nourrit « F » jeune fille prostrée, muette et animale. Mais est-elle, comme il s’en persuade, la clé de ses recherches ou la source de sa démence ? Shinta Tsukamoto, réalisateur phare du cinéma indépendant japonais, auteur des torturés Tokyo Fist, Gemini ou Tetsuo, campe magnifiquement ce personnage rongé par ses propres démons.

Plus qu’une œuvre énigmatique et dérangeante, Marebito, qui signifie « être venu d’ailleurs » est une expérience visuelle, difficilement oubliable. Respectant le concept de film underground à l’initiative du projet, TFI Vidéo n’offre ni plage VF, ni bonus. Enfin, l’éditeur ne propose aussi qu’un Dolby Digital 2.0 japonais uniquement !


www.marebito-lefilm.com

auteur : Lamiricoret - lamiricoret@yahoo.fr
chronique publiée le 06/04/2006

Partager


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire