11/12/2017  |  4922 chroniques, 162 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 05/12/2017 à 20:15:54
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That striped sunlight sound

The Go-Betweens
Tuition - 2006
Il y a une semaine, je notais mentalement : « Finir de regarder le DVD des Go-Betweens et gratter un truc, ça pourrait intéresser les lecteurs de Foutraque ».
Il y a moins de 24 heures, j’apprends la mort de Grant McLennan… Il y a moins de 24 heures, je comprends que les Go-Betweens sont morts dans le sommeil d'un excellent songwriter australien. Il y a moins de 24 heures, je faisais une croix sur les projets de réunir des amis français et grands-britons ici, à Paris, pour un séjour festif organisé autour d’un éventuel passage parisien des Go-Betweens, un groupe qui aura réussi à fédérer plusieurs générations autour d’une musique qu’on aime écouter, une musique dont on aime entendre parler, un groupe que j’aurai malheureusement apprécié trop tard. Une histoire de rendez-vous manqués.

Ce DVD, sorti récemment en Grande-Bretagne, je l’ai ramené de mon dernier séjour écossais. Il y a 10 ans, je n’y aurais certainement pas même jeté plus d’un coup d’œil. On est con quand on est jeune. On lit les Inrocks et on se sent plus forts qu’eux, alors quand ils la ramènent en permanence sur le quatuor australien, quand ils se cassent le cul à sortir un maxi précédant la reformation officielle de ces « ancêtres », on rigole et on se dit qu’il pousse à Beauvallet et sa troupe des lubies aussi anachroniques que l’engouement de Manœuvre pour des Rolling Stones en chaises roulantes (ah, ah, les Rolling Chairs, voilà un nom de groupe intéressant pour vous faire de la pub facile, vous, jeunes guitaristes approximatif de petite formation à dents longues rayant le parquet d’un revival rock voulant nous faire gober qu’il n’est pas besoin de respecter ses aînés)… Oui, on est con quand on est jeune ! Il m’aura fallu trouver jeune fille en fleur grandie dans une culture populaire moins regardante que mes dégoûts dictés par un snobisme anti-vieux pour daigner nourrir ma stéréo à coup de disques et galettes « forsteriennes »… Forsteriennes, car j’ai préféré commencer avec sa discographie solo. Mal m’en a pris, Warm Nights devient rapidement l'un de mes disques de chevet, et rapidement, boulimique, j’avale, de façon désordonnée, chaotique, anarchique, un peu de tout ce qu’ont pu signer Forster et McLennan. On trouve de tout mais tout est bon à sa façon, de la pop-punk minimaliste de leur première livraison partageant Karen et Lee Remick (vous dire à quel point j’étais snob : j’adorais la reprise de Karen par les Little Rabbits) à des hymnes trop grands pour beaucoup de groupes (Was There Anything I Could Do ?) ou des ballades torturées sur l’autel dressé aux Talking Heads première mouture (Here Comes A City), du second degré de Forster à l’émotion plus directe de McLennan… Bref…

Bref, Here Comes A DVD. Ce DVD retrace deux journées dans la vie des Go-Betweens dans leur formation qui restera désormais ultime (Forster, McLennan, Adele Pickvance, Glenn Thompson). Deux journées sur 4 qui célèbreront le retour des enfants prodiges à Brisbane. Brisbane où ils répétaient à leurs débuts, où il faisait certainement si chaud qu’il fallait tirer les stores l’après-midi, tamisant la lumière de telle façon que la musique que jouaient et qu’interprétaient Forster et McLennan sera qualifiée par eux de « Striped Sunlight Music » (imaginez cette lumière jaune et ocre qui nimbe une pièce zébrée de lumière par un store, ça vous situe le groupe… Leurs morceaux sont autant des impressions, des réminiscences physiques que des empilements d’accords et de fines mélodies), appellation qui donnera son nom au DVD et sur laquelle Forster revient dans un texte présent dans le boitier…

Donc, deux jours à Brisbane, les 6 et 7 août 2005… Vous pourrez tout d’abord jeter un œil aux bonus, réduits à une série d’interviews avec des fans présents le soir du concert. On leur demande où ils ont découvert le groupe : la plupart sont des gens du coin qui les ont découverts sur place, à leurs débuts. Vous dire, donc, si le groupe a réussi à fidéliser son audience tout en engrangeant de nouveaux convertis… On leur demande aussi quel est leur Go-Between préféré. Comme on s’y attendait, Forster semble emporter tous les suffrages, mais c’était le choix du réalisateur de faire monter la pression pour laisser au moins autant de gens déclamer leur amour de McLennan plus tard (« That bald guy with the guitar ? »).
Le 6, les Go-Betweens donnent le dernier concert de cette mini-tournée au Tivoli. Vous retrouverez donc l’intégralité de ce concert. A noter qu’avec le DVD est inclus un CD audio reprenant cette prestation…
Le 7 août, en guise de conclusion, le groupe, réduit à son duo vital, reçoit le réalisateur du film chez eux dans cette lumière si particulière qui nimbe et labellise leurs albums. Là, pendant plus de 70 minutes, et à l’aide de deux guitares acoustiques, ils racontent les Go-Betweens, depuis le début et ponctuent chaque phase de leur vie par une chanson (11 au total)… Des anecdotes intéressantes, pas d’impasse sur leur split.

Au total, près de deux heures et demi de musique et une construction qui finit par ressembler à un miroir : le set live se conclut sur Karen, la session acoustique démarre par Lee Remick, l’alpha et l’omega, le début et la fin. Le set live démarre par une intervention solo de McLennan, très émouvante, sur Black Mule, la session acoustique se termine par le même McLennan répondant à la dernière question du réalisateur, qui lui demande quel est le futur des Go-Betweens… Tout ce que je peux vous dire, sans détailler la réponse de McLennan, c’est que ces types se sentaient bien, qu’ils étaient heureux d’être là et qu’ils ne demandaient rien de plus que de continuer à nous faire plaisir…

Voilà ce qu’il reste : un DVD qui aurait du être une étape et qui finit par être une pierre tombale plutôt définitive sur l'un des derniers grands groupes qu’on voulait croire faire partie de notre courte liste d’amis vraiment intimes, un témoignage définitif, l’histoire d’un groupe racontée par ses fondateurs et par ses chansons, l’impression tenace d’écouter au moins l’un des deux compositeurs nous raconter son histoire depuis l’autre côté, nous rassurant peut-être au moins sur un point, que peut-être, peut-être il est mort heureux… Il en aurait eu toutes les raisons…

C’est un vieux con qui vous le dit : si vous croisez un jeune con, offrez-lui ce DVD, il vous remerciera plus tard.

Grant McLennan :
Couleur préférée : crème
Mot préféré : wave (vague)
Ambition : apprendre à danser.



www.go-betweens.net
www.tuition-music.com

auteur : Danger Mo - danger_mo@foutraque.com
chronique publiée le 10/05/2006

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