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Do It Yourself ! Autodétermination et culture punk

Fabien Hein
Le Passager Clandestin - Juin 2012
« Voici un accord, en voici un autre, en voilà un troisième, maintenant monte ton propre groupe. »

« Do It Yourself » (DIY) traduit en français, veut dire « Fais-le toi-même ».
Fabien Hein, maitre de conférences et chercheur au Laboratoire lorrain de sciences sociales, tente à travers ce livre, d’expliquer au lecteur, qu’au lieu de rester un simple spectateur, un simple consommateur, c'est bien d’être aussi un actif et de créer. Pour illustrer son propos, il prend pour exemple la culture punk. Le punk rock a donné aux trois lettres DIY, tous leur sens. Car il ne faut pas croire que le punk rock, ce n’est que du « Sex, Drug and Rock’n’Roll ». Page 45 Joe Strummer (The Clash) dit: « Si vous pensez pouvoir faire mieux, lancez votre propre activité. » et Greg Ginn du label SST et guitariste de Black Flag de rajouter : « Si le système ne vous convient pas, il reste tout simplement à créer le votre ». Page 72, John Lydon (Sex Pistols, PIL) dit : « Je suis contre ceux qui se plaigne de Top Of The Pops, mais ne foutent rien. J’ai envie que les gens bougent, agissent, qu’ils nous voient et que ça les pousse à faire quelque chose, sinon, je perds mon temps. ». Voilà pour quelques exemples de punks actifs, très nombreux tout au long de cette étude.
Prendre l’univers du punk rock, pour illustrer l’envie de créer, de participer, être actif, est une bonne idée. Avec le punk, tout devient possible. Devenir musicien sans savoir jouer d’un instrument, réaliser, produire, diffuser son disque en créant son label sans être bourré de tune, écrire dans un fanzine sans être journaliste, faire des dessins à travers des flyers et affiches, faire de la politique sans passer par Science Po, oui le punk a permis de faire ouvrir des ailes, à des personnes qui n’auraient jamais pensé pouvoir voler de leur propres ailes. Grace au punk tout est devenu possible. Le premier groupe punk à montrer la voie dans l’autoproduction est The Buzzocks, avec un premier disque qui s’est vendu à 16000 exemplaires sur 6 mois.

Bien entendu difficile en 158 pages d’être exhaustif sur la « débrouille punk ». Malgré tout, les principales figures du DIY sont présentes dans les pages : Ian MacKaye (Boss du label Dischord, Minor Threat, Fugazi), Steve Albini (Big Black, Rapeman, Shellac et producteur de génie), Jello Biafra (Alternative Tentacles, Dead Kennedys, Lard), Penny Rimbaud (Crass et Crass Records), mais aussi la scène Riot Grrrls, les mouvements queers et divers francs tireurs de toutes espèces.
La vision de Fabien Hein est souvent juste. Par exemple quand il parle de l’image que véhicule le punk. En effet derrière, les jeans troués, les crêtes et les litrons de bière absorbés (et parfois vomi), les musiciens sont des bosseurs, et non pas tous des glandeurs. Derrière leur coté cool, ils savent aussi comment gérer leur affaire pour réussir. En effet les Ramones, avant de sortir leur premier album, avait derrière eux deux ans de concerts. Le groupe Bad Religion a palpé pas mal de thunes avec leur label Epitaph Records grâce à leur travail acharné. Bouger et faire bouger, c’est une bonne chose, mais à condition de bosser. Mais le courage est bien là quand on bosse pour soi et qu’on récolte les pépètes qu’on a semé. Alors qu’à l’usine, on ne sait même pas où va partir les longues heures que l’on a transpiré pour mettre une pièce au fond du puzzle. Par contre, petit regret, la scène alternative en France est peu évoquée, pourtant le label Bondage et le groupe Bérurier Noir sont des références de la débrouille « made in chez nous ».

Enfin pas sûr que ce livre va intéresser les punks à chiens. Ils sont plus occupés à faire la manche pour récupérer les pièces de quoi se fournir en bière, et de rentrer gratos dans les squats pour voir des concerts à 3 euros (ou à prix libre). Par contre, si vous voulez vous faire une opinion sur l’économie du réseau punk « indépendant », avec comme exemple la réussite (tout en gardant son intégrité) du label Dischord d’Ian McKaye, vous allez pouvoir prendre pas mal de notes. Et pourquoi ne pas monter à votre tour votre structure pour créer et diffuser votre propre musique « libre »? DIY !

Prolongez l’aventure punk avec Fabien Hein à travers son livre « Ma petite entreprise punk. Sociologie du système D » (Kicking Books)


fabienhein.com/
www.lepassagerclandestin.fr/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
chronique publiée le 26/06/2012

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