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Berlin avant la techno

Frédéric Cisnal
Le Mot et le Reste - 20 août 2015
Sous titré « du post-punk à la chute du mur », Berlin avant la techno raconte le milieu alternatif et underground de la musique rock allemande entre 1977 et 1989 à Berlin-Ouest. Parmi les activistes de ses cultures émergentes, [groupes musicaux, acteurs, performeurs, graffeurs (Thierry Noir), créateurs de labels (Zick Zack, Rip Off, Monogram), salles de concerts (So 36), de boutiques de disques (Zensor) et de vêtements (Esengrau -lieu de rencontre de la scène berlinoise devenu un magasin de fringues et de K7 auto produite-) …], on trouve les membres d’Einstürzende Neubauten, Di Haut, Sprung Aus Den Wolken, Liaisons Dangereuses, O.U.T., Xmal Deutschland, Malaria !, Mania D, Matador, avec en toile de fond, les passages en ville d’Iggy Pop, David Bowie (sa trilogie Berlinoise et son apparition dans le film Moi, Christiane F. 13 ans, droguée, prostituée…), Lydia Lunch et les premiers pas de Nick Cave (avec The Birthday Party), Depeche mode, Fad Gadget et aussi Wim Wenders et son magnifique film Les ailes du désir (sorti en 1987).

Les chapitres ne sont construits exclusivement qu’avec les témoignages. Pas de rédactions de l’auteur (sauf un avant-propos), n’y d’historique, juste les témoignages. Si le style peut être casse gueule (voir le livre très dur à digérer, Pas de beauté sans danger consacré à Einstürzende Neubauten -édité chez Camion Blanc-), ici c’est une réussite. L’auteur et journaliste Frédéric Cisnal, connait bien Berlin pour y avoir vécu 16 ans (de 1974 à 1990). Le choix des activistes est pertinent, les interviews sont complètes et précises (il lui a fallu 4 ans pour les faires) et la mise en forme de cette somme de réponses est dans la lecture très fluide. Ainsi le lecteur entre facilement du coté back stage, du coté créatif des acteurs et surtout il pénètre dans le point de départ, dans l’émergence de ces talents. Blixa Bargeld (Neubauten) "travaille" dans la boutique d'Eisengrau, Alexander Hacke (Neubauten) n’a que 14 ans et est déjà bien actif, Christoph Dreher (Die Haut) loge les Birthday Party dans son loft, Malaria enregistre dans le studio de Christopher Franke de Tangerine Dream, Elisabeth Recker crée le label Monogram Records pour sortir les disques de ces potes. A travers les interviews, on apprend une multitude de choses sur la vie à Berlin (des sorties en clubs à la vie quotidienne), sur le début des groupes, sur la façon de vivre et de se débrouiller pour s’en sortir. C’est quelque part une leçon de liberté de créer en zone urbaine. On sent à la lecture des propos, le bouillonnement créatif dans l’ambiance grise de Berlin Ouest, avec son mur « cicatrice » (il faut plus d’une heure pour passer la « douane »), les bâtiments qui gardent encore des traces de la seconde guerre mondiale, les lofts non chauffés aux prix dérisoires. Le tout avec un brassage de jeunes marginaux d’Europe qui viennent vivre à Berlin pour ne pas faire le service militaire. Berlin est à l’Europe ce que New-York est aux Etats-Unis, à savoir une ville en friche en pleine reconstruction. A Berlin il y a la scène industrielle, à NYC il y a la scène no-wave, soit 2 façons de repartir à zéro avec le rock. Bizarrement Berlin sera moins proche de la scène punk de Londres.

Au risque de se répéter, la force de ce livre est de nous plonger dans le Berlin des années 80’s sans tomber dans la nostalgie du « c’était mieux avant » et sans lire un énième texte sans saveur (car trop généraliste) sur la scène post punk/new wave. Enfin, en belle conclusion, le dernier chapitre relate ce que faisaient les artistes le 9 novembre 1989, jour de la chute du mur. Bref bravo à l’auteur Frédéric Cisnal pour ce livre qu’on ne refilera pas à Christiane F (également ex petite amie d’Alexander Hacke) pour qu’elle ne le vende pas pour s’acheter sa dose de came, mais qu’on vous recommande d'acheter pour le lire, si vous ne l'avez pas encore fait vu qu'il est sorti en août 2015.

Comme le chante Guerre Froide sur son titre Demain Berlin, « Nous nous rencontrerons dans les ruines de Berlin (…) La mort semble parfois un bien », les ruines c’étaient en 1981, en 2016 place au Kreuzberg Boboland avec quelques punks à chiens égarés entre les boutiques bio. Serions nous nostalgique des ruines?


lemotetlereste.com/musiques/berlinavantlatechno/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
chronique publiée le 05/04/2016

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