26/05/2017  |  4819 chroniques, 160 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 26/05/2017 à 15:10:50
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Opéra d'Casbah

Fellag / Jérôme Savary
L'Opéra Comique - Paris
Spectacle présenté du 25 au 29 juin 2003

avec : Fellag, Biyouna ...
Cette comédie musicale inspirée de l'Opéra de Quat'sous de Bertold Brecht, qui devait à l'origine être mise en scène par Jérôme Savary, s'est vue profondément remaniée suite à un différend avec les héritiers de l'écrivain allemand. Fellag et sa troupe ont donc transformé dans l'urgence le projet originel et proposé une libre adaptation en réécrivant totalement le spectacle : on a droit désormais à une soirée de cabaret oriental avec chanteuses, danseuses, comédiens et orchestre Chaabi.

Ce spectacle venu direct d'Afrique du nord, qui ne peut être compris que par les initiés à la culture maghrébine, veut faire sourire et évoquer de nombreux souvenirs : les ballades dans les anciennes médinas à travers les projections de villes et de mosaïques sur la scène, par le biais des tenues traditionnelles, des visages des femmes aux yeux décorés de khôl ou tout simplement à travers la musique arabo-andalouse. L'Orchestre oriental transporte aux pays des mille et une nuits, fait rêver, apporte magie et voyage au spectacle.

Le son arabo-andalou, avec le mélange de la luth, d'une derbouka qui se fait légère et de petites touches de piano est un vrai succès, qui entraîne la maigre assemblée à frapper à qui mieux-mieux dans ses mains.

L'honorable Madame Biyouna, comédienne et grande chanteuse algérienne, pleine de charisme sur scène, nous fait découvrir sa voix à travers des chants de son pays, emplis de tristesse, de joies et d'émotions, évoquant l'Algérie d'hier et d'aujourd'hui. A travers des mini sketchs et autres monologues où elle laisse transparaître son sens aigu de la comédie, elle subjugue son auditoire, qu'elle envoûte également par le biais de tenues féériques : les applaudissements et les youyous pleuvent.

Fellag et Abdou Elaidi déçoivent quant à eux énormément : leurs textes manquent de technicité, et donnent un aspect bâclé à la pièce. Leur sens de l'improvisation est médiocre, leur langue fourche et l'on ne rit au final que très rarement. (plus de vingt minutes par exemple sur l'histoire -laborieuse- du couscous) On a un mal certain à comprendre où ils veulent en venir.

Les métaphores, la tchatche, bases mêmes de la culture arabe, ne sont pas assez significatives et pertinentes, l'incohérence se fait sentir.

Pour clore le spectacle et tenter de sauver ce qui peut l'être, quelques minutes de danse orientale viennent à propos donner un peu de fantaisie à un ensemble globalement indigeste : les charmantes jeunes femmes brunes au teint hâlé, aux chevelures envoûtantes et formes rebondies se laissent chacune guider par la musique… Un délice…

S'agissant de la première à l'opéra comique, faut-il s'arrêter à cette impression de manque de technique, d'aisance sur scène, d'hésitation, d'humour très froid, de monologues bien tristes et peu construits ?

Ou essayer de revoir ce spectacle dans quelques semaines, lorsque l'émotion de jouer dans une si belle salle se sera atténuée ?

On se consolera avec Biyouna, comédienne extraordinaire et avec ses danseuses ébouriffantes : seulement, à l'heure actuelle, c'est bien trop peu pour justifier la programmation dans une telle salle et son prix d'entrée excessif…


www.opera-comique.com

auteur : J. M. -
chronique publiée le 30/04/2003

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