15/09/2019  |  5229 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 01/09/2019 à 18:56:09
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L'âge d'or du MP3 : jusqu'à quand ?

Comme dans tout débat, il y a les gentils et les méchants. D’un côté, les grandes majors ne voient qu’une seule raison à la crise actuelle du marché du disque : le piratage. De l’autre, les bien-pensants, plus gentils par définition, rejettent une partie du désastre sur les maisons de disques. Résultat : on ne sait plus trop quoi penser et on se défausserait presque en affirmant que c’est pas tant le MP3 que la Star Ac’ qui tue le CD.

Or, bien évidemment, la chute des ventes s’explique par cette formidable révolution qu’est Internet. Ceux qui affirment que le Hit Machine, Gérard Louvin et les Link Up sont les responsables de ce déclin ont complètement raté le coche. Certes, ils n’ont pas fondamentalement tort, ce n’est pas le formatage qui va arranger les choses mais, enfin, combien tout cela pèse-t-il face à l’empire tentaculaire du MP3 ?

Action humanitaire
Internet a tout redéfini. Dorénavant, pour des hordes entières de jeunes gens, la musique n’est plus un produit mais bien une source intarissable, gratuite et démocratique. C’est la liberté originelle qui est rétablie. L’art devient ouvert à tous et l’échange est placé au centre du système, comme si l’humanité y avait gagné un supplément d’âme. On peut trouver, d’une certaine manière, l’équivalent de cette révolution dans une autre : celle de la suppression du service militaire. Car à présent, se rendre sous les drapeaux est un acte citoyen, et non plus obligatoire. De la même manière, se rendre aujourd’hui chez son disquaire relève de l’acte militant. En attendant que le fisc offre 60 % d’abattement d’impôts à tout acquéreur de disque au bénéfice de « soutien à une action humanitaire ».

Notre génération vit donc une époque formidable que l’on idolâtrera peut être dans quelques décennies. Une époque où la culture était devenue gratuite sans aucune contrepartie pour l’usager : pas d’emmerdes, pas de prison, pas d’amende… Une époque où le délinquant-type était un mec cool, cultivé et encouragé par sa maman. Mais comme pour tout âge d’or, plus dure sera la chute. L’offensive est d’ailleurs déjà lancée du côté des maisons de disques. Selon le principe du « on en gaule un pour l’exemple », des internautes américains se sont ainsi retrouvés avec une drôle de facture sous les yeux. Et ces quelques malheureux de découvrir un sacré truc qu’on avait un peu jeté aux orties : les droits d’auteur.

Prêche dans le désert
Alors, on se dit que la peur du gendarme finira bien par prendre le dessus. Et qu’à l’image du radar automatique pour les accidents de la route, les majors finiront par trouver la parade pour mettre au pas les délinquants du net. Enfin, au lieu de sacrifier quelques brebis galeuses sur l’autel de la répression, on préférerait que Pascal Nègre et ses potes squattent moins les écrans et réfléchissent à de vraies solutions pour légaliser le MP3.

Les premiers services de téléchargement légal proposent le titre à 0,99 euros. Mais à part pour la plate-forme iTunes Music Store développée par Apple et qui profite de la synergie technologique avec l’iPod, le succès n’est pas franchement au rendez-vous. Il faut dire que pour un utilisateur de Soulseek, 0,99 euros, ça fait toujours 0,99 euros de trop. A l’époque du tout-gratuit, les maisons de disques prêchent encore dans le désert et même si la solution-miracle n’existe pas, on est dans l’obligation de la trouver. Sans quoi, la source soit-disant intarissable risque bien de s’assécher.

auteur : Vincent Glad - vincent[at]foutraque.com
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