17/09/2019  |  5230 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 17/09/2019 à 13:41:23
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La mort des MP3 blogs ?

La nouvelle tombe comme une ordonnance du gouvernement Villepin : en été, dans la torpeur, et non, sans stupeur. Selon cet indispensable éditorial de 01net, la SACEM étudierait le cas des MP3 blogs (ou audioblogs). Ce qui signifierait rien de moins que leur mort à moyen terme.

Rappelons le principe de ce nouveau mode de diffusion de musique : il s’agit de proposer des MP3 en téléchargement gratuit, assortis d’un texte pour parler de la musique. Un exemple ici, ou sur mon propre blog, Interprétations Diverses. Mais un constat s’impose : pour le moment, c'est le flou juridique qui prévaut. Car le MP3 bloggeur est dans l'illégalité la plus complète. Diffuser du contenu copyrighté est une infraction manifeste aux sacro-saints droits d'auteurs. Cependant, les maisons de disques semblent jusqu'à maintenant fermer les yeux sur la pratique, jugeant qu'on ne tape pas à l'aveugle sur des passionnés qui affichent une certaine éthique de la piraterie.

Mais il fallait bien que ça arrive. Que quelqu'un s'y intéresse. Que la loi reprenne ses droits. Que l'utopie fondatrice laisse place à la régulation du marché. L'offensive de la SACEM semble aller dans ce sens. L'organisme qui gère les droits d'auteur ne veut pas aller vers la répression mais plus vers la normalisation. Actuellement, c'est le troc qui règne en maître sur les audioblogs : "Je te pique un morceau et en échange, je te fais ta promo avec en mettant un lien vers un site marchand qui vend ton disque". Ou en d'autres termes, la loi d'Ardisson des services rendus en milieu médiatique. La SACEM préfère une licence légale, comme si Ardisson devait payer 10.000 euros pour la venue de chaque invité.

Evidemment, la comparaison avec Ardisson relève de l'utopie pûre et simple. Si les blogs formés sur le modèle de la Blogothèque, référence des blogs MP3, revendiquent une certaine éthique en ne proposant que des échantillons d'albums et en pointant vers des liens marchands, ils sont l'arbre qui cache la forêt. Et la forêt, sur Internet, elle est vaste. Il existe une foison d'autres blogs qui se mettent eux aussi à diffuser de la musique, juste comme ça, par plaisir de partager avec les autres, en se contrebalançant des auteurs. Et au fond, ils ont raison, s'il y a un vide juridique, autant y plonger avec volupté.

Si la SACEM ne s'emploie pas à juguler le phénomène, elle prend légitimement des risques pour les auteurs dont elle gère les droits. La démarche est donc logique mais est-elle vraiment applicable ? Peut-on brider cet incroyable élan de partage musical ? On voit bien que pour le peer-to-peer, rien ne marche, pas même les injonctions aux internautes.

Du côté de mon blog, on attend l'e-mail de la SACEM comme d'autres attendraient leur lettre de transfert en salle de pendaison. Car que vaudrait notre cher blog avec un habillage légal ? Rien. Nous ne payerons évidemment pas. A moins de changer le statut de l'entreprise et de la transformer en une machine à pub.
Les tarifs, d'ailleurs, bonne question. Dans sa configuration actuelle, combien devrais-je payer pour mon blog afin de survivre dans un cadre légal ? A raison d'une trentaine de MP3 par mois, l'addition serait carrément salée. Aux conditions actuelles, (mal) définies par la SESAM qui gère les droits numériques, on devrait payer au moins 230 euros HT chaque mois.

Ce chiffre vient des conditions définies par la SESAM pour les particuliers dits "pro" qui génèrent de l'argent. Car les particuliers "amateurs" n'ont droit, eux, qu'à 10 titres par mois pour 2 euros HT, sans possibilité de proposer du téléchargement. Bref, on le voit, actuellement, les MP3 blogs ne rentrent dans aucune définition légale. Proposant beaucoup de MP3, et ce, en téléchargement, les audioblogs sont une nouvelle catégorie hybride entre webradio et plate-forme de téléchargement.

Reste que la nouvelle ne m'attriste pas plus que ça. Pour plusieurs raisons. Premièrement, ce n'est pas le scénario catastrophe qui se réalise. On aurait pu penser que les maisons de disque auraient tiré les premières, avec à la clé le risque (minime) de procès. Mais c'est la SACEM qui a dégainé la première. Et le bâton sera, de toute évidence, plus doux que ce qu'on aurait pu craindre. La SACEM, ce sont les auteurs, pas les financiers. Du coup, aucune sanction n'est prévue. Juste un processus de normalisation via, je suppose, l'envoi de notification aux bloggeurs.

Autre raison pour ne pas s'inquiéter : comme toujours, ce genre de choses traîne. On nous annonce une phase d'information vers les bloggeurs avant la fin de l'année. On peut donc supposer que cela commencera vers mars ou avril 2006. On compte alors un an de flottement et on peut penser que pour la fin d'année 2006, le Père Noël sera encore chargé de MP3. A l’agenda de mon blog, pour 2006-2007, on prépare déjà un post spécial sur les hits de Tino Rossi. Avant de s'engager dans une série sur le suicide.

auteur : Vincent Glad - vincent[at]foutraque.com
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