20/09/2019  |  5232 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 19/09/2019 à 14:39:42
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R.I.P. 2006

Le rock est re-mort. Pensées émues et confuses vont vers ses proches. Il faudra penser aux glaïeuls et aux pâquerettes, hauteur où il erra souvent lors de ses dernières heures. Le rock est mort ou il fait encore semblant. Faut toujours qu’il fasse son intéressant pour qu’on n’oublie pas de le promener le dimanche.

Le rock est re-mort mais pas complètement, ça vaut surtout pour celui qui s’était repointé en début de millénaire. A force de trop tirer sur la corde des guitares saturées, Lazare s’est fait hara-kiri. Le vide-grenier plie bagages. Je dis ça mais je n’ai pas vraiment d’arguments, de chiffres ou de données irréfutables pour l’affirmer. Cette impression de fin de cycle, elle se ressent dans les discussions, sur les blogs et chez tous ceux qui passent un temps inconsidéré à écouter cette musique. Présentée d’après les différents bilans comme une année de transition (espérons qu’elle ne s’éternise pas sur une décennie comme au PSG), 2006 marque surtout la faillite du rock anglais, vomissant du guitareux discount à la louche.
Un symbole ? Kasabian, du rock moche et méchant, si bas du front qu’il ne voit pas le mur d’en face arriver. Parité oblige, les Killers sont américains.

Le rock est re-mort, mieux vaut aller danser sur sa tombe. Croire pour quelque temps aux Klaxons, gigoter sur CSS, citer Hot Chip. On appelle ça de l’électro rock, on filtre avec la dance, on s’encanaille mais dans des structures connues. Les Klaxons portent franges et guitares. Les repères sont brouillés. Le vintage a fait son temps, le synthétique vient le fossiliser. L’hédonisme fluo plutôt que la fureur en cuir étriqué. La précédente génération électro s’était faite contre le rock, le nouvelle a grandi avec. Sans que l’on sache si elle en fait partie.

De son côté, la pop a une gueule plus présentable. Partie sur des bases vertigineuse avec l’inusable The Life Pursuit de Belle and Sebastian, elle se les jouait ensuite plus badine. Pas d’autres ambitions que se servir fraîche et mutine. La pop aura été très suédoise avec les tubes de poche signés Peter Bjorn and John et I'm From Barcelona. En 2006, on a encore essayé de nous faire croire que le R&B était le laboratoire à sons de la musique populaire. Rires. En 2006, il y a eu MySpace mais ça serait trop long à expliquer.

Pas de chef d’œuvre décrété n’aurait marqué l’année. La belle affaire. Les albums de Midlake, TV On The Radio, Beirut jouent placés dans les référendums, pas sans raison, d’autres n’auraient pas démérité. Si on oublie les mastodontes encombrants, tout un tas de petits mammifères amicaux n’attendaient qu’un peu d’attention de notre part. Il y a eu autant d’albums importants qu’il y a eu d’oreilles pour prendre le temps de les découvrir, des les apprivoiser, de les aimer. Personnellement, je garde une tendresse particulière pour ceux de The Isles, Spinto Band, El Perro Del Mar, Grizzly Bear, Alamo Race Track, M. Ward mais la liste n’est pas exhaustive. D’autres ont dû m’échapper, j’essaye de les rattraper. Si on l’a bien voulu, 2006 aura été une généreuse parenthèse.

auteur : Alexandre Pedro - pedro.alexandre@wanadoo.fr
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