23/11/2017  |  4913 chroniques, 162 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/11/2017 à 15:26:04
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My Bloody Valentine au Zénith, le 9 juillet : coïtus interruptus sonique !

"Un pétard voire un bâton de dynamite mouillé " pour les uns, un "rush stellaire" pour d'autres : la venue à Paris du groupe culte de la Noisy pop ou du Shoegazing (je déteste ce terme depuis toujours) a été à la hauteur de nos attentes ou de nos appréhensions (16 ans d'attente quand même) même si la fin du show a été un peu comme une sorte de coïtus interruptus sonique ! (NdA - chaque titre de paragraphe est illustré par une vidéo de MBV)

My Bloody Valentine - Feed Me With Your Kiss (Zenith 2008)
Mais avant de parler du concert, il faut se demander quel est l'intérêt de cette reformation de MBV, 16 ans après la dernière tournée du groupe et la sortie de Loveless, l'album mythique de la Noisy pop ? De temps en temps on avait des nouvelles du groupe. On a vu le batteur Colm Ó Cíosóig joué pépère sur l'album de la Mazzy Star, Hope Sandoval, Bavarian Fruit Bread et la tournée qui est passé par le Café de la Danse en 2002. On savait que la bassiste Debbie Googe, après avoir conduit des taxis a monté le groupe sympathique Snowpony avec sa copine Katharine Gifford de Stereolab (en 1996). Quant à Belinda Butcher, la guitariste indie la plus sexy, peu de news d'elle depuis 92 si ce n'est des choeurs sur un album de Dinosaur JR en 97 (Hand It Over). C'est bien sûr surtout de Kevin Shields, le Brian Wilson de l'indie, dont on avait le plus de nouvelles, notamment par son travail de remixeur, on se souvient surtout de son éblouissant remix du premier single d'Archive, Londinium en 96. On l'avait aperçu au coté de Primal Scream sur scène et sur plusieurs disques (XTRMNTR en 2000) et bien sur sur la BO du film Lost in Translation en 2003.
Mais soyons sérieux, une reformation de MBV semblait encore plus improbable qu'un nouveau disque ! D'ailleurs les rééditions des deux albums phares de MBV prévues en juin sont déjà repoussées en septembre et si on les voit avant 2010 on aura de la chance ! On s'en fout il y a Soulseek ou Waffles pour ça... Aussi à l'automne dernier, l'annonce de cette série de concerts à l'été 2008 a été accueilli avec étonnement et appréhension. Alors ? Pour les avoir vu 4 fois à l'époque entre 1989 (New Morning) et 1992 (Londres / Olympia / Bourges) je crois pouvoir vous affirmer que :
1 - ils n'ont pas changé physiquement (au contraire des Pixies)
2 - ils jouent la même set-list
Bref, c'est la même chose mais en mieux !

My Bloody Valentine - Only Shallow (13 juin 2008, London)
Le premier morceau joué live de la reformation ! Même si les thunes doivent y être pour quelque chose, on est peu de choses, il semble que ce qui les ait décidé, soit le fait de reprendre les choses là où ils les ont laissé, en ayant les moyens cette fois-ci de jouer leur musique tel qu'ils l'ont conçu. C'est-à-dire FORT. Avouons-le, les concerts de MBV aussi exceptionnels qu'ils pouvaient l'être à l'époque souffraient selon les soirs de défaillances techniques, n'évitant pas justement la bouillie sonore parfois. Alors que là, du moins sur les concerts Londoniens, ils semblent avoir pu bénéficier d'un meilleur matos sur scène et en façade. Du coup -à fort volume- le son reste clair, et on entend des subtilités dans les nappes de guitares qu'on n'aurait pas entendu avant (Ou alors je deviens plus taré avec l'âge ! C'est possible aussi !). Tout d'abord l'annonce d'un concert de MBV au Zenith en a refroidi plus d'un vu la difficulté pour remplir cette salle qui n'était qu'à moitié pleine avec les gradins de coté, fermés (on parle de 2 500 personnes au lieu des 6 000 possibles au Zenith). Il était d'ailleurs facile de gagner des places sur le site des Inrocks ou de Libé quelques jours avant. C'est con, j'ai acheté ma place juste avant de le savoir, ayant été décidé après le choc du concert de Londres le 20 juin dernier au Roundhouse. Je me doutais que le son ne serait pas à la hauteur de celui du Roundhouse et en même temps comment faire mieux ? Ce concert Londonien ayant été parfait à tout point de vue et surtout celui du son. Je m'attendais là au Zenith à un son pourri tant l'acoustique de cette salle est exécrable pour les concerts de rock, ceux qui y ont vu Nirvana en 92 savent de quoi je parle. Vous savez ce genre de salle, où on entend que des graves baveuses avec le kick de la batterie bien devant avec la voix et les guitares qui sonnent bien gentilles. On se demande comment font les hardeux qui vont voir Motörhead là-bas ? MBV au Zenith "c'est une rigolade" m'a dit un pote et vu la tourneur des évènements, le fan rit un peu jaune.

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My Bloody Valentine - Soft As Snow (London 1989)
Le morceau qu'ils ne jouent plus. La soirée avait pourtant bien commencé. on avait bu la petite bière de circonstance sur la pelouse à coté, on était rentré bien gentiment après que l'une des copines qui nous accompagnait se fit délaisser du bouchon de sa bouteille d'eau (en cas où quelqu'un l'aurait jeté sur Kevin Shields ? ça serait drôle pourtant "un rockeur attaqué par une bouteille d'Evian !" imaginez le papier de Magic !). On s'était assis ensuite, de peur que la fosse soit fatale à notre grand âge, pendant que Le Volume Courbe commença son set. Deux mots sur leur performance. On se souvient émus de leur premier 45t Harmony/Papillon De Nuit sorti en 2001 que l'on avait acheté, vu que la production était de Kevin Shields, ou bien il était en featuring je ne sais plus ! Et puis on avait suivi de loin leur carrière vu la piètre qualité du premier album I killed my best friend de la franco-anglaise Charlotte Marionneau. Sur scène, on assiste effaré à une parodie d'indie-pop période C-86 avec une chanteuse gauche, chantant faux tout au long du concert. Le paroxysme du pathétique étant atteint par une reprise folkisant du Petit chevalier de Nico. Pour la petite histoire, le bassiste du groupe est parfois Douglas Hart, l'ancien bassiste des Jesus & Mary Chain, qui a du avoir du mal à assumer ces morceaux, comme il est absent du concert. Ou sans doute est-il plus occupé à s'occuper des visuels du concert de MBV. C'est d'ailleurs lui qui avait signé toutes les vidéos du groupe de You made me realise à Soon. Quelqu'un qui s'y connaît donc. Je digresse, je digresse mais avouez que c'est intéressant de le savoir, non ? Il a aussi fait des vidéos pour les Babyshambles (je dis ça pour nos fans féminines indie adolescentes histoire qu'elles ne quittent pas cette chronique trop tôt...). Voilà la première partie est finie, les choses sérieuses vont commencer après un petit détour vers les fameuses toilettes où à la sortie une charmante hôtesse essaie de m'amadouer pour gagner un téléphone portable dernière génération. "Heu, il enregistre les vidéos en HD-DVD ton portable ? non ! bon tant pis alors". Et je pars me rasseoir pendant que sur scène un roadie teste la batterie et qu'on entend une boucle partir au grand désespoir de mon voisin. Ben oui c'était celle du premier morceau I Only Said et il se rend compte que tout le morceau est déjà présent dans cette boucle ! Alors c'est quoi ce plan ? ils font du play-back My Bloody ? c'était mieux avant dit un mec sur un blog ! Pas de bol, ils ont toujours fait ça sur la tournée Loveless. Certes les morceaux de Loveless sont souvent joués avec une boucle que semble déclencher Kevin Shields au pied, mais c'est faire fi du reste que de croire qu'ils se font pas chier sur scène. My Bloody Valentine sur scène est plus proche du trip, de l'expérience sonique, de la transe que d'un concert de base où vous reconnaissez les morceaux où vous êtes en terrain connu bien balisé. My Bloody Valentine sur scène c'est surtout ce son qui vous enveloppe, qui vous prend aux tripes littéralement du moins quand ils peuvent jouer au volume qu'il désire. Ce qui clairement n'était pas le cas ce soir là mais nous en reparlerons.

My Bloody Valentine - I Only Said (Zenith 2008)
Le concert se poursuit avec le titre phare de Loveless, When You Sleep et sa mélancolie vaporeuse rythmée par ses envolées de guitares sur laquelle se pose cette boucle entêtante. Joué à un volume normal, c'est le côté pop que vous remarquez le plus mais si vous l'entendez à 127db (comme à Londres) je peux vous dire que les poppeux se bouchent les oreilles et les autres ont un sourire aux lèvres qui fait plaisir à voir tandis que les oreilles saignent... Mais les choses sérieuses arrivent. Le premier morceau qu'ils joueront ce soir du second album Isn't Anything sera When you wake you're still in a dream. Faut dire qu'il sert merveilleusement de transition avec When You Sleep avec ce riff de guitare à l'ancienne joué à fond et ces voix évanescentes au couplet. Quand j'écris voix, je devrais parler de la version sur disque parce que j'ai oublié de vous dire que MBV sur scène est pas là pour vous flatter. Ceux qui espèrent entendre ces belles mélodies de voix vont en être pour leur frais car MBV sur scène, et ça a toujours été le cas depuis la tournée Loveless, MBV sur scène c'est juste de l'assaut total, de l'agression pure, pas de place pour les poppeux c'est sûr. Donc les voix on les devine, on chope une bribe par ci par là de Kevin Shields et on se chante dans la tête ce que l'on entend pas tant les guitares sont fortes. C'est certain s'ils jouaient moins fort, tout le monde serait content, on entendrait les voix, certains pourraient chanter en même temps, ils pourraient jouer au festival des Inrocks, ça serait super ! Pas de bol ils ont choisi l'option terrorisme, c'est con ! Mais attention l'option terrorisme poétique donc ça joue fort, c'est radical mais c'est ce qui fait le petit plus avec des groupes de Harsh Noise, MBV est un groupe qui se sert du bruit comme toile de fond à leur romantisme. MBV est Le groupe romantique par excellence ! leur extrémisme est poétique. D'ailleurs les images de nuages accompagnent le morceau Only Shallow, c'est pas du mash-up de Snuff Movies. Trop facile ! Et mon voisin me signale qu'entre Belinda Butcher et Debbie Googe il aperçoit une paroi de verre, sûrement pour qu'ils s'entendent mieux (idem pour Kevin Shields et Colm Ó Cíosóig. Histoire d'insister et de bien mettre les choses au point à ce moment là ils enchaînent avec You Never Should et là le lecteur de Magic! ne rigole plus du tout ! On a beau être au Zenith, ça joue tout de même très fort... pour lui. Et l'absence de voix commence à sérieusement lui manquer. "tous les morceaux se ressemblent" dit l'un, "c'est une bouillie sonore" dit l'autre. Bref, c'est exceptionnel ! A ce moment là, ils décident de jouer l'une de leurs rares b-sides Cigarette In Your Bed, celle qui se trouvait sur cette compil de Creation, Doing It For The Kids, que j'avais acheté pour 30 francs à l'époque. Le seul morceau où Kevin Shields prend une guitare acoustique !! tandis que Belinda Butcher nous envoûte avec ses "doo doo doo do", elle est habillée à ravir noterons les connaisseurs...

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My Bloody Valentine - Cigarette In Your Bed (Zenith 2008)
Retour au "calme" avec l'un des morceaux les plus lents du concert. Come In Alone donne l'occasion à Kevin Shields de sortir des sons de guitares sur le refrain que les historiens disséqueront encore dans 50 ans tandis qu'un clavier mystérieux via la boucle l'accompagne discrètement. Puis l'air de rien survient le morceau d'intro de Loveless, le majestueux, l'éblouissant (si vous connaissez d'autres superlatifs faites-moi signe !) je parle de Only Shallow. Bon certes au Zenith, le son n'étant pas très fort, ça sonne un peu mou mais je peux vous jurer qu'à Londres et à 131db c'est autre chose qu'à 110 db ! Sans doute un peu trop de boucles sur ce morceau, mais si vous jouez le jeu, c'est tellement prenant qu'on les oublie bien vite (les boucles !) et puis de toute façon, c'est tellement différent des disques. Heureusement d'ailleurs.

My Bloody Valentine - Come In Alone (Zenith 2008)
A ce niveau là du concert on arrive à la moitié à peu près et c'est le moment qu'ils choisissent pour exhumer une autre b-side Thorn, que l'on retrouve toujours sur le EP de You Made Me Realise (YMMR). Et je me rend compte à quel point les morceaux de 1988/1989 vieillissent encore mieux que ceux de Loveless, du moins en live. Et du moins pour ceux qui connaissent ces morceaux depuis près de 20 ans. C'est sans doute différent si vous les avez découvert depuis 10 ans. Toujours est-il que Thorn est un bijou avec ses guitares joué au vibrato qui font l'une des caractéristiques du son de MBV et lorsque que Shields chante en poussant sa voix "Look out, Look... out" en détachant bien le dernier "out" c'est prenant. C'est précieux. On voudrait que ce moment ne s'arrête pas. Ça tombe bien juste derrière arrive l'un des sommets de Isn't Anything, le bien nommé Nothing Much To Lose, rien à perdre oui. Alors fonçons tête baissée. Dès l'intro de batterie et ses roulements frénétiques, on se demande à chaque fois comment Colm Ó Cíosóig va retomber sur ses pas et comment les autres trouvent leurs repères pour partir ensemble sur le couplet. C'est sûrement l'un de ses morceaux de bravoure. Les voix sont inexistantes, on s'en fout elles sont dans nos têtes. elles chantent "Take me/I will remember you/ Long dark hair/Nothing much to lose" et au final, les guitares deviennent de plus en plus imposantes. Je me souviens qu'au concert de Bourges en 92, je me demandais si l'ingé-son ne montait pas le volume général sur la table de mixage. Le reflux arrive à nouveau avec To Here Knows When, sans doute l'un des singles du groupe les plus mystérieux et les plus vaporeux. MBV est à ce moment là à son plus sensuel et son plus romantique avec un groove lancinant et des volutes de guitares aux harmonies stridentes. C'est la grande trouvaille, la pierre philosophale du groupe en quelque sorte. Transformer le bruit, la matière abstraite du bruit et en faire un hymne romantique des plus désespéré. To here Knows When en concert c'est tout ça. On voudrait le garder pour soi tant la beauté qui s'en dégage semble comme du cristal, la beauté au bord du précipice, sur le fil du rasoir. Pile, je tombe et face, je gagne. J'ai pas regardé et j'ai bien fait car j'aurais loupé le long Blown A Wish qui a suivi et son final hypnotique chantonné par Belinda Butcher qui repose sa main droite sur sa guitare et murmure "Once in love/I'll be the death of you".

My Bloody Valentine - To Here Knows When (Zenith 2008)
Puis MBV continue de calmer les ardeurs avec Slow (l'autre morceau du EP You Made Me Realise (YMMR)). Slow, l'heure de gloire de Debbie Googe qui drive tout le morceau. C'est elle et sa basse saturée qui fait le show, ce n'est que justice tant elle est impressionnante sur scène. Ses mouvements de balanciers, près de la batterie, et l'on se rend compte que MBV possède l'une des plus solides rythmiques rock qui donne sa pleine mesure sur tous les morceaux d'Isn't Anything notamment. Mais revenons à Debbie Googe, deux secondes, pour insister sur son jeu minimaliste. Peu de notes, tout pour la transe. Sur ce morceau il y a juste deux notes mais quelles notes ! Joué par n'importe quel poppeux ça serait banal mais là c'est énorme ! Puis arrive la dernière partie du concert avec quatre morceaux, un sans faute si ce n'était les techniciens du Zenith, cette "police du son" comme les a appelé Kevin Shields mais j'y reviendrai. Donc tout d'abord place à l'hypnotique Soon, le parfait morceau pour entrer en transe. sans doute le morceau dansant parfait époque "Madchester". La version concert (même si les boucles sont inévitables) est un monument du groove rock qui ferait pâlir tout fan de LCD Soundsystem. Composé de deux parties principales, dont une instrumentale où des guitares avec un gimmick à la U2 (avec une belle ligne de basse de Debbie Googe) servent à mettre en valeur celles du couplet qui montent en puissance tels des vagues auditives tandis qu'il est difficile de ne pas danser en s'oubliant complètement. Le morceau semble ne pas finir. Comme souvent ils font durer la fin en restant bloquer sur le même thème. Et l'on sait alors (si vous connaissez les précédentes set-lists des concerts de MBV) que l'on s'achemine vers la fin. Donc ils vont enchaîner Feed me with your kiss et Sue is fine, deux des titres emblématiques d'Isn't Anything qui sont joués dans des versions apocalyptiques renforcés par ces à-coups de batterie sur les refrain de Feed Me, (ils rajoutent un coup à chaque fois mais attention ça se complique vers la fin !!). Et c'est tellement beau ! Ces versions sonnent comme les définitives. Ces morceaux ont été composés pour être joués à 130db (ceux qui étaient à Londres me comprendront). En effet, à cette puissance, le radicalisme sonore de MBV prend tout son sens. Faute de ça, au Zenith, on a eu un aperçu (mais ceci dit, à ce moment là ils étaient déjà montés un peu plus haut qu'au début du concert).

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My Bloody Valentine - Soon (Zenith 2008)
Puis Le morceau du concert démarre. On comprends alors pourquoi Kevin Shields a autant d'amplis sur scène. Des Marshalls surtout et des Vox et Hiwatts. Les fans ont attendu 16 ans pour (re)vivre ce moment intense où la musique devient physique. Vos tripes peuvent enfin ressentir ce que vos sens éprouvent. C'est le clou du spectacle. Vous avez toujours rêvé de vivre quelques minutes au coeur d'un réacteur d'un boeing au décollage ? You Made Me Realise/YMMR est pour vous. Ce qui est admirable dans ce morceau est son long break de bruit pur "white noise" appelé The Holocaust qui peut aller de 15 à 30 minutes où ils bloquent sur une note (sans doute pour rivaliser avec le Metal Machine Music de Lou Reed). Même les fans de Harsch Noise reconnaissent que c'est sans commune mesure avec les assauts de Sunn O))). Et on ne parle pas de Mogwaï qui ne peuvent pas lutter. La différence c'est qu'il ne s'agit pas simplement de jouer le plus fort. C'est très différent d'un concert indus. Il ne s'agit pas simplement d'agression pure car MBV ajoute de la beauté au bruit et ça fait toute la différence. Alors certes une beauté un peu particulière, c'est pas Sigur Ros ! Mais une beauté quand même. Donc YMMR est admirable sur scène car on ressent l'impression que personne ne pourra aller plus loin en rock ! On a cette impression d'être au bord de la Terre, si elle était plate ! Voilà, la fin de la musique c'est là. C'est ici. C'est tellement assourdissant qu'on ne peut rien faire d'autre que contempler cette espace abstrait désertique, la terre au passage de "little boy" à Hiroshima. Certains lèveront les bras en l'air par moment. Les premières minutes on se demande comment on va bien pouvoir tenir. Puis on se laisse aller aux vibrations. On ressent comme des vagues imperceptibles. Comme dirait Jean Roch "tu sens des parfums, tu pense à des endroits... tu lis la complainte dans la chanson et en même temps tu as la réponse derrière". Enfin je suis pas sûr qu'on parle de la même chose !

My Bloody Valentine - You Made Me Realise (10'27) (Zenith 2008)
Bref, le temps passe et on ne voudrait pas que ça finisse maintenant. C'est vraiment la fin du monde. La fin d'un monde. Ça ne m'étonnerait pas que quelqu'un, un jour, après un tel concert quitte la salle et disparaisse et que jamais on ne le revoit ! YMMR peut se traduire comme ça : "tu m'as fais comprendre". Oui, on peut parler de "Satori", cet éveil permanent des bouddhistes dont parlait Kerouac. Tout ça c'est bien beau mais à Paris, ça s'est pas passé comme ça. Ça s'était ailleurs, au Roundhouse à Londres en juin par exemple mais sûrement pas en France. Oui comme vous l'avez sans doute lu, au Zenith, à cause de cette loi stupide qui limite à 105 db le niveau du son dans une salle de concert, YMMR a été saboté et c'est un vrai scandale !

My Bloody Valentine - You Made Me Realise (4'54) (Zenith 2008)
La fin du concert (qui inclut une coupure de son) avec un beau final de larsen. On imagine que MBV avait par contrat prévenu qu'ils jouerait fort et qu'il fallait pas les emmerder avec ça. La production, Alias pour pas les nommer, a donc choisi de les faire jouer au Zenith, la pire salle au niveau acoustique de Paris, mais qui a l'intérêt de se trouver loin de toute habitation, donc pour le bruit on peut y aller ! Il y avait des affiches indiquant que ça jouerait fort et recommandait à ceux qui flippaient de mettre des bouchons, distribués gratuitement à l'entrée. Mais malgré tout ça, en plein milieu de ce break, les techniciens du Zenith (ou le limiteur automatique) ont coupé le son en façade, celui qui sortait des enceintes vers le public, et nous n'entendions que le son des amplis. Ça a duré plusieurs dizaines de secondes et le son revenait comme un reflux atomique qui vous remuait littéralement les tripes, un sorte de grand huit auditif, et à la rigueur c'était pas mal du tout. Ce n'était pas ce qui était prévu mais l'effet ressenti était assez fort. Ce petit jeu s'est produit trois fois et soudain tout s'arrête, mêmes les amplis sur scène s'éteignent (sympa d'ailleurs pour les lampes des amplis, ça m'étonnerait pas que certaines aient grillées au passage...) et le silence se fait. Certains pensent que c'est la fin du concert et que c'était prévu donc ils applaudissent. Et les autres hallucinent ! Ça fait 16 ans qu'on attend le retour en France de MBV et le Zenith, cette salle où on a fait l'effort de venir malgré le fait que nous savons bien que c'est une salle de m****e, nous fout en l'air YMMR qui est Le morceau du concert !

Kevin Shields apologises to Paris audience (Zenith 2008)
Kevin Shields nous avait pourtant prévenu durant le concert. Lui qui parle très peu sur scène, avait dit plus tôt à deux reprises que la "sound police" avait baissé leurs amplis et qu'ils étaient désolés qu'on ne puisse entendre leur musique tel qu'ils l'avaient voulu. Mais là YMMR est interrompu en plein milieu ! Il quitte tout de suite la scène pour aller voir ce qui se passe pendant que les autres restent sur scène et ne savent quoi faire. Ça dure quelques minutes sous les hués de certains. Puis tout le monde quitte la scène et là on se dit qu'on a payé 42 euros pour un tel sabotage ! Si on avait été en 78 à l'Olympia, on aurait cassé les sièges comme nos aînés, on aurait cramé cette salle de m****e ! Mais au lieu de ça, nous sommes bien élevés, nous sommes bien polis, on nous dit où faire. Et donc on attend de voir ce qui se passe. Ça doit durer 10 minutes puis le groupe revient, visiblement Kevin Shields est très énervé. Certains croient qu'ils s'agit d'un rappel ! Et là on se dit qu'est-ce qu'ils peuvent faire ? jouer un autre morceau ? ils ne l'ont jamais fait depuis 1990. Quoiqu'un petit Strawberry Wine du premier véritable album Ecstasy & Wine ne serait pas pour me déplaire. Ils vont quand même pas refaire YMMR ? Ce n'est pas possible, l'intensité n'est plus là. Eh bien si ! ils repartent en plein break de plus belle avec la colère en plus. Mais ils sont une nouvelle fois coupés en plein élan en façade ce qui fait qu'ils ne s'éternisent pas et au bout de 2, 3 minutes de bruit ils reprennent le couplet du morceau, un refrain et basta. C'est fini. Kevin Shields se barre en faisant tomber sa guitare... Ce qui est vraiment énervant dans ce sabotage, c'est que : l'intérêt de ce long passage de bruit à pour but quand ils reviennent dans le morceau, c'est une telle décharge, c'est une telle libération qu'il semble que le bruit du break reste en suspens pendant qu'ils jouent le couplet et le refrain final ! C'est très difficile à décrire car l'impression est incroyable comme un nuage sonique qui surplomberait la salle.

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My Bloody Valentine - You Made Me Realise (Amsterdam 1989)
Version courte mais fantastique ! Alors que comme l'écrit un bloggeur (Arbobo) "L'impact attendu n'a pas eu lieu, les airbags se sont déclenchés, et le choc frontal s'est transformé en série de tonneaux laissant paradoxalement un goût d'inachevé. Pourtant, nous étions venus pour se faire mettre la gueule en sang et c'est ce qui s'est passé. Et nous pleurnichons parce qu'il nous reste une dent branlante qu'on a oublié de faire tomber." Certains ont fait le voyage d'Italie ou de Belgique pour ça, ils doivent l'avoir mauvaise quand même. A Londres il parait qu'ils ont joué à 131db et au Zenith ils auraient frôlé à la fin les 125 db au lieu de 105 ! A titre de comparaison c'est le bruit d'un avion au décollage (à 300m !!). le problème c'est que :
1- pas de problème de voisinage au Zenith
2- les gens étaient prévenus que ça jouerait fort donc ceux qui étaient là étaient venus en connaissance de cause (et sinon on leur donnait gratuitement des bouchons) donc si MBV veut jouer à 130 db, pourquoi les en empêcher ? Nous sommes entre adulescents consentants, alors où est le problème ? Si vous trouvez ça trop fort, allez voir Coldplay ou les Fleet Foxes... Donc voilà on se retrouve dehors en sachant que c'est peut-être la dernière fois qu'on verra My Bloody Valentine en France. Il fait nuit et c'est fini.

My Bloody Valentine - Sunny Sundae Smile (live 1988 Washington)
Une petite chose à ajouter avant de vous laisser surfer tranquille. Assimilé à tort au Shoegazer, MBV est unique, et c'est évident pour leurs prestations scéniques. Pour avoir vu à l'époque les Ride, Slowdive et autres Chapterhouse, il n'y a aucun rapport avec MBV. Car l'erreur des groupes Shoegazer c'est d'avoir retenu de MBV que le côté vaporeux sur des nappes de guitares disto à la Robin Guthrie des Cocteau Twins. Alors que dans MBV on retrouve bien sur ce romantisme new wave mais c'est leur radicalité, leur extrémisme qui fait la différence. Sous une apparence calme, ce sont vraiment des terroristes du son et c'est en mélangeant cette agression avec un sens aigue de la beauté que MBV marquera les esprits et 16 ans après, leur musique reste aussi essentielle et n'a pas de concurrents. My Bloody Valentine nous emmerde, ils ne sont pas là pour faire des compromis ! C'est trop fort ? On entend pas les voix ? comme dirait Belmondo dans A Bout de Souffle, "allez vous faire foutre !"

My Bloody Valentine - You Made Me Realise (break) (Zenith 2008)

photos du concert signées Robert Gil - www.photoconcerts.com



www.mybloodyvalentine.net
www.myspace.com/mybloodyvalentine

auteur : Vivian - helterskelter93.1@free.fr
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