27/01/2020  |  5296 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 27/01/2020 à 17:39:51
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    interview
A.S Dragon

Mains D'Oeuvres (Saint-Ouen)
mercredi 9 avril 2003

One, two, three (and not four) boys : pas de doute, il en manque un à l'appel ! Mickaël Garçon (le clavier du groupe) à la bourre pour un problème de crevaison, ce sont donc ses facétieux acolytes qui se prêtent de bonne grâce aux questions de foutraque.

Dans une salle, Mains d'Oeuvres (Saint-Ouen), où ils se sentent particulièrement à l'aise, où Hervé, le batteur, eut tout loisir de démontrer un jour son art consommé du toasting avec un mégaphone, rencontre avec Natacha Le Jeune (chant), David Forgione (basse), Hervé Bouétard (batterie) et Stéphane Salvi (guitare).

On se retrouve ici à Mains d’œuvres, dans l’antre de Tricatel … Avez-vous une attirance particulière pour cet endroit ?
Hervé : Mains d’œuvres, c’est un endroit fabuleux, où plein de choses se passent au niveau culturel et social. L’ambiance est extraordinaire, les gens sont sympas. C’est notre lieu de répèt’ mais c’est bien plus qu’un simple local : c’est un petit peu notre seconde maison …
Natacha : D’ailleurs, Manœuvre a dit qu’on était un peu les Jefferson Airplane de la porte de Clignancourt !

Le fait que Rock’n folk, et notamment Philou, se soit complètement amouraché de vous, ça vous touche ?
Hervé :
Enormément, car c’est quelqu’un de grande valeur. On le suit depuis qu’on est petit, on lit ses articles, on le regarde à la télé. Il est gentil, super sympa.

Si nous revenions aux origines du groupe ?
Hervé : Bertrand cherchait un backing-group pour accompagner Houellebecq sur scène. C’est d’abord Frédéric Jimenez qui a démarché Tricatel pour proposer son propre album. Bertrand a trouvé qu’il jouait bien de la basse et l’a mis de côté.
Nous, avec Stéphane, on venait de splitter avec Montecarl. Burgalat nous connaissait un peu et nous avait surtout vus sur scène : il nous a donc appelés.
Ensuite, il cherchait un clavier et hésitait entre deux bonhommes, dont Mickaël. Quelques semaines avant, je l’avais vu jouer avec Kojak au rex et j’avais pris une grosse claque, son jeu était magnifique …
On a fait deux répets ensemble, on est montés dans le camion et on s’est fendu la gueule de suite. Ça a d’abord été une aventure humaine, et en plus, musicalement, ça a collé d’entrée.

Le projet Houellebecq ?
Hervé :
Le truc avec Houellebecq c’était marrant parce que d’un seul coup, tout était neuf, on se rencontrait. Dans le groupe, il n’y avait personne qui avait lu ses bouquins avant.
On s’est bien marré pendant la 1ère tournée en France et après il est devenu très chiant.
On s’est saoûlé mutuellement et on a arrêté, c’était la meilleure chose à faire.
Mais bon, on a assez parlé de Houellebecq, ce type, c’est qu’un pauvre provocateur !

L’évolution du groupe ?
Hervé : En fait, c’est Peter Von Poehl, qui était là depuis quelques années avec Bertrand qui coordonnait le truc. C’était un peu lui notre leader à l’époque.
Quand on a souhaité évoluer, quitter notre statut de backing-band, il nous a fait comprendre qu’il ne souhaitait pas nous accompagner dans cette aventure.

Dans votre réflexion, privilégiez-vous de recruter une chanteuse ou n’est-ce finalement qu’une question de rencontre ?
Hervé : C’est Burgalat qui a proposé cette éventualité.
En fait, on a fait un concert sous le nom d’A.S Dragon, sans chanteuse, ici, à Mains d’œuvres (juste nous avec d’autres compos).
On s’est très vite aperçu que ça le faisait pas, qu’il fallait quelqu’un pour pallier nos difficultés à chanter. On en a parlé à Bertrand qui nous a soutenus dans cette idée.

La rencontre ?
Natacha :
En fait, on s’est rencontrés par des amis communs. Un soir, chez un copain, Mickaël m’a fait écouter le disque Bertrand meets AS Dragon. Il m’a parlé de son projet, mais Burgalat, par exemple, ça ne me disait rien du tout … Mickaël m’a quand même demandé si ça m’intéressait de faire un essai.

Vous avez eu de suite un bon feeling entre vous ?
Natacha :
On a atteint l’orgasme assez rapidement !
Hervé : On a fait peu de préliminaires ! (rires)

Apparemment, vous étiez totalement néophyte en chant. Ce n’est trop dur de passer derrière le micro ?
Natacha : Non, faut dire que j’ai un ego surdimensionné (rires). En fait, j’ai commencé par la danse, j’étais dans une école à New-York (ndlr la Martha Graham School). Quand j’ai rencontré Mickael et qu’il m’a proposé de faire le truc, je partais m’installer en Belgique car je poursuivais ma voie, les compagnies de danse. Je me suis alors retrouvée dans une espèce de bled paumé et je me suis vraiment demandé ce que je foutais là ! Je pensais vraiment pouvoir faire quelque chose de mieux et j’ai donc opté pour le groupe.

Quand avez-vous vraiment commencé à travailler sur les bases de l’album ?
Hervé : En fait, ça remonte à janvier 2002. Dès la première semaine on a composé quelques titres mais il faut savoir qu’on repartait de zéro.
Natacha : Il n’y avait qu’une chanson d’écrite, are we talking enough ?. On a ensuite posé les premiers jalons de textes sur des morceaux instrumentaux, qui étaient pour la plupart assez longs. On a constamment remanié les textes jusqu’au moment de l’enregistrement. Notre premier concert commun date je crois du 22 janvier.(ndlr, à Mains d'Oeuvres)

Vous jouiez parallèlement en live à ce moment-là ?
Natacha : Burgalat nous a amenés avec lui pour terminer sa tournée en Europe et même à New-York. On a fait une vingtaine de concerts, dans des endroits plutôt pas mal. On a donné 2 concerts à Londres, on a fait le Botanique à Bruxelles, le Paradisio à Amsterdam, un festival rock en Norvège.
Hervé : En fait, on était la deuxième partie de ses shows et il nous a carrément incrustés. Il commençait souvent et on prenait le relais. On a fait cette formule là tout le printemps 2002 et ensuite on est entrés en studio.

Comment s’est passé l’enregistrement de l’album ?
Natacha : Les musiques ont souvent été composées par l’ensemble du groupe. D’autres l’ont été par un des musiciens du groupe qui apportait une idée précise. Au niveau des paroles, j’ai pris des textes de copains et copines qui écrivent et dont j'aimais bien le travail..

Vous adaptez un texte de Baudelaire, un hémisphère dans une chevelure : un poème qui vous tenait particulièrement à cœur ?
Natacha :
Non, je ne le connaissais pas avant. On avait un morceau un peu gainsbourien sur les bords. J’ai été chercher dans des recueils de poèmes d’écrivains du siècle dernier (Verlaine, Baudelaire). Je suis tombée par hasard sur ce texte, qui collait pas mal. Comme il est en plus tombé dans le domaine public, ça ne ne nous coûte pas une thune.

La pochette, d’ailleurs, un clin d’œil à Gainsbourg, dont on connaissait l’amour pour son bull-terrier ?
Natacha : Non, non, pas du tout. C’est en fait le chien du photographe qui a conçu la pochette. Ce clébard s’appelle d’ailleurs Elvis , c’est plutôt marrant !
Le photographe nous a proposé ça au début et on était pas du tout partants. On a quand même cherché pendant 6 mois avant de revenir à cette proposition initiale.

Le fait que technikart notamment ne tarisse pas d’éloges à votre égard : A.S Dragon, un groupe branchouille ?
Natacha : C’est ma faute … Je suis très flattée, mais tout ça est peu abstrait et un peu loin de mon quotidien. Je roule pas encore en rolls, j’ai pas de carte de crédit. C’est vraiment un concours de circonstances …

Le regard que vous portez sur Tricatel et sur le travail de Burgalat : est-il vraiment le producteur français le plus important à l’heure actuelle ?
Natacha : En tout cas, c’est le plus honorable car c’est celui qui prend le plus de risques, celui qui permet à des musiciens de faire de la musique au détriment de sa réussite financière.

On a quand même perçu ces dernières années une certaine avancée en France du côté des musiques amplifiées (structures, festivals …)
Hervé :
On sent bien les années Jack Lang en fait : plein de salles se sont créées … Plein de thunes ont été injectées et il y a eu une vraie évolution au niveau des mentalités. Il y a désormais plein de petits circuits qui n’existaient pas avant.
David : Plus les grosses majors grossissaient, plus les gens organisaient la résistance autour. Ça a fait pousser plein de champigons indépendants.

Le désengagement de l’Etat, qui va confier nombre de missions aux collectivités locales, un problème majeur pour le milieu artistique ?
Hervé : C’est malheureusement un risque, on verra bien … Tout devient tellement hardcore, à tous les niveaux …

www.asdragon.com
www.tricatel.com

auteur : Jérôme Crépieux - jerome_(at)_foutraque.com
interview publiée le 22/04/2003

Partager


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire