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Interview avec The Bewitched Hands

Coopérative de mai, Clermont-Ferrand
Mars 2011

The Bewitched Hands : groupe composé de six trublions country pop folk rock basés à Reims, ayant fait très forte impression lors de sa prestation à Bourges en avril 2009 (puis en avril 2011 au même endroit) et pouvant être très fier de son premier disque paru chez Sony en fin d'année 2010, Birds And Drums, un pur concentré de musique euphorisante inspirée par Pavement, Arcade Fire, Blur et Supergrass. Juste avant l'excellent concert donné par Bewitched Hands dans le club de la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand le soir même (24 mars 2011), rencontre avec trois membres du groupe - le chanteur guitariste blond, le bassiste et le guitariste/organiste/choriste - tranquillement installés en fin d'après midi sur les marches ensoleillées de la salle clermontoise :

La première question est une question sur vos concerts... J'avais eu la chance de vous voir aux découvertes du Printemps de Bourges en 2009 et, comme le reste de public, ça m'avait rendu très, très heureux et complétement extatique... Est-ce que c'est l'effet recherché quand vous faites des chansons avec The Bewitched Hands ?
The Bewitched Hands : " Pas consciemment ! En fait, au début le projet Bewitched, c'est vraiment un truc de copains, un groupe récréation à côté de projets plus sérieux que l'on avait à l'époque... Donc le point de départ, c'était de se marrer, de ne pas trop se prendre la tête ; on ne s'est pas dit " ouais on va faire un truc genre festif ", mais, quand même, la base du groupe c'est de se faire plaisir... Donc c'est cool, si le public le sent et si c'est communicatif !

Est-ce que le public réagit toujours aussi bien qu'à Bourges ou est-ce qu'il y a des jours sans ?
The Bewitched Hands : Par rapport à Bourges, il y a un paramètre différent, c'est que l'album est sorti depuis, donc certaines personnes connaissent les paroles, ce qui est sympa ! En fait ça dépend des fois, parfois il y a un public acquis dès le premier morceau, ce qui est rare parce qu'on n'est pas encore super connus, mais en général ça se finit bien, on a toujours un rappel, c'est le signe que ça fonctionne bien.

J'ai l'impression que l'excellent tambouriniste fou qui haranguait le public à Bourges n'est plus dans le groupe... Que s'est-il passé ?
The Bewitched Hands : Comme tu dis, il est vraiment devenu fou ! Non, je plaisante, c'est quelqu'un qui était là depuis deux ans et qui est parti de son plein gré. Il était surtout dans le groupe au départ quand on n'avait pas de tourneur et pas de maison de disques, il cherchait et organisait les concerts pendant la première période de Bewitched, il a été un élément essentiel dans notre développement. Donc, Julien, merci !

Y-a-t'il une différence entre le public dans votre ville de Reims, à Paris ou en province, voire aux USA comme récemment ? ?
The Bewitched Hands : Déjà par rapport à Reims, on va y rejouer bientôt, ça fait longtemps que ça ne s'est pas fait, mais on appréhende un peu moins maintenant. C'est vraiment là qu'on a commencé avec nos amis qui venaient aux concerts, maintenant c'est autre chose, l'album est sorti, on a eu un peu de passages dans les médias, des gens vont venir par curiosité et avoir un regard plus critique, c'est possible. Paris, c'est bien, c'est là où pour la première fois j'ai eu l'impression que les gens connaissaient bien les paroles, c'était assez fou ! Après, c'est un peu variable : à New York, les gens étaient un peu plus distants que dans d'autres villes, ne serait-ce qu'au niveau distance physique par rapport à la scène. C'est ce qui arrive quand un groupe inconnu se pointe sur scène. En général ça se passe bien pour nous. C'est vrai que c'est un peu plus dur de jouer dans le Sud, il y a peut-être moins une culture rock et puis c'est vrai que l'on n'y a pas beaucoup joué. On a dû faire 4 dates là-bas alors qu'on a beaucoup joué à Lille ou en Bretagne, donc on est bien mieux accueillis, pour l'instant !

Pouvez vous évoquer votre passage au festival américain South By Southwest à Austin cette année et votre tournée US ?
The Bewitched Hands : L'album sort le 24 mai 2011 au Etats-Unis, on est allé 4 fois aux USA et on a dû faire une douzaine de concerts là-bas. On a des touches sur la production du nouvel album, mais on ne peut pas en parler car on ne veut pas se porter la poisse ! Le festival South By Southwest, ça sert à ça, ça sert à jouer devant des pros un peu comme aux Transmusicales de Rennes sauf que là tu es confronté aux meilleurs groupes de la planète. Donc c'est super d'aller jouer à Austin ! South by Southwest, c'est un truc de dingue, ce doit être le meilleur festival du monde, ça se passe dans le centre d'Austin... Tous les lieux publics sont réquisitionnés et transformés en salles de concerts alors qu'il y a déjà beaucoup de vraies salles de concerts, mais comme il y a 2000 groupes qui viennent jouer pendant le festival... C'est complètement fou, il y a des concerts de midi jusqu'à... midi ! (rires) Il y a des groupes de monde entier qui viennent, c'est une véritable mine d'or : on voit des artistes qui vont éclater et dont on va entendre parler cette année ou l'année prochaine et en même temps, il y a des gens très connus qui viennent présenter des projets alternatifs. Par exemple, cette année, il y avait Jay Mascis de Dinosaur Jr qui est venu faire un concert folk. L'année dernière, le gars des Kinks est passé, y'a aussi Yoko Ono qui est venue, Thurston Moore, Orchestral Manoeuvres In the Dark... Et puis tout ça sous un soleil de plomb et avec plein de barbecues... en mars ! C'est cool !

C'était un rêve d'aller jouer aux USA ?
The Bewitched Hands : Dans un premier temps, c'était un rêve d'aller aux USA, parce qu'on n'y était jamais allés avant l'année dernière. Et oui, c'était un rêve d'aller jouer là bas, comme pour beaucoup de groupes je pense parce que les USA ont une sacrée culture musicale et des groupes qui ont fait tripper plein de gens !

En écoutant l'album, j'imaginais que vos influences pourraient être les Byrds, les Beachs Boys, Blur, Bowie, Supergrass, Arcade Fire ? Est-ce que vous les avez écoutés ? The Bewitched Hands : En partie oui, parce que tu imagines bien qu'on est nombreux dans le groupe, on est 6 et on a été jusqu'à 10 ou 12. Mais, oui, c'est un peu les influences de tout le monde, on a tous écouté les Byrds, les Beach Boys, Blur ou Arcade Fire pour certains (sourire), en tout cas, on assume complétement toutes ces influences !

Vu le nombre de musiciens dans le groupe, comment se passe la composition des morceaux ?
The Bewitched Hands : Pour l'instant, il n'y a jamais eu un schéma type de composition de structure de morceau parce que c'était un collectif, une récréation donc il y avait beaucoup de morceaux qui étaient antérieurs à Bewitched : pendant un an et demi, le groupe n'a pas vraiment composé de morceaux, ce n'étaient que des choses déjà existantes composées par des membres du groupe que l'on jouait. Puis, après, il y a eu une période où on a commencé à écrire et puis, là, juste à la fin de cette période au moment de l'enregistrement de l'album, on a commencé à sentir ce n'était plus simplement des individualités qui composaient chacun de leur côté mais qu'on devenait vraiment un groupe à force d'enregistrer et de faire plein de concerts... Donc il n'y a pas vraiment de recette pour écrire chez nous, si ce n'est que maintenant on sait vraiment à quoi ressemble Bewitched : c'est 6 personnes et on sait qui fait quoi, on connait les voix de chacun, ce qui est important vu le nombre d'harmonies vocales qu'il y a sur le disque (c'est une part importante de notre musique !). Disons qu'on ne pousse pas trop l'écriture quand on fait un morceau tout seul chez soi, pour laisser de la place aux autres après. Mais en même temps, c'est difficile à décrire, comme on a beaucoup joué ensemble, il y a une alchimie qu'on ne saurait pas trop expliquer. En tout cas, le groupe est plus homogène désormais.

Justement, à propos de composition, ça fait six mois que votre premier disque est sorti, est-ce que vous avez commencé à travailler sur la suite ?
The Bewitched Hands : En fait, ça fait cinq mois que l'album est sorti (rires), mais ça fait un an et demi qu'il est bouclé donc effectivement on a plein de nouveaux morceaux, on en teste sur scène. Ce soir, on va en tester quatre sur scène. On a entre dix et quinze nouveaux morceaux, je pense qu'il faudrait qu'on en ait quatre fois plus pour garder le meilleur pour le prochain disque. En ce moment, on n'a pas trop le temps parce qu'on est tout le temps partis en tournée, mais dès qu'on pourra, on écrira des morceaux et on essaiera de les interpréter en live. On aimerait bien prendre un peu plus de temps à la rentrée de septembre 2011 pour enregistrer le nouvel album, pour pouvoir le sortir en fin d'année 2011.

Le disque est particulièrement abouti et réussi pour un premier effort, je me disais que c'était dû au délai entre les découvertes du Printemps de Bourges et la signature avec Sony, mais en fait le disque été fini il y a déjà longtemps...
The Bewitched Hands : En fait, il n'y a pas un moment où on est rentré un studio, ça n'a pas été deux mois de studio intensif où on a tout fait de A à Z. On enregistre dans un studio qu'on a près de Reims, ce qui fait qu'on peut prendre le temps de faire les morceaux. Il y en a qui ont été enregistrés très tôt, on pensait que ça ne serait que des maquettes mais vu qu'on aime les côtés urgent et spontané de l'enregistrement, on a gardé des premières prises. C'est difficile de dire sur combien de temps s'est étalée l'élaboration de l'album. Il y a des titres qu'on a fait il y a trois ans, il y a des prises de chant qu'on a gardé de cette époque. Le gros du boulot s'est fait il y a deux ans en fin d'été pendant deux mois.

En enregistrant de cette manière j'imagine que le mixage est hyper important, il a été réalisé par un de vos potes rémois, Yuksek... Pouvez-vous parler de son boulot sur le disque ? The Bewitched Hands : C'est tellement important son rôle que je ne saurais pas dire à quel point c'est important ! Comme c'était notre premier disque, on a fait pas mal d'erreurs de débutants, - mettre quinze micros sur un ampli guitare, enchainer et empiler le pistes pour faire comme Phil Spector alors qu'on n'avait pas du tout les connaissances pour le faire par exemple -, ce qui fait qu'à la fin, le boulot de Pierre (Yuksek), ça a été d'extirper les prises qui valaient le coup de nos projets de 150 pistes, de nous faire refaire certains trucs parce qu'il y avait des prises de chant qui avaient été faites avec de mauvais micros. Après, il a trouvé l'équilibre pour le mixage final, et ça on n'aurait pas pu le faire nous-mêmes parce qu'on n'a pas les connaissances et parce qu'on voulait quelqu'un qui ait une distance par rapport au projet. On avait trop la tête dans le guidon pour le faire... Et puis c'est quelqu'un qui fait de la musique électronique et qui a une autre approche du mixage : nous, on était vachement sur les guitares qu'on voulait mettre hyper en avant et comme lui il a une culture rythmique (basse batterie), ça a été intéressant de travailler avec lui et de trouver un équilibre entre ces deux manières de faire.

Avec Yuksek, vous étiez amis avant de faire de la musique ?
The Bewitched Hands : Oui, la scène rémoise est assez petite et en plus on est de même génération, donc ça faisait un moment qu'on se connaissait, certains membres du groupe le connaissement personnellement mais il y avait un peu une frontière entre les gens qui faisaient de la pop et ceux qui faisaient de l'électro, du coup on ne se croisait pas trop... Puis, comme on bout d'un moment, on était les vétérans, les survivants de la musique à Reims, on était " obligé " de se rencontrer : il nous a vus à une fête de la musique il y a deux ans, il sortait son single Tonight à l'époque et il nous a proposé d'en faire une version chanson pop. Et c'est de là que tout à démarré : ça nous a permis de rencontrer son tourneur, qui est devenu le notre.

Est-ce que sa musique, qui est électro, pourrait influencer la votre et provoquer un prochain disque électronique de votre part ?
The Bewitched Hands : Je ne pense pas que Bewitched deviendra un groupe d'électro mais en revanche la manière d'enregistrer avec un ordi est devenue très similaire entre les deux musiques. On a tous un ordi chez soi et on est tous à un certain niveau producteur de notre musique. C'est de là qui vient le rapprochement. Après, je crois que sur le prochain album de Yuksek il y a beaucoup d'harmonies vocales, donc c'est peut être dans l'autre sens que se produit l'influence (rires) !

Sans révéler des choses trop secrètes, avez vous des idées de collaborations et de producteurs pour votre prochain opus ?
The Bewitched Hands : Heuuuuu, bennnnn, non ! (rires) On ne peut pas dévoiler des choses secrètes ! Comme on est dans un groupe où beaucoup de gens peuvent écrire des morceaux, on ne se pose pas la question sur d'éventuelles collaborations, en tout cas pas de collaboration de composition. Et en même temps, on a toujours collaboré avec les musiciens de Reims : il y a eu Yuksek donc, mais aussi The Shoes, avec qui on a pas mal bossé. On verra !

Pouvez-vous évoquer la scène rémoise ?
The Bewitched Hands : C'est marrant qu'on parle de scène rémoise parce qu'il y a encore quelques années ce n'était pas vraiment le cas... C'est né avec Yuksek, Brodinski, The Shoes et nous c'est donc plutôt électro mais avec une frontière mince entre électro et la pop. Sinon y'a John Grape, qui fait le Printemps de Bourges en avril 2011 d'ailleurs, y' aussi Alb et Libellul aussi qui commencent à faire parler d'eux. C'est une scène assez vivante, avec plein de gens qui se connaissent et qui bossent parfois ensemble...

Sur la tournée, y-a-t-il eu de belles rencontres de groupes jouant avec vous ?
The Bewitched Hands : Oh, putain, il y a tellement de groupes avec qui on a joué ! Ah, si, il y a Pendentif, avec qui on va jouer à la cartonnerie à Reims dans deux jours, c'est un groupe bordelais mais où il y a aussi deux ex Rémois (rires), on était au collège ensemble ! Ils font une musique pop chantée en français avec vraiment de super morceaux. Je pourrais dire que c'est génial, mais ça ne servirait à rien, faut aller écouter ! Pendentif et Young Michelin, ce sont les groupes auxquels on croit en ce moment.

Ce soir, vous allez jouer à la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand, est ce que vous avez entendu parlé de la scène clermontoise ?
The Bewitched Hands : J'espère que je vais pas dire de conneries ! On a joué avec Mustang au Printemps de Bourges et avec Cocoon à Austin l'année dernière, on s'est croisé, on ne se connait pas trop, mais on entend beaucoup parler de la scène clermontoise. On est super content de jouer ici dans cette salle, le 6 par 4, heu non, j'ai dit une connerie, le 4 par 6. Heu, non je suis en train de faire une gaffe, le 106 ? Non, c'est à Rouen ! (rire général) Ah, non, merde, on la refait : la Coopérative de mai ! On est super contents de jouer ici, la salle est mortelle et l'accueil est vraiment cool, et ce n'est pas toujours la cas, on ne dit pas ça à chaque fois !

A part Pendentif et Young Michelin, quels sont vos autres coups de cœur du moment ?
The Bewitched Hands : C'est un peu plus connu maintenant, mais on aime beaucoup Deerhunter, Smith Westerns et Ariel Pink, essentiellement du rock indé américain. On a vu certains de ces groupes à South By Southwest à Austin.

Avez-vous des festivals prévus cet été ? Vous seriez parfaits pour la Route du Rock à Saint-Malo à mon avis...
The Bewitched Hands : Pour le moment, ce n'est pas prévu, je n'y suis jamais allé mais on en entend beaucoup parler et les fois où j'ai vu la prog, elle était de super qualité ! Cet été au programme, on a les Vieilles Charrues, les Francofolies, Solidays, des trucs en Allemagne, Autriche, Belgique et Suisse. J'en oublie et tout n'est pas encore calé, il faudra rester attentifs !

Pour terminer l'interview, est-ce que vous avez un rêve pour le groupe, quelque chose qui vous fait fantasmer ?
The Bewitched Hands : Ce qu'on aimerait bien, c'est que ça fonctionne bien pour nous aux Etats-Unis parce qu'on a grandi avec Pavement, Sonic Youth et qu'aujourd'hui on aime Deerhunter les Black Lips ou des trucs comme ça. On aimerait bien être dans la cour des grands, enfin avec des trucs comme ça, pas dans celle des Rolling Stones hein ! Ce serait l'étape suivante parce qu'il y a beaucoup de groupes français qui restent en France... Comme on chante en anglais, on a un peu l'ambition d'aller voir ailleurs, même si c'est cool de jouer partout. Et surtout en France, parce qu'on parle aussi bien anglais que les gens dans le public, donc on est un peu plus à l'aise ! (rires) "

The Bewitched Hands est actuellement en tournée partout en France, une tournée immanquable pour les fans de pop, folk et rock dont toutes les dates se trouvent ici...

Liens : www.myspace.com/handsbewitched, www.facebook.com/thebewitchedhands, http://twitter.com/BewitchedHands.

Photos live prises à Bourges en 2009 par Frédéric Loridant (crédit indiqué sur les 2 photos) et Flore-Anne Roth (photo live sans crédit), les autres photos sont extraites du facebook du groupe...


interview publiée le 07/08/2011

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