24/09/2017  |  4874 chroniques, 162 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/09/2017 à 10:32:39
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    interview
Artus Films : Cinéma de quartier à la maison




Depuis 10 ans, Artus Films édite en DVD des films de genre, des films bis. Entre les classiques du gothique italien (L’Effroyable secret du docteur Hichcock-avec Barbara Steele-, Des vierges pour le bourreau, Des filles pour un vampire, Le château des morts-vivants –avec Christopher Lee-), et espagnol (La mariée sanglante, Le bossu de la morgue), le western européen (Bandidos, Killer Kid, Le jour de la haine), le ciné fumetti (L’Espion qui venait du surgelé, Kriminal, Satanik, Superargo contre Diabolikus), des nanars érotiques (Elsa Fraulein SS, Les gardiennes du pénitencier), des films curieux (Réducteur de têtes, Blanche Neige, le prince noir et les sept nains, Tourist Trap), de la science-fiction (La planète des dinosaures, La planète des vampires, La planète des hommes perdus), un spécial Jess Franco (La comtesse perverse, Venus in furs), le catalogue d’Artus Films est très large. A ce jour on se rapproche des 100 références. Si tous les films ne sont pas des classiques du cinéma, il y a cependant 80% du catalogue à avoir sur ses étagères. Pour rendre encore plus visible le choix des films, le visuel des DVD est très soigné. Parfois il y a un livre richement illustré, mais il y a toujours des bonus à visionner, et surtout, les films édités sont tous introuvables en DVD. Digne enfants de Midi Minuit Fantastique, de Mad Movies, Artus Films (comme Le Chat qui Fume) fait un travail admirable pour que nous puissions regarder entres amis des films d’un passé où la création n’était pas qu’une affaire d’argent.
Après avoir lu cette interview, n’hésitez pas faire vos emplettes dans les stores à DVD. A Paris il y a les magasins Métaluna (7 Rue Dante, 5ème arrt) et Hors-Circuit (4 rue de Nemours, 11ème arrt)


Quel a été le point de départ, la motivation qui vous a donné envi de créer Artus Films, de vous lancer dans la diffusion de films en DVD?
Kévin Boissezon : Tout simplement l’envie de pouvoir enfin voir des films inédits chez nous.
Thierry Lopez : Je rêvais de posséder des films rares sur mes étagères, et aucun éditeur ne semblait vouloir s’en charger.

Une petite présentation de l’équipe, qui est derrière Artus Films?
KB : On est deux avec Thierry et on se connait depuis la maternelle. On est originaires de Béziers. Pour ma part j’ai fait des études de sociologie et de philosophie à Montpellier.
TL : J’ai fait des études de cinéma, à Montpellier, et réalisé quelques courts-métrages. Cela ne me suffisait pas pour assouvir ma passion du cinéma fantastique.

Décrivez nous l’orientation de votre catalogue, les critères de choix des films, les thèmes, les collections ?
KB : C’est Thierry qui s’occupe de la ligne éditoriale.
TL : Les débuts d’Artus ont été un peu hasardeux, et c’est vrai que nous avons tapé bien fort avec des films vraiment méconnus que le public n’a pas vraiment plébiscités. Depuis 3 ou 4 ans, nous avons dirigé quasi exclusivement notre ligne éditoriale vers le cinéma Bis européen. Nos éditions sont déclinées en collections, comme le Gothique, le Western européen, la Science-Fiction etc. Nous espérons lancer suffisamment de collections pour couvrir l’ensemble des genres relevant du Bis. Le but, désormais, pour chaque année, est d’alimenter et d’enrichir ces collections.

Comment faites vous pour trouver ses films obscurs à petits budgets ? D’où vous viennent ses titres ? Comment avez-vous connu ses films ? Avez-vous vu à l’époque ces films en salle ou dans des festivals ?
KB : En salle non, on est trop jeunes.
TL : De nos jours, c’est un peu facile de connaître la production cinématographique. Quelques festivals, pour certains titres, oui. Beaucoup de VHS également. Ma collection compte de nombreux livres et fanzines sur les sujets qui m’intéressent. J’avoue qu’il nous est déjà arrivé d’acheter un titre sans l’avoir vu. Mais, par exemple, concernant le Western, si, dans la distribution, figure Anthony Steffen ou Giuliano Gemma, c’est forcément bon.

Comment se passe la restauration des films ? Dans quel état trouvez-vous les masters originaux ?
TL : On ne prend pas vraiment en charge la restauration image des films. Nous demandons à l’ayant droit la qualité du master en sa possession. Si nous la jugeons satisfaisante, nous lançons le projet. Si tel n’est pas le cas, nous préférons attendre que l’ayant droit vende à une télé, par exemple, afin de lui permettre de tirer un nouveau master. Nous éditons des petits films, et le public est très mince. Il est hélas impossible d’engager des frais de restauration. En revanche, nous devons, bien souvent, restaurer les pistes sonores.

Vos DVD sont très soignés. Ils sont en dijipack, contiennent de nombreux bonus et certains ont un livre. Vous pouvez nous parler de la réalisation des bonus (interviews, doc), et plus particulièrement nous parler du travail du journaliste Alain Petit.
TL : De nos jours, avec l’avenir fragile du support physique, et la concurrence des télés et autres systèmes de VOD, nous nous devons d’offrir au public un objet de qualité. Un objet que l’on a envie de posséder. Cela va au-delà du simple fait de vouloir regarder le film. Donc, effectivement, il faut soigner son packaging. Et offrir, de la même manière, des suppléments originaux qui permettront d’en apprendre sur le film ou le sujet, et inciter à aller plus loin. Les suppléments se tournent de manière tout à fait artisanale, toujours les minces moyens.
Alain Petit, je vous laisse lire directement l’intéressé : http://lefanzinophile.blogspot.fr/2015/04/entretien-avec-alain-petit.html?spref=fb

Quelles ont été vos plus belles rencontres depuis la sortie de vos DVD. Quelques anecdotes sympathiques à nous raconter ?
KB : Il y aurait beaucoup à raconter surtout qu’on va fêter nos 10ans d’existence. Peut-être un de nos premiers achats, Le boulanger de l’empereur/L’empereur du boulanger. On est allé à Prague et on s’est retrouvés dans un vieil appartement avec deux vieilles charmantes comme tout, qui ont fait pêter le champagne et nous ont offerts deux bouteilles de Slivovice. Après on avait compris qu’on avait payé un peu trop cher les droits ! Mais on débutait.
TL : Beaucoup de belles rencontres, en effet. La conception des suppléments m’a permis de rencontrer, et souvent, de devenir ami, avec des personnes remarquables. La liste serait longue, mais je pense à Eddy Moine, Jean-Claude Missiaen, Pierre Dubois, Georges Ramaiolli. Et, bien entendu, les vétérans de chez Artus : Alain Petit, Curd Ridel, David Didelot, Eric Peretti.
Ce qui est marrant, c’est qu’aujourd’hui, une nouvelle génération de fans nous dise merci. Plus jeune, je lisais tout ce qui touchait au fantastique, je voyais tous les films de l’émission Cinéma de Quartier. Et, forcément, je ne pouvais qu’être redevable avec les personnes qui me permettaient d’accéder à tout cet univers. Aujourd’hui, j’ai quelques fois le sentiment d’avoir grimpé au niveau de passeur de relais, et des jeunes gens me remercient comme je pouvais le faire, à l’époque, envers la génération au-dessus.

Depuis 2005, vous éditez des DVD, qu’est ce qui a changé dans le monde DVD/Blue Ray depuis 2005 ? Et comment voyez-vous l’avenir dans le support DVD/Blue Ray ? Vos DVD se vendent bien ?
KB : La marché a certes un peu baissé et a beaucoup changé. Notamment avec l’arrivée de la SVOD. Maintenant il faut faire plus attention à l’objet lui-même, sinon les gens vont aller télécharger. Il semblerai que tous les produits de moyenne zone, c'est-à-dire ce qui ne sont pas des blockbuster, ni des films de patrimoine tendent à disparaitre au profit du téléchargement et des chaines câblées. Peut-être que ça va laisser des places dans les rayonnages ?
TL : Beaucoup de choses ont changé, et, peut-être trop vite. Le DVD a connu un gros impact sur le visionnage de films, possédant d’énormes qualités par rapport à la VHS. Puis, la politique mal gérée des prix ou des offres a entrainé la vidéo dans un immonde marché de consommation. Alors que le support DVD aurait dû amener le Home Cinéma, plus ou moins, vers un acte de cinéphilie, celui-là s’est mis à entériner le marasme consumériste de la VHS. On achète, on loue, on pirate, on consomme, on jette.
Nous vendons relativement bien, du fait de la spécificité de nos films, et du soin apporté à leur conception. Mais, ne nous leurrons pas, ces chiffres seraient peut-être multipliés par 4 ou 5 si nous avions commencé quelques années plus tôt. Et pour perdurer dans l’avenir, j’ai bien peur que cela nécessitera un combat au quotidien.

Dans les vides greniers, on trouve beaucoup de films à partir de 1 euros, donc moins chère qu’un café, qu’un quotidien. Que pensez-vous de cette chute de prix ?
KB : C’est normal, les grosses boites ont tiré à des milliers d’exemplaires. Il y en a eu trop. Pour nous, certains de nos dvd qui sont épuisés vous ne les trouverez pas à 1euro.
TL : Ce sont les lois de la consommation, et de l’offre et de la demande. Un petit morceau de plastique, avec un disque à l’intérieur, n’a aucune valeur. Pour voir un film, il y a des tas d’autres moyens, désormais. Et un tel objet, aussi basique, ne peut demeurer que sans valeur. Il y aura peut-être une valeur nostalgie, mais pas avant une vingtaine d’année (voir les VHS de collection). En revanche, si l’on propose un bel objet, habillage carton, avec un joli fourreau bien illustré, un livret à l’intérieur… Là, on rejoint davantage l’édition de livre, tout du moins, d’un objet qui peut avoir de la valeur, dans le sens où l’on est satisfait de le posséder. Plus que pour ce qu’il contient.

En 2010 Neo Publishing a arrêté l’aventure. Comme vous, ils avaient un catalogue avec des films très pointu, obscur et comme vous leur DVD étaient très soignés. A votre avis pourquoi cela n’a pas marché pour eux sur la durée ? Les erreurs à ne pas faire pour pouvoir durer ?
KB : Neo avait une structure bien différente de nous. Nous travaillons qu’à deux. Ils avaient des salariés et des charges plus importantes. Ils ont peut-être aussi été victime de la baisse du DVD?
TL : Je pense que plusieurs facteurs sont liés à la fin de l’aventure Néo. Nous, nous devons faire vraiment attention à tout et travailler à l’économie. Et sortir un nombre minimum de titres. Le CNC nous aide, également, depuis 3 ans. C’est uniquement grâce à ces trois aspects que nous pouvons continuer.

Qui sont vos réalisateurs, comédiens et films de chevets ?
KB : Je n’ai pas de réalisateurs, ni de comédiens de chevet. Je préfère m’attacher à l’œuvre. Je regarde que rarement un film plus d’une fois mais il y en a certains que je ne peux pas m’empêcher re-regarder comme Requiem for a dream, Kick ass, Suspiria… rien de bien original.
TL : Werner Herzog, Andrei Tarkovski, Serguei Paradjanov, Guy Maddin, Wojcieh Has. Je regarde toujours du Bis, bien sûr. Mais, peut-être qu’à force d’en éditer, j’ai davantage envie de voir autre chose, ès lors qu’il s’agit de mon plaisir. Oups.

Les projets pour 2015 ? Quels films rêvez-vous de sortir ? Si vous recherchez un film, des contacts, vous pouvez lancer un message à nos lecteurs.
KB : 2015 sera l’année de nos 10ans. Il y aura quelques petites surprises. Il faut rester à l’affut !
TL : Pour 2015, ce n’est pas du rêve, le planning est déjà bouclé (mille excuses pour mon retard). En revanche, pour 2016, il y a des projets, des jolis coffrets, qui nagent littéralement dans le rêve. A nous de faire en sorte qu’ils deviennent réalité.

Nouveautés Artus Films :
- Big racket d’Enzo G. Castellari
- Mort ou vif… de préférence mort de Duccio Tessari
- Le grand défi de Giorgio Capitani
- L’espion qui venait du surgelé de Mario Bava
- Le manoir de la terreur d’ Alberto de Martino


www.artusfilms.com/
fr-fr.facebook.com/pages/Artus-films/201979673851

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 15/04/2015

Partager


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire