24/05/2017  |  4816 chroniques, 160 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 23/05/2017 à 17:02:29
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Danger Records : La musique des outsiders

Paris


Ce label parisien est « la liaison directe entre les styles wave/synthétique (synth wave, synth punk) et le punk rock ». Parmi les 29 sorties du label, citons COMA, Lucrate Milk, Sex Crime, Plastix, Contingent, Mary Bell et la compile d’inédits punk français 1976-1980.
Né dans la cave de la boutique de disques Born Bad, rue Keller à Paris, Danger Records est le bébé de Jérémy (ex vendeur de ladite boutique), aidé par Iwan le terrible (Born Bad) et Patrick Blain (Charles de Goal). Sans danger, Jérémy répond à nos questions.



Qu’est ce qui t’a motivé à créer ton label ? Quel est l’origine du nom de ton label ?
Il ne s'agit pas vraiment d'un élan d'altruisme, mais plus l'envie de ressortir ou sortir tout juste des artistes/groupes qu'on adore avant tout pour nous même. Après ce geste apparaît évidement comme une manière de réhabiliter certains disques difficilement accessible. Le label s'est crée courant juin 2013 derrière les murs du disquaire Born Bad, dans lequel j'ai travaillé avec Iwan, qui fait également partie intégrante du label. Le nom est venu très spontanément, nous voulions un mot transparent qui puisse se comprendre facilement, court et incisif. Danger s'est imposé à nous.

Pour quelqu’un qui ne connait pas ton label, comment le présenterais-tu ? Les couleurs musicaux de ton label ?
Une sorte de punk froid. On aura qu’à dire Cold Punk, la musique des outsiders. C'est un peu sur ce terrain que nous voulons œuvrer, une sorte de punk tantôt classique, tantôt weirdo par les machines. Faire une liaison direct entre tous les styles wave/synthétique (synth wave, synth punk), et le Punk Rock. Ce qui nous permet de ne jamais tomber je crois dans une new wave kitsch et aseptisée.

La première référence du label est la réédition de l’album de COMA, le premier groupe de Patrick Blain. Tu peux nous parler de ce choix pour démarrer ton label ?
La première référence n'a pas véritablement donnée naissance au label. Initialement, nous parlions régulièrement de l'idée de rééditer ce disque. Patrick était un client plus qu'assidu du disquaire, explorant son large spectre musical. Au fil du temps, et des écoutes, il est devenu un très bon ami. Un jour, j'ai arrêté de me masturber seul sur son disque de COMA et je lui ai proposé de le rééditer. A ce moment là, il n'était pas encore question de créer un « vrai » label, du moins de songer à la suite pour constituer un catalogue. Puis tout s'est fait très vite, par le projet du groupe de synth punk de Portland, Sex Crime et la réédition du premier 7" de Lucrate Milk. Je pense que c'est à ce moment là que Danger est né, en dressant immédiatement une ligne directrice, ce mélange de punk, machine, avec toujours une approche DIY, avant gardiste 70/80.

Dans le catalogue de Danger Records on trouve principalement des rééditions, des vieux groupes cultes ou obscurs. Comment ce passe ton travail de recherche, la sélection, le contact et trouver la matière première pour sortir le disque ?
Alors j'ai du mal à me faire à l'idée que Danger soit estampillé label de réédition. Danger à sorti environs 13 références associé à un travail de réédition ou d'inédits exhumés, mais aussi 12 références de groupes actuels. On a vraiment cette volonté d'être sur ces deux tableaux sans privilégier des projets de rééditions. Il est juste plus difficile selon nous, de trouver des groupes actuels suffisamment excitant au point de les signer. On a plus tendance à s'intéresser à des groupes actuels qui sont ne pas encore plébiscités par différents médias, ou même ceux qui ne disposent pas spécialement encore d'une quelconque reconnaissance -inutile- du circuit underground.

Par exemple avant la sortie de l’album de Plastix sur ton label, on ne trouvait d’eux que des titres sur des compilations. Tu peux nous raconter l’histoire qui a abouti au 45 t et à l’album « fait maison » que tu as édité ? Comment le groupe a vécu la sortie de cet album 30 ans plus tard ?
La tache a été assez complexe. Le groupe originaire de Vienne en Autriche a existé seulement 1 an avec seulement 3 concerts à leur actif. J'ai travaillé sur ce projet avec le collectif Rosa Vertov, qui s'illustre parfaitement dans différents travaux de publications, en présentant systématiquement avec une fibre militantisme la position dominante des femmes dans le post punk. Ensemble, nous avons reconstitué le puzzle Plastix, afin de retrouver la trace de chaque musicien. Les membres de Plastix, ont pour la plupart changés radicalement de mode de vie. Ils ont eu une réaction assez classique à laquelle je suis souvent confronté, à savoir en quelque sorte une incompréhension face à l'intérêt que je porte à leur musique, reflet d'une vie révolue pour eux. Exprimant ma volonté sur un potentiel réel inexploité encore, et une possibilité à donner un second souffle a leur musique, la plupart me font confiance et reconsidèrent finalement ce qu'ils ont tendance à caractériser comme « une connerie », « un groupe de jeunesse de seconde zone». L'idée de rééditer ces 3 titres issue d'une compilation autrichienne de 1981 (Die Tödliche Dosis), était une manière d'amorcer la visibilité autour du nom Plastix. Car, seul ces 3 titres ont été enregistrés en studio. En recevant le disque, le groupe a été extrêmement surpris de notre travail sur ce 45t. Peu de temps après, il était bien entendu question de faire une sélection de titres totalement inédits (issue d'une répétition, rough session) mais plus difficilement écoutable que le 45t. Le travail de restauration a été hasardeux. Mais ce LP aura permit d'affirmer l'identité du groupe, qui n'existait pas vraiment, par la présence d'archives -tels que photos, flyers, liner notes, interview- encore inconnu jusque là.

Quel a été le(s) disque(s) le plus compliquer à mètre en place, à sortir ?
Je dirais East Punk Memories, qui est la bande originale du documentaire du même nom de Lucile Chaufour. Un réel témoignage de la scène punk de Budapest early 80s, présentant un pays en crise et ses enjeux politiques et socio culturels bouleversés entre « avant » et « après » l'effondrement du mur de Berlin. Le projet le plus complexe sans doute, car nous l'avons toujours pas sorti. A plusieurs reprises, la date en salle du film a été repoussée, la réalisatrice a eu quelques complications avec différents distributeurs. Puis ensuite, les multiples échanges entres les différents groupes du film et le traducteur hongrois, liaison avec Lucile…, bref tout ça prend du temps. Le disque finira bien par sortir.

Tu apportes un soin tout particulier à la sortie de tes disques vinyles, notamment pour les inserts papiers proches du fanzine en photocopie. A l’heure d’Internet et du tout numérique, tu fais parti des résistants du vinyle et du papier. Que représentes pour toi ces supports?
J'aime cette approche DIY. Le label Danger est et restera un label punk. Il est tout à fait naturel pour nous de présenter une approche, une esthétique DIY. Comme des pochoirs pour Plastix, aux photocopies (reprenant les chartes de Sniffin' Glue -ancien zine punk anglais) de l'insert de La France A Peur. Après on n’a pas non plus envie de créer de « beaux objets ». Je trouve ça extrêmement ennuyeux les disques qui reposent avant tout sur un packaging, une esthétique soignée (vinyle de couleur, pochette en aluminium, flexi en chocolat?) la musique se retrouve la plupart du temps dénaturée.

Quand tu as un travail de mastérisation à faire pour un titre, sa se passe comment pour ta petite structure ?
On travail souvent avec François Terrazzonni (Studio Parélies), mais aussi avec Daniel Husayn (North London Bomb Factory).

Comment sont diffusés tes disques à l’étranger ?
On essaye d'avoir une distribution internationale (probablement plus importante qu'en France) par le biais de certains petits mailorders tenus par de réels activistes qui proposent une distribution intègre (La Vida Es un Mus, Total Punk) ou aussi par moment par des plus gros distributeurs indé (Revolver, Rough Trade, Clearspot). Mais on travaille la plupart du temps directement avec les magasins de disques. Un intermédiaire en moins qui réduit considérablement le coût du vinyle au final.

Pour quelqu’un qui veut créer un label de rock, est ce qu’en 2017 c’est viable ? Après 3 ans d’activité que tires-tu de ton travail ? Pas trop de galère ? Tu penses tenir combien d’années ?
La question n'est pas à poser. Bien entendu qu'il n'est pas « viable » de monter un label actuellement. Il y'a une multitude de nouveaux groupes, nouveaux labels à une vitesse fulgurante. Ce qui est génial, mais je n'y vois pas que du positif, on finit par sombrer dans un marasme face à une telle offre. La seule chose qui nous permet de continuer ce label, c'est de savoir que la précédente sortie pourra financer la prochaine. On conserve ce rythme depuis 3 ans. Certaines références nous ont immobilisés pendant quelques mois. Car, si on ne vend pas tel disque, impossible pour nous d'avoir les finances pour en sortir un autre. Ca semble précaire, mais ça s'équilibre en réalité. Non, pour répondre vraiment à ta question, ce n'est pas viable. Je réalise certaines difficultés que nous rencontrons ou d'autres labels à vendre entre 500 ou 1000 copies. Le positif dans ce label, sont les rencontres, celles des groupes qu'on adore, celles des labels qui font de la distribution. J'essaye d'établir au mieux une relation assez durable avec les groupes, j'aime l'idée que l'affect vienne bouleverser ce qu'on pourrait qualifier de relation de « travail ».

A ce jour, ton dernier album est celui de Sex Crime. A l’inverse de pas mal de tes sortis, ce groupe est un groupe actuel. Aujourd’hui il y a beaucoup de « bons » groupes à écouter. Comment un label comme le tient voit-il le bout du tunnel pour choisir et s’invertir dans un nouveau groupe ?
On essaye de soutenir et accompagner au mieux nos groupes. On est conscient malgré tout de nos limites. Parfois, l'offre est plus importante ailleurs. Dernièrement, Sneaks (Washingon) - découvert courant 2015 par la sortie de son premier LP sur Danger-, vient tout juste de signer sur un plus gros label US. Aujourd'hui elle est vendue à la Fnac et dans toutes sortes de magasins insignifiants et bosse avec une agence de booking qui s'occupe également d’Arcade Fire et d'autres trucs minables du genre. C'est le jeu. On ne va pas se battre, c'est un combat qu'on n’a pas à mener.
J'aime bien l'idée qu'on peut accompagner un groupe jusqu'à un point, car si le groupe se développe, notre structure restera elle, identique. Je n'ai pas de problème avec ça, ça déjà été le cas pour un bon nombre de labels. Kill Rock Stars a vu Gossip exploser ces dernières années et signer chez Columbia après 2 premiers album sur KRS. Le label ne se remet pas en question et continue son boulot, singulier à ce moment là, en rééditant un super coffret il y'a quelques années de la discographie de Kleenex/Liliput.

Avec le « retour » du vinyle et les commandes des « requins » major, est ce que tu n’as pas trop de problème pour faire presser tes vinyles souvent édité à 500 exemplaires ?
Je ne comprends pas trop ce que signifie ce retour du vinyle. Retour tant à parler de disparition. Le vinyle s'est juste popularisé, et touche un plus grand nombre. Je parlerais même de vulgarisation, le terme est plus approprié. Ce même nombre qui revient à une forme de matérialisation et qui est nostalgique d'une époque en achetant des meubles enfilades scandinaves vintage hors de prix. Le vinyle n'a jamais disparu pour nous. On n’a jamais été pas non plus des fétichistes de l'objet, c'est juste un médium comme un autre pour écouter cette musique qu'on défend. On en a juste rien à faire du digital, des plateformes de téléchargements, pour la simple et bonne raison, qu'on ne les utilise pas. Mais à vrai dire, j'en ai rien à cirer. Je préfère un mec qui n'achète pas de vinyle mais qui écoute sur son Smartphone Pekka Airaksinen que celui qui achète un Christine & the Queens en LP parce qu'un vinyle en 180g jaune fluo, soigneusement rangé ans un meuble impersonnel Ikea, c'est joli pour certain.

Comment vois-tu ton label par rapport à des labels comme Born Bad, Howlin Banana, Gonzai, Frantic City…? Si tu devais nous citer quelques labels qui sont des références pour toi, quelques noms ?
J'aurais tendance à retenir pour la France, Le Turc Mécanique avec lequel je me sens très proche tant sur un plan humain que sur un plan idéologique, tout comme Mon cul C'est du Tofu. Ailleurs il y a, La Vida Es un Mus (UK), Total Punk (US), Was Sol Das ? (Allemagne). Après nos références en matière de labels sont : Crypt, Goner, Vanity, Industrial, Dangerhouse, Small Wonder.


dangerrecords.bandcamp.com/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 10/02/2017

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