18/08/2017  |  4858 chroniques, 162 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 15/08/2017 à 12:36:24
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Requiem Pour Un Twister - Croque Macadam: Une affaire de famille




Les deux labels Requiem Pour Un Twister et Croque Macadam sont les « bébés » des frangins Alex et Etienne. Fans de pop, ils réalisent leurs rêves avec la création de leurs labels pour éditer les groupes et artistes qui leur donnent des frissons. Ça tombe bien, quand on écoute les disques édités depuis 2011, ça nous donne aussi des frissons sonores. A ce jour ils ont édité une trentaine de disques, tous formats (33t, 45t, CD, K7). Parmi la longue liste des artistes, il y a Triptides, Halazan Bazar, Dead Horse One, FUTURE, Venera 4.
Rencontre avec deux passionnés !



Qu’est ce qui vous a motivé à créer vos labels ? Et le choix des noms a une signification particulière ?

Etienne : Créer mon label était un rêve d’ado. Je viens originellement plutôt de la musique électronique où le label est au moins aussi important que l’artiste qui signe le disque. Dès que j’ai commencé à acheter des disques et mixer vers 16-17 ans, le label était le premier truc que tu regardais dans les boutiques où les disques sont classés par label et genre plutôt qu’artiste. Avec Alex, on adorait (toujours d’ailleurs), les Young Sinclairs, un groupe injustement méconnu et qui n’avait rien sorti depuis 2 ou 3 ans à ce moment-là. Je me suis dit que si on arrivait à les convaincre de sortir un single, ça serait l’occasion de me lancer aussi. Quant au nom, je n’ai jamais compris pourquoi Alex n’avait capitalisé sur la petite notoriété de notre blog commun Requiem Pour Un Twister, pour moi c’était une évidence, le travail de sélection, ou de la curation comme on aime dire aujourd’hui, et de rédaction est dans la continuité de celle du blog.

Alexandre : Requiem Pour Un Twister était en effet initialement le nom d'un blog (toujours en activité d'ailleurs après presque deux ans de flottement entre 2014 et 2015) que nous tenions tous les deux avec quelques copains contributeurs moins régulier. Créer un label était dans la suite logique d'écrire sur la musique dans notre envie de nous impliquer. Comme le souligne Étienne, c'était aussi pour moi un rêve d'adolescent que d'avoir un label. En 2011, j'ai eu l'opportunité de sortir le disque de mes amis des Guillotines, l'occasion idéale pour se lancer ! Ne sachant pas si Étienne me suivrait sur ce projet, j'ai créé une nouvelle entité pour l'occasion : Croque Macadam. Le nom est un hommage à la fois à Burger Records (quel serait l'équivalent français d'un hamburger si ce n'est un croque monsieur?) et il fait aussi un petit peu référence à une chanson des Guillotines (« sur le bitume »). Je n'ai pas souvenir des circonstances qui nous ont amené à choisir « Requiem Pour Un Twister » pour le blog mais c'est évidemment en lien avec la chanson de Gainsbourg que nous adorons ! En tout cas on s'est bien marré à décliner graphiquement le jeu twister dans l'apparence du blog et le premier logo du label !


Si j’ai bien compris le truc, Requiem c’est pour sortir les albums et Croque c’est pour les EP’s ? Pourquoi deux labels pour séparer les formats ?

Etienne : Au départ c’était un label chacun, pour une raison assez prosaïque, nous étions obligés d’abandonner le statut d’autoentrepreneur, nous avons donc décidé de créer une structure commune. A partir de ce moment-là, autant gérer les deux labels à deux et leur donner des fonctions différentes : à Croque les singles et à Requiem les albums et le développement d’artistes. Il n’est d’ailleurs pas dit que nous ne bougions pas encore ces lignes prochainement. Nous avons un contrat d’exclusivité avec un super distributeur qui sied très bien à Requiem et aux projets plus rassembleurs comme Dead Horse One ou Triptides mais qui limite un peu le développement des projets plus DIY où l’on a besoin de taper à plein de portes différentes et de compenser les marges microscopiques avec de la vente directe. De plus, on a envie de garder cet aspect fait maison, car c’est aussi une partie amusante du travail, ça nous ennuie de ne pas faire un projet qu’on adore sous prétexte qu’on ne peut pas en faire 500 copies ou que le potentiel commercial est réduit, d’autant que c’est le réservoir pour le reste. Donc il n’est pas dit qu’on ne sortira jamais d’album sur Croque Macadam.

Alexandre : Il est même assez probable que cela arrive bientôt ! Je pense qu'effectivement Croque Macadam aurait aujourd'hui peut-être une logique plus locale (défendre une scène, des amitiés, des connexions entre des gens que nous apprécions, aider des projets cool à se faire) quand le catalogue de Requiem Pour Un Twister nous permet d'avoir une visibilité de plus en plus importante à l'étranger et d'envisager des projets toujours plus ambitieux et qui sait ? Un jour peut être venir taquiner certains labels anglo-saxons que nous apprécions sur leur propre terrain !


Est-ce que c’est facile de gérer en famille vos labels ? C’est quoi l’avantage et l’inconvénient d’être frères pour la vie de l’assos ? Vous pouvez en quelques mots vous présenter, le rôle de chacun ?

Etienne : Bon, il faut aussi savoir que dans la vie de tous les jours, nous travaillons ensemble dans la société familiale (N.D.L.R : dans le domaine pharmaceutique). Là le gros avantage est que nous nous voyons quotidiennement et que nous avons une certaine souplesse dans notre boulot, ce qui fait que nous pouvons gérer les sujets du label au quotidien et que la communication est super facile. De l’autre côté, comme dans tous les business familiaux, bah parfois on s’engueule un peu, mais rien de bien méchant, en général, c’est moi qui m’agace de ne pas avoir reçu un texte promo en temps et en heure. La séparation du boulot est assez simple, je suis nettement plus discret et timide (et plus rigoureux peut être aussi) qu’Alexandre, à moi l’administratif, l’économique et les fabrications. A Alexandre, la communication, la promotion, les relations presse et radio. J’aurais été ravi d’avoir un deuxième frère ou une sœur pour faire la compta, parce que pour le coup, c’est vraiment la partie qu’aucun de nous deux n’aime faire.

Alexandre : Rien à ajouter ! Je confesse ne pas être le plus rigoureux de nous deux, j'ai peut-être naturellement plus de facilité à communiquer sur notre projet. Nous nous partageons bien sûr la partie la plus amusante : la direction artistique (le choix des disques à sortir). Nous avons chacun nos chouchous bien sûr mais globalement nous faisons les choix collégialement. Étienne est vraiment quelqu'un de solide pour l'économique, je pense que nous nous complétons bien et nous formons un bon duo.


Pour ceux qui ne connaissent pas vos labels, quelle couleur musicale leurs donneriez pour présenter votre catalogue ?

Etienne : Question complexe qu’on s’est souvent posée. Très sincèrement nous n’avons jamais voulu avoir une identité stylistique forte. Si tu regardes nos catalogues, ça va de la Soul au Punk en passant par le Shoegaze, le Folk Rock et la Power Pop. Nous ne voulons pas être une sorte de Sarah Records, que nous adorons les deux en passant, où le sceau du label détermine à priori le style du disque. Pour moi l’idée globale du label, c’est de sortie de la très bonne pop music au sens anglo-saxon du terme, c’est-à-dire, sortir des disques avec des bonnes chansons, un bon son et des artistes qui ont du caractère. Je m’ennuierais si je m’enfermais dans un genre.

Alexandre : Il est effectivement difficile de déterminer une couleur générale à nos sorties, parfois je pense que cela nous dessert un peu pour faire comprendre les labels. Il me semble qu'à long terme c'est cependant une qualité : faire confiance à ses goûts et se laisser porter par ceux-ci sans se soucier de l'étiquette. J'aurais tendance à dire que beaucoup de nos sorties ont en commun l'amour des années soixante mais ce n'est pas une règle absolue comme en témoigne des groupes comme Future ou Marble Arch. De manière générale, je pense que nous faisons de la « pop à guitare ». Si l'on regarde les catalogues d'un peu plus près, Croque à peut-être une orientation plus garage et punk, tandis que Requiem tire vers le shoegaze, mais ce n'est en rien une règle absolue...


Comment ce fait le choix des groupes et chanteurs ? Et quel est votre méthode de prospection ?

Etienne : Il n’y a pas de méthode prédéterminée. Ça va de la démo envoyée par un pote (Good Morning TV), au projet parallèle d’un musicien d’un groupe qu’on avait déjà signé (Cheap Riot, FUTURE), au concert (Halasan Bazar, Entracte Twist) au truc trouvé quasiment par hasard sur bandcamp (Triptides, Marble Arch). Le choix est simple, il faut que ça nous plaise beaucoup à tous les deux, même si parfois nous nous faisons des petites aventures solos, dans le sens, où il y a des groupes qui sont plus les projets d’Alex et d’autres plus les miens. Bon tous les labels te diront ça mais il y a quand même un point commun à ses groupes, ils ont une forte personnalité et proposent quelque chose de relativement unique. Je ne vois pas l’intérêt en 2017 de faire comme Ty Segall en moins bien. A moins d’être un tueur en concert et de faire des chansons qui défoncent, et même, ça sera difficile de nous convaincre. Il n’y aucun problème à avoir des influences fortes et assumées, il faut juste apporter sa touche qui fait que tu es unique.

Alexandre : Comme le souligne Etienne, pas de méthodes de prospection uniques mais une multitude de sources : bandcamp, amis et leurs amis, concerts... Le choix se fait au coup de cœur, si nous aimons la musique et que nous nous voyons la défendre et la faire connaître alors nous nous lancerons probablement (si nous en avons les moyens). Il est très important pour nous de croire à fond à tous nos projets que les artistes commencent à avoir un public qui les suit, comme ceux qui démarrent.


En plus d’éditer les disques des artistes, est ce que vous vous occupez de leurs organiser des concerts ?

Etienne : Nous l’avons un peu fait à travers l’asso Psychotic Reaction mais franchement, je n’ai pas trop la passion, ni le caractère pour ça. En plus, j’organise des soirées électroniques à côté, ça représente déjà beaucoup de travail. En plus, personnellement, j’ai tellement écumé les concerts pendant plus de 10 ans, que je suis arrivé à un moment où ça me lasse un peu, ça ne m’excite plus autant qu’avant et je préfère prendre un peu mes distances aujourd’hui plutôt que de perdre complètement le plaisir. Évidemment, on le fera ponctuellement pour des événements label mais pas de façon régulière.

Alexandre : L'organisation de concerts n'est objectivement pas notre fort même si cela peut être quelque chose de très cool pour une sortie ou mettre en avant les labels, nous le faisons d'ailleurs pour ces occasions très précises. De plus j'estime que c'est aussi de la responsabilité des groupes que de savoir s'organiser et je préfère ainsi faire confiance aux excellents organisateurs de toute la France. J'ai toujours la foi pour les concerts et je continue donc d'y aller très régulièrement ! Cela me permet ainsi de suivre certains groupes qui me plaisent et pourraient un jour nous rejoindre (s'ils le désirent évidemment). Certains concerts ont eu pour moi une importance dans ce que nous sommes aujourd'hui, je me rappellerai toujours de la release party des Spadassins à La Mécanique Ondulatoire à Paris, avec en première partie les Guillotines. La date avait lieu quelques jours après un événement important pour nous, je me posais la question de continuer le label : voir se matérialiser les disques à travers une salle pleine et d'excellentes prestations fut un moment unique et déterminant dans mon envie de continuer.


Quels sont vos rapports avec les groupes ? Vous êtes proches, limite « paternel » ou au contraire c’est relation « boulot » ? Justement avec vous les contrats c’est plutôt verbal avec poigné de main, ou par écrit en 3 exemplaires ?

Etienne : Je dirais familial sans être paternel, nous ne sommes pas du tout directif, pas assez parfois. On va intervenir si on trouve qu’un morceau est vraiment moins bon ou si la pochette proposée est moche, on va aider à faire le tracklisting. Ils ne nous écoutent pas toujours d’ailleurs. S’il faut faire une vidéo ou mettre en avant un single, là oui on va pousser le morceau qui nous semble le plus efficace. Concernant l’aspect contractuel, je ne devrais pas le crier haut et fort, mais c’est plutôt à la Tony Wilson, poignée de main. On essaye de s’y mettre doucement, car c’est une demande, tout à fait légitime, de nos artistes afin d’assurer le périmètre de notre relation. Un truc qui est sûr, avec 3-4 années de recul maintenant, je constate que les artistes avec lesquels on s’engage sur le long terme sont généralement ceux avec lesquels une vraie relation personnelle, souvent amicale s’est créée. Et finalement, je pense que c’est dans ce cadre que notre influence va avoir le plus d’impact, car, très naturellement, on va avoir à discuter du projet pendant tout le processus.

Alexandre : L'affectif est très important pour que cela continue d'être amusant et intéressant. Les labels sont de magnifiques aventures humaines et constituent même l'essence du projet au sens propre comme figuré : de l'énergie pour continuer, l'occasion de rencontre de nouvelles personnes et de découvrir de super groupes ! Même si certains de nos groupes vivent à l'étranger, nous nous parlons régulièrement par messagerie et parfois nous avons aussi l'occasion de nous voir. Ainsi Etienne est allé faire coucou à Halasan Bazar au Danemark, ils ont traîné ensemble à Christiania et fait la fête ! Nous avons aussi eu l'occasion d'accueillir certains membres de Triptides à Paris comme Glenn le chanteur et Brian le batteur, ce fut l'occasion de quelques soirées mémorables quelque part à Montrouge. Nous suivons ainsi certains groupes ou personnes depuis 5 ans ( Triptides, Antoine des Spadassins/Cheap Riot etc.) et nous espérons que cela dure ainsi encore pas mal d'années !


Avec Croque Macadam vous avez sorti de nombreux 45t. Qu’est ce qui vous plait dans ce format ?

Alexandre : Je suis très attaché à la notion de chanson, le 45T est le support roi pour défendre cela. En deux morceaux tu dois convaincre l'auditeur, l'effort est très différent d'un album où un groupe à le temps de poser une ambiance et travailler une proposition. En 7 pouces il faut aller à l'essentiel, à l'épure. Je pense que c'est aussi mon coté collectionneur / DJ qui ressort. J'ai une vraie passion pour les 45 tours qui constituent le gros de mes trouvailles. C'est sûrement un peu lié à mon amour de certains genres qui s'y prêtent particulièrement bien comme le garage, la soul, la beat, le punk etc. De manière générale je regrette que ce format soit un peu difficile à défendre de nos jours : peu de place dans les chroniques pour les formats courts, incompréhension de certains acheteurs, marges très faibles... C'est d'autant plus dommage qu'un très bon single aura toujours plus d'impact qu'un album moyen avec un ou deux très bons morceaux.


Quels sont les labels et les groupes qui vous inspires, qui vous ont donné envie de vous lancer dans l’aventure musical ? Et en France vous vous sentez proche de quel label ?

Etienne: En rock : Creation, Factory, Sarah Records, Born Bad, Rough Trade (du début), HoZac, Trouble In Mind, Captured Tracks, New Rose, Slumberland . En musiques électroniques : Trax, Nervous, Strictly Rhythm, F Comm, XL Recordings, Locked On, Rephlex. En ce moment, en France, je me sens proche de labels comme : Le Turc Mécanique, Howlin Banana , Gone With The Weed et côté electronique : D.Ko, S3A, Moonrise Hill Material, [Re]sources.

Alexandre : Nous formons effectivement une petite famille avec des labels comme Howlin' Banana, Gone With The Weed ou Le Turc Mécanique, nous avons d'ailleurs entrepris des projets communs avec ces trois labels par le passé ! Mentionnons le rôle des parrains Born Bad et Clapping Music. Soulignons en France, la vivacité de la scène et l'excellent boulot de labels comme XVIII, Juvenile Delinquent, Teenage Menopause, Camisole, Cranes, Hylé Tapes, Mauvaise Foi, Shit in Can, Steak, SDZ, Anywave, ou encore Buddy Records. En plus de la liste très complète d’Étienne, j'ajouterai côté influences : Bomp Records (LE label powerpop), BYG, Celluloïd (parmi les meilleurs labels underground français) ou encore Great Pop Supplement.


Quels sont les contraintes et avantages d’un petit label/petite structure ? Comment voyez-vous le développement de vos labels ?

Etienne : Quand j’étais ado et que je me rêvais DA de label, comme Rob Gordon dans High Fidelity (« producer for Atlantic Records 1964-1971 »), j’imaginais un peu le truc comme dans la série Vinyl, les stars du rock, les concerts, les bureaux stylés en plein Paris. Mais au final c’est nettement moins glamour et dangereux que ça, et ça me va. Le gros avantage, c’est la liberté, je ne vais pas te dire que je me fous de l’argent que rapporte un disque, mais vu que je n’ai pas l’intention d’en faire mon gagne-pain, mais le seul objectif c’est que celui qui marche paye ceux qui ne marchent pas et qu’au final, nous n’ayons pas à remettre au pot tous les ans. Quand tu tiens l’objet dans les mains, c’est vraiment une grande fierté et rien que pour la première fois où tu déchires le plastique et pose la cellule sur le disque, cela vaut toute la peine que tu t’es donnée pour faire cet objet. Les contraintes sont essentiellement les ressources financières et les ressources humaines et en France, l’accès aux subventions. Si je suis heureux de ne pas avoir trop d’objectifs financiers, cela pose malgré tout quelques problèmes, j’aimerais bien sous-traiter la comptabilité par exemple, mais je n’en ai pas les moyens. Quant à l’accès aux subventions, c’est plus pour les artistes que pour moi, j’aimerais les aider à avoir accès à cet argent pour qu’ils puissent monter des projets plus ambitieux, enregistrer dans des studios de qualités et avoir accès à des RP professionnels qui leur permettraient à terme d’arrêter de jouer dans des rades où tu es payés 50 balles et quelques bières tièdes. Nous faisons partis d’une sorte de tiers états des labels, trop petits pour avoir accès aux aides de l’Etat, qui dans le principe sont formidables, alors même que j’estime que c’est à notre niveau qu’il y a le foisonnement artistique le plus dynamique. C’est certainement un peu injuste, mais n’est-ce pas la débrouille que nous sommes le plus ingénieux et créatif ?

Alexandre : Il est parfois frustrant d'être petit car cela bloque l'accès à certains médias pour lesquels tu dois donner l'impression de ne pas être assez crédible ! Notre plafond de verre actuel c'est clairement de ne pas arriver à rentrer chez les médias généralistes fautes de contacts. Par contre remercions le boulot formidable de fanzines comme Abus Dangereux ou de certains titres de presse comme Rock & Folk qui défendent la scène actuelle ! Je ne sais pas comment seront Croque Macadam et Requiem Pour Un Twister dans quelques années, j'espère que nous continuerons à sortir d'excellents disques. Avec CroqMac j'avais fait une référence à trois chiffres (CRM001 etc.) en espérant un jour secrètement atteindre les 100, au rythme actuel (4 sorties par an en moyenne), il faudrait 20 ans, peut-être difficile à atteindre, mais ce serait un chouette objectif ! Dans tous les cas de figure si nous pouvions accompagner des groupes jusqu'à leur permettre de vivre de la musique et continuer de les suivre à ce moment là ce serait clairement une très belle réussite pour nous.


Pour la publication d’un disque, est ce que vous avez un mot à dire sur le visuel de la pochette, ou bien vous laissez carte blanche à l’artiste ? Si un visuel ne vous plait pas, comment cela se passe ?

Etienne : En général oui, la direction artistique est une question globale et l’identité visuelle y est essentielle. L’idée générale est de trouver un visuel qui convient à l’artiste et au label, nous n’imposons rien mais nous mettons notre veto si le visuel est moche. J’en ai même fait quelques-uns. Si l’artiste ne fait pas de proposition ou que nous les validons pas, nous essayons de trouver quelqu’un qui puisse proposer quelque chose qui corresponde à son identité musicale. Par contre, je ne veux pas être comme ces labels qui font des cadres, comme Sacred Bones par exemple, si ça s’envisagerait assez pour un single et ça s’envisage parfaitement en musique électronique, pour un album de musique pop, cela me semble un peu prétentieux et paresseux, il faut vraiment une identité propre en rapport avec le contenu.
Alexandre : Je ne suis pas très client non plus d'un layout décliné à l'infini pour un label de pop. Bien sûr le rendu est plutôt classe et donne tout de suite une image au label mais cela peut être écrasant pour le groupe. Nos labels doivent leur permettre de s'exprimer au plus proche de leurs envies, en gardant bien sûr un œil critique sur leur travail. Pour les pochettes, il est effectivement important qu'elles soient assez attrayantes pour attirer l’œil chez un disquaire, cependant nous n'imposons rien et discutons toujours avec les groupes. Certains groupes viennent donc avec un visuel précis (Dead Horse One, Halasan Bazar, Venera 4), d'autres nous font confiance. Ainsi tous les disques de Triptides que nous avons édités (4, bientôt 5!) ont eu des pochettes réalisés par des français sur la base de nos propositions : Etienne, Clément Bué (Agence Miracle) et Bérénice Déloire (Good Morning TV).


Avec ce « retours » aux vinyles, avez-vous aussi des difficultés pour le pressage ? Si oui combien de temps d’attente ?

Etienne : Oui un petit peu, dans certaines périodes de rush en particulier (Noël / Black Friday – Record Store Day), mais moins que beaucoup de nos relations, nous travaillons avec un prestataire qui travaille avec MPO, qui reconnaissons-le, ne surcharge pas trop ses carnets de commande et permets de conserver des délais raisonnables : entre 6 et 8 semaines pour avoir le produit fini, plus si on traîne trop à valider le test press.
Alexandre : Les délais sont effectivement plus importants que par le passé, cependant on s'adapte et ça permet aussi de mieux travailler les sorties en amont.


Comment sont perçus vos labels à l’étranger ?

Etienne : Il n’y a pas longtemps, je me suis amusé à faire une statistique très simple : presque 80 % des précommandes du Dead Horse One étaient en dehors de France. Je n’arrive pas vraiment à en déterminer les raisons, après cela dépend des artistes mais globalement largement plus de la moitié de nos ventes sont faites hors de France, pareil chez notre distributeur. Est-ce parce que nous avons un défaut de perception en France, en raison de notre approche très ouverte de la pop ? Ou est-ce le contraire, parce que nous sommes bien perçus à l’étranger ? Une chose est sûre et Alexandre t’en parlera sûrement mieux que moi, mais une bonne partie de notre stratégie promotion est orientée vers les pays anglais saxons, notamment les radios anglaises et américaines, nous en récoltons sans doute les fruits, je doute que beaucoup de labels envoient des disques promo à la BBC ou à KEXP, ce que nous faisons. Dans tous les cas, notre stratégie dès le départ était d’éviter d’être enfermer dans une chapelle ou un territoire et ainsi de construire une marque sur le long terme.

Alexandre : Je pense qu'aujourd'hui on manque d'une certaine visibilité en France, paradoxalement je crois que Croque Macadam est peut-être un peu plus reconnu ici que Requiem Pour Un Twister. À l'étranger c'est difficile de déterminer notre niveau de reconnaissance mais comme le souligne Etienne, notre stratégie « active » vis à vis des radios donne des résultats étonnants et on ne peut qu'être fier qu'en des morceaux chantés en français passent sur KEXP ou qu'un groupe originaire de Lyon soit dans une des meilleures émissions de la BBC 6 ! De manière général, nous avons globalement pas mal de chroniques à l'étranger, y compris parfois dans la presse (Maximum R&R, Shindig) cependant comme en France, on touche parfois le plafond de verre quand il s'agit de médias plus grand public comme Pitchfork.


Est-ce que vous jouez de la musique ? Avez-vous fait parti d’un groupe ?

Etienne: Je viens d’abord de la musique électronique, donc c’est le mode d’expression vers lequel je me suis orienté le plus naturellement, d’autant que je ne sais pas vraiment jouer d’instrument et que je ne suis pas assez geek pour apprendre. En plus, j’ai toujours eu le sentiment que si je faisais du rock, j’aurais eu cette tendance à faire une musique trop érudite, trop savante, trop tributaire de mes références et conceptuelle, un truc chiant, sérieux et qui manque de spontanéité. En revanche, j’ai une approche très ludique avec la musique électronique et ça m’amuse toujours beaucoup. Je mixe et compose sous le nom de Hybu depuis une dizaine d’année, je ne devrais pas tarder à lancer un ou plusieurs alias car je commence à me sentir enfermer par mon premier nom de scène et j’aimerais enfin partager les autres voies que j’explore depuis quelques années.

Alexandre : Je fais un peu de musique avec des membres des Guillotines et Pain Dimension, peut-être que nous sortirons un jour quelque chose ! De manière général je n'ai pas de formation particulière mais je m'amuse beaucoup avec quelques synthétiseurs et boîtes à rythmes. J'essaie aussi de faire de la musique improvisée dans le style Berlin School mais un peu plus rythmée.


Dans vos rêves les plus fous, quel artiste aimeriez-vous signer ? Quel est le disque culte que vous auriez aimé sortir ?

Alexandre : En terme de disques cultes mon choix se porteraient certainement sur des simples de groupes emblématiques français comme les Olivensteins, les Coronados ou Marie et les Garçons. J'ai un véritable attachement pour la langue française dans le rock. J'ai eu une révélation il y a une dizaine d'années en écoutant Dutronc, les 5 Gentlemen ou les Lutins. Le français donne une proximité à la musique que je n'avais pas l'habitude d'avoir en écoutant les groupes anglo-saxons. Cela a radicalement changé ma façon de voir les choses, du coup je suis très heureux de pouvoir défendre des projets en français même si la musique reste la priorité à mes yeux et que la langue ne dictera jamais nos choix. Je n'ai que très peu de regrets d'artistes que nous aurions aimé faire : les rares qui nous ont échappé étaient déjà trop « gros » pour nous à ce moment là. L'essentiel est de se concentrer sur ceux qui font parti de l'aventure et qui ont encore beaucoup de choses à dire !



requiempouruntwister.bandcamp.com/
www.requiempouruntwister.com/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
interview publiée le 17/05/2017

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