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Kandid

Clermont-Ferrand
30 janvier 2004

Après avoir écumé pendant deux ans le circuit folk de Manchester, le jeune Auvergnat Nicolas Driot est revenu sur ses terres natales pour continuer à développer son projet chanson/pop, Kandid. Sur la foi d’une prometteuse démo, il a réussi à faire des premières parties de Raphaël à Montpellier et Clermont-Ferrand et du groupe Kaolin sur les dix dates du 63 tour . Cette première grande tournée - qui prendra fin avec le concert du 25 mars 2004 à la Boule Noire à Paris - lui a permis d’écumer l’Auvergne avec ses musiciens. Cette "mission" accomplie, il sera alors temps de concrétiser l’enregistrement de quelques titres pour trouver un label sensible à ses chansons attachantes, tout en continuant à tourner inlassablement… Rencontre avec Nicolas Driot dans un bar clermontois bruyant et rock 'n' roll comme on les aime :

Comment se sont passés tes débuts ?
Nicolas Driot : « En fait, cela a commencé il y a deux ans en Angleterre, à Manchester, j’ai passé 4 années là-bas. J’ai fait une école de musiques actuelles pendant les 2 premières années de mon séjour. La troisième année, c’était la fin des études ; j’ai hésité à rentrer puis je me suis dit que j’allais prolonger d’une année pour faire un groupe. J’ai bossé à côté à mi-temps et j’ai monté le groupe par petites annonces. Il y a d’abord eu un bassiste anglais qui est resté jusqu’à l’été 2003, puis Zermena Frith - ma violoncelliste actuelle qui est lituanienne - nous a rejoints. C’était le noyau du groupe, puis la deuxième année un violoniste a joué avec nous, il est resté en Angleterre, comme le premier bassiste… A cette époque, j’ai également enregistré un CD single, sans le groupe, avec des gens que j’avais rencontré dans mon école, ça remonte à trois ans, il s’appelle Têtes, produit par RF Records, un petit label indépendant fondé par des anciens étudiants de mon école.

Tu avais déjà des titres en français et en anglais dans ton répertoire?
C’était 50/50 je pense… C’était plus mélangé, je me suis remis à écrire en français en Angleterre, avant ce que je écrivais était plutôt pop et en anglais, c’est d’ailleurs pour ça que j’étais attiré par Manchester… Je suis revenu au français, peut être pour me démarquer un peu plus là bas, c’est sans doute aussi une question d’identité..

Tu te produisais où en Angleterre ?
Je n’ai pas fait grand chose comme concerts prestigieux, je me produisais surtout dans les bars. J’ai écumé tout le réseau folk acoustique de Manchester. J’ai d’abord joué en solo puis j’en ai eu marre d’être tout seul, j’ai monté un groupe pour pouvoir jouer live ce que j’avais écrit.

Quand es-tu revenu en France ?
C’est assez récent, ça date du mois de juin 2003. Je suis rentré le 25 juin, on avait une série de concerts deux jours après… On a fait une mini tournée en Auvergne avec la violoncelliste et le violoniste, c’est là que le bassiste actuel Michael Piroux est arrivé…

Lors de ton passage à Manchester, as-tu été marqué par des groupes en particulier ?
Pas tant que ça finalement… Je suis allé à Manchester pour prendre l’air, pour ne pas faire le service militaire et j’ai découvert l’école sur place. Je suis allé là bas pour la réputation ; j’ai été bercé par les Beatles etc. : Manchester, Liverpool, c’est un peu le berceau de la musique que j’aime. Cette effervescence musicale, c’est ce qui m’a attiré ! La nouvelle scène pop - Oasis etc. - je n’ai jamais vraiment beaucoup accroché. J’ai plus été influencé par Jeff Buckley, Radiohead et Tom McRae que j’ai vu là bas à Manchester.

Quand tu as commencé à jouer de la guitare et à chanter, qu’est ce que tu écoutais ?
J’ai commencé par faire de la batterie pendant trois ans. Mes parents m’ont « forcé » à faire de la musique, je les en remercie d’ailleurs en général, même si parfois j’aimerais avoir une vie plus normale… mais cette vie a quand même de bons côtés ! J’ai choisi la guitare parce que j’avais envie d’être devant la scène, pas caché derrière les cymbales. Le chant, c’est venu naturellement, ça allait de soi dès que j’ai commencé à gratouiller deux trois accords…. Je suis tombé dans les vinyles de mes parents (Beatles, Rolling Stones, Simon and Garfunkel, Pink Floyd) quand j’avais onze ans, ça m’a sans doute poussé à jouer de la guitare.

Ta musique peut prendre les atours de la pop anglaise mais aussi de la chanson française, qu’est-ce qui t’as influencé en France ?
Il y en a beaucoup : Dominique A, Mathieu Boogaerts, j’aime beaucoup le côte chansonnette, les textes de Jean-Louis Murat et sa voix, un peu après je suis revenu à Brassens et Brel.

Y-a-t’il des gens dont tu te sens proches musicalement ?
Il y a pas mal d’artistes que j’apprécie, après je ne sais pas s’ils m’ont vraiment influencé. En tout cas, j’écoute beaucoup Keziah Jones, Ben Harper et Tracy Chapman, j’aime bien les voix black.

Il semble que tu n’aies pas envie de choisir entre les deux facettes de Kandid ?
Oui, j’ai envie de laisser les portes ouvertes et de varier les plaisirs, cela n’a rien à voir de chanter en anglais et en français. Je pense quand même que la dominante va être française puisque j’ai l’impression que c’est ce qui marche le mieux ici ; la plupart des gens préfèrent les textes en français, il y a moins de barrières. C’est donc plus direct et c’est ça que j’aime bien.

Les textes ont l’air importants dans ta démarche, que cherches-tu à faire passer ?
Ce que je fais est vraiment basé sur le texte et l’émotion. J’essaye vraiment de ressentir ce que je chante, tant mieux si après les gens le ressentent aussi. En général, c’est la cas, même si au départ ce sont mes émotions… Les textes sont liés à ce que je vis ou à ce que j’ai vécu. Je n’essaye pas de faire mon autobiographie mais c’est un peu thérapeutique comme beaucoup de gens : ça m’a permis d’évacuer des choses, sans m’apitoyer sur mon sort non plus…

Abordes-tu des thèmes plus intimes dans les textes en anglais ? Des choses que tu ne pourrais pas exprimer en français…
Non, ce n’est pas plus intime, c’est aussi intime… Mais pour moi désormais, c’est plus facile de transcrire mes émotions en français. Même si j’ai passé quatre ans là bas et si je maîtrise bien l’anglais, ce n’est pas ma langue maternelle ; j’arrive à exprimer plus de choses et à mieux jouer avec les mots en français. Ce que j’aime avec l’anglais, c’est que ça permet d’utiliser un plus grand registre dans la voix. Le français a tendance à réduire un peu la tessiture.

Lors de ton concert à Clermont-Fd en première partie de Raphaël - devant plus de 1000 personnes -, j’avais été très surpris par l’accueil enthousiaste et chaleureux que les gens t’avaient réservé, j’imagine que ça t’a étonné aussi, non ?
Ouais, tu m’étonnes ! On avait eu à peu près le même accueil deux semaines avant à Montpellier, toujours en première partie de Raphaël… C’était notre premier concert en première partie de quelqu’un, on hallucinait un peu car en peu de temps, on passait de concert devant 50 personnes à de grandes salles ! Si l’accueil est toujours comme ça je veux bien faire toute la tournée de Raphaël, même si je ne suis pas très fan de ce qu’il fait. ça fait vachement de bien l’ego, et c’est très encourageant ! C’est intéressant de voir qu’on passe aussi bien auprès de publics jeunes que des publics de la génération de mes parents…

Jusque-là tu ne proposes au public qu’une démo à la fin des concerts, as-tu un enregistrement en prévision ?
On va essayer de faire un cd six titres en autoproduction, on s’en servira pour le démarchage des labels. On n’a pas encore décidé quels morceaux on mettra dessus , mais il y a des chances pour qu’on retrouve le côté chanson et le côte pop.

Le 63 tour avec Kaolin, c’est une bonne occasion de te faire connaître ?
Oui, c’est bien et en plus ça s’enchaîne, il aurait été un peu dommage qu’il n’y ait rien après le Big Jama (NDR ; tremplin régional pour les jeunes groupes). Du point de vue de la promo, c’est assez génial comme opportunité. On va sans doute prêter notre violoncelliste au groupe Kaolin pour les dates acoustiques. J’ai découvert Kaolin avec le morceau sur la compile Auvergne Unité Musicale 2004 (où je figure aussi) et après, on les avait vu jouer quelques morceaux pendant leur résidence à la Coopérative de Mai. Je connais moins leur côté rock, j’ai surtout vu ce qu’ils font en acoustique. Humainement, ils sont super sympa…

Tu vas rejouer à domicile à Brioude pour le 63 tour, ça te fait quoi ?
Maintenant j’habite à Clermont, mais avant j’habitais un petit village de 15 habitants près de Brioude. Pour mon concert, il y aura sans doute ma famille comme à chaque fois ! On y a déjà joué pour le Big Jama en novembre en acoustique, j’ai revu des gens que je n’avais pas vu depuis le lycée, c’est sympa. Mais bon, on n’a jamais été prophètes en notre pays…

Comme le groupe s’entend bien, allez vous travailler ensemble pour composer ?
De plus en plus, ça tend à devenir un vrai groupe au point de vue des arrangements, même si j’apporte toujours la base des chansons.

Le début de vos concerts est assez surprenant : cette partie de violoncelle en solo tranche avec ce qui suit…
Oui, il n’y a que ça que je n’ai pas écrit, Zermena - la violoncelliste - a trouvé ça lors d’une répétition et j’ai bien aimé, on n’a gardé que le début car le morceau était long. J’aimais bien cette vision d’elle commençant le concert seule sous les projecteurs, elle a un côté charismatique.

Certains arrangements de cordes me font penser à ceux qui figurent sur les disques de Nick Drake, est-ce que c’est quelqu’un que tu as écouté ?
Je l’ai écouté un petit peu, j’aime bien, mais je ne dirais pas que c’est une des mes influences principales. J’évite de trop écouter Nick Drake car après je suis déprimé sur mon jeu de guitare (rires) !

La formule à trois musiciens sur scène te convient ou tu voudrais l’étoffer ?
Dans l’immédiat, je pense qu’on va rester à trois, mais c’est vrai que le violoniste manque un petit peu pour certains morceaux : il y avait un jeu entre le violoncelle et le violon qui était intéressant. On aura ça sur le disque je pense, cela permettra d’obtenir un résultat un peu plus produit.

Quelle est la direction musicale vers laquelle tu veux t’orienter pour la suite ?
Dans l’absolu, j’aimerais bien travailler avec Renaud Letang mais j’essaye de procéder par étapes ; il y a encore une énorme masse de travail à faire, c’en est même parfois décourageant… Pour le moment, on commence à tourner pas mal, il fait vraiment qu’on ait un support C.D. et qu’on démarche les labels.

Pour tes premiers enregistrements, tu avais utilisé des machines, aimerais-tu renouveler l’expérience électro ?
Oui, j’aimerais bien, à l’occasion. Quand on l’a fait ce n’est pas moi qui m’occupais de la programmation, je n’avais pas les compétences. Ça m’intéresserait de faire d'autres collaborations, je l’ai d'ailleurs plus ou moins fait avec un artiste parisien - Ali Plays -, je lui ai filé le texte d’une des chansons et sans connaître le morceau, il s’est servi de mon texte pour faire un truc assez différent… J’aime bien voir ce que les gens peuvent faire avec mes chansons. Je ne sais pas si je ferais ce genre de truc en parallèle ou si je mélangerais l’électro avec Kandid, mais je pense que ça se fera… »

(Photos : Jean-Pascal Blache)

www.kandid-music.com

auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 24/03/2004

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