23/02/2020  |  5313 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/02/2020 à 15:55:31
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Syd Matters

Entretien réalisé par téléphone
mars 2004

Il ne sera bientôt plus nécessaire de traverser la Manche ou l’Atlantique pour débusquer des musiciens visionnaires et originaux.
Avec son premier album, A Whisper & A Sigh (V2 Music), Jonathan Morali alias Syd Matters nous offre une œuvre baroque et lunaire, qui perpétue les instants de grâce de Robert Wyatt, Donovan et autre Grandaddy. Foutraque se devait de discuter avec ce jeune parisien de 23 ans, histoire d’en savoir plus…

Foutraque: Premièrement, es-tu satisfait de la production de ton nouvel album ? Je te pose la question car ton univers sonore est très "luxuriant", repose beaucoup sur les ambiances, et j’ai l’impression que tu n’as peut-être pas eu les moyens de tes ambitions…
Jonathan: En fait, je ne suis pas un fou de production, donc je n’avais pas d’idées bien arrêtées pour mes chansons. Effectivement, je n’avais pas beaucoup de moyens pour produire l’album, mais malgré tout, je ne sais pas si j’aurais fait les choses autrement si mes moyens avaient été plus conséquents…Je ne me suis pas trop posé de questions et en fait, je suis plutôt satisfait du résultat.

Quand tu as abordé la conception de ce premier disque, tu es parti dans la démarche de proposer un univers musical le plus personnel possible, ou au contraire, tu n’as pas hésité à "puiser" au gré de tes multiples influences ?
En fait, quand j’ai commencé à composer et à enregistrer des chansons c’était uniquement pour moi et dans ma chambre. Donc, encore une fois, je ne me suis pas du tout posé la question. Je n’ai pas essayé de cacher mes influences ou tenté d’avoir un son personnel. Je préfère essayer de faire les choses spontanément et ne pas avoir une démarche trop réfléchie…

On sent au niveau des visuels du disque que tu as voulu te rapprocher d’une imagerie très proche de l’univers psychédélique, voire progressif.  C’est une démarche de ton fait, ou tu as laissé libre cours à l’inspiration d’un illustrateur ?
Oui, c’est un graphiste qui s’appelle Jean-Michel Tixier qui a proposé cet univers. Je lui ai simplement envoyé une démo et à partir de ça, c’est lui qui a "pensé" tous les visuels. La seule chose que je voulais, c’est que ce soit quelque chose de peint ou de dessiné, et de préférence un paysage. Quand on écoute ma musique, on peut la trouver très "visuelle", donc c’est important pour moi de donner "des visions" aux auditeurs, et qu’ils ne voient pas simplement qu’un "mec" dans un studio avec sa guitare…

Comment as-tu vécu et ressenti ta victoire au concours des Inrockuptibles CQFD 2003 ? Tu t’es dit: "je suis l’élu" ou plutôt "j’ai une chance incroyable" ?
J’étais très content et je crois que je n’ai pas encore eu le temps de bien réaliser, dans le sens ou on a eu beaucoup de boulot depuis maintenant 1 an et demi. Une ou deux fois, je me suis dit: "Tiens, c’est chouette quand même d’avoir gagné", ça veut dire que ça peut plaire et que je ne me suis pas trop trompé de voie. Mais pour moi, ce fut surtout une opportunité pour trouver des dates de concerts plus facilement, et de faire connaître ma musique plus rapidement. Donc, ça a vraiment eu l’effet d’un accélérateur… Comme j’avais finalisé beaucoup de titres en "home-studio", cela a permis de sortir rapidement un mini-album et l’album juste après ma victoire.

Ton univers musical est "furieusement" anglo-saxon…Est-ce que malgré tout, la chanson française et la pop "made in France" ont compté d’une manière ou d’une autre dans ton éducation musicale ?
Je crois pas….je n’ai absolument rien contre la pop en français, bien au contraire. J’ai juste l’impression que c’est une autre discipline, une autre façon de composer, de chanter, de dire les choses. Je n’ai pas écouté beaucoup de musiques francophones, donc on peut difficilement dire que ce fut une influence pour moi. Les artistes français que j’apprécie sont à des centaines de kilomètres de ma propre musique, comme Jacques Brel… Quand j’écoute de la chanson française, c’est vraiment en tant qu’auditeur, et non en tant que musicien qui pourrait en soutirer une quelconque influence.

J’ai pu lire que tu étais un grand amateur de Pink Floyd. Comme le "bon goût journalistique" veut que l’on soit amateur de la période Syd Barrett et que l’on conspue les périodes Waters et Gilmour, je voulais avoir ton sentiment et ta position sur le sujet…
Déjà, je pense que c’est un peu exagéré de parler de "période Barrett", vu qu’il a participé uniquement au premier album (The Piper At The Gates Of Dawn, 1967), et qu’en plus, ce n’est pas forcément le meilleur…Mais le fait que j’aie choisi le nom de Syd Matters pour ce projet est en quelque sorte une forme d’hommage que j’ai voulu lui rendre, et souligner l’influence qu’il a eu dans l’œuvre du Floyd. Même sur les albums où il ne joue pas il reste "présent" malgré tout, la plupart des thèmes tournant autour de lui… il est vraiment le "moteur" de toute leur œuvre. Pour ce qui est de mes préférences dans leur discographie, cela va du second album (A Saucerful Of Secrets, 1968) à juste avant Dark Side Of The Moon (c’est à dire Obscured By Clouds, 1972). Après, je suis moins fan…

Je te sais également grand fan de folk-music….Tu es plutôt "vieille garde sixties", style Nick Drake, Léonard Cohen, ou plutôt "branché" par la nouvelle génération "néo-folk", Will Oldham, Smog ou Hayden ?
J’ai envie de dire les deux. C’est vrai que j’ai une culture musicale qui fait que je suis plus fan de Nick Drake, Léonard Cohen ou Donovan, des gens des sixties/seventies…Mais après, tout le courant qui a été bizarrement catalogué comme "lo-fi", Will Oldham et consorts, c’est aussi une musique qui me plaît dans le sens ou, comme dans les années 60/70, leur "songwriting" repose uniquement sur une guitare et une voix. Ils mettent la composition en valeur, en l’assumant, sans la cacher sous une tonne de production. C’est ce que je reproche un peu au son de "Versailles", d’avoir une approche de la musique trop "technique" au niveau du son, des instruments. Ce que j’aime dans la folk, c’est que si la chanson est bonne, c’est pour elle-même, et non pas parce que le chant est parfait ou que la production est "clinquante".

Tu t’apprêtes à faire une tournée en commun avec le groupe electro Mellow… C’est dans le but de proposer un "plateau" à la fois éclectique et cohérent, ou c’est plus simplement l’initiative d’un promoteur de concerts ?
Non, en fait c’est un projet que j’ai pensé en commun avec mon label (Third Side Records), auquel je suis très lié. Mellow est un groupe qu’on adore, et au niveau musical, on a pensé que le rapprochement pouvait être intéressant, car nos univers ne sont pas si éloignés. C’est vraiment une démarche pour la qualité artistique du "truc", plus que pour associer 2 groupes qui pourraient éventuellement drainer le même public. Comme on ne fait pas ça pour l’argent, il faut vraiment que le projet nous plaise, et que l’on se sente à l’aise avec lui.

www.sydmatters.com/

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
interview publiée le 31/03/2004

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