23/02/2020  |  5313 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/02/2020 à 15:55:31
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Albin de la Simone

Toulouse
23 avril 2004

Dans la catégorie "bricoleur de talent de la nouvelle chanson française", Albin de la Simone est en passe de concurrencer le génial Mathieu Boogaerts.
Avec un premier album sous le bras qui fait figure d'ovni sonore, en mélangeant de manière iconoclaste esprit "lo-fi", textes surréalistes (Salvador Dali n'est pas loin), et musique " chanson/jazz", cet ancien collaborateur d'Alain Souchon fait déjà figure de révélation (Albin de la Simone, sorti chez Virgin). C'est dans une loge exiguë de la FNAC Wilson, et à quelques heures de son showcase en compagnie de Jeanne Cherhal et Vincent Delerm, qu'Albin nous reçoit pour une discussion courtoise et passionnée.

Foutraque : Tes chansons ont un petit côté "bricolage", dans le sens où on les sent volontairement non-abouties, un peu bancales…un peu à la manière des premières chansons de Mathieu Boogaerts ou Dominique A. Est-ce que c'est ta manière de t'inscrire dans une certaine tradition de la "chanson française minimaliste", ou plus simplement, c'est pour toi la seule manière de procéder ?
Albin de la Simone : Je suis sensible aux noms que tu as cités, Dominique A et Mathieu Boogaerts, car ce sont des artistes que je respecte à fond… Mais je n'ai pas spécialement souhaité que mon disque sonne comme ça, ce n'était pas une volonté délibérée. Par contre, c'est sûrement lié à la manière dont j'ai commencé à le réaliser, c'est à dire tout seul dans mon coin, en le bricolant sur mon ordinateur portable dans des chambres d'hôtels, pendant que j'étais en tournée avec Alain Souchon. Puis après, on a terminé tout ça dans un vrai studio, mais le disque garde malgré tout cette atmosphère "fait à la maison". Et à la limite tant mieux…

Avant d'œuvrer dans la chanson française, tu étais dans l'univers du jazz… Est-ce que ce passé musical t'a apporté quelque chose dans ta manière d'appréhender la composition de tes chansons ?
Oui, sûrement, et je vois déjà 2 réponses à ça. Harmoniquement, le jazz est une musique qui cherche et qui a trouvé beaucoup d'ouvertures. Donc, quand on passe par le jazz, on se cultive harmoniquement, car c'est un domaine que l'on doit forcément travailler. C'est pour ça que mes chansons comportent sans doute plus d'accords que si je venais du rock, sans vouloir paraître péjoratif… D'autre part, un des éléments essentiels du jazz c'est l'improvisation, qui permet une remise en question permanente. C'est vraiment un "esprit" que j'essaye de conserver, de laisser les choses assez ouvertes, en faisant par exemple un concert d'une certaine manière, et très différent le soir d'après.

Peux-tu nous raconter comment tu as été amené à faire ces duos avec Feist et Alain Souchon sur ton album ? C'est le fruit de rencontres impromptues en studio ? Une réelle envie de ta part ?
C'est une vraie envie, parce que c'est 2 personnes que j'adore. Feist, je l'ai rencontrée très récemment par l'intermédiaire de Renaud Letang, qui est la personne qui a mixé mon disque. Comme il travaille également avec Gonzales et Feist, il a fait les présentations. Or, il s'avère qu'elle avait entendu une chanson à moi qu'elle avait bien aimée, j'ai osé lui demander sa participation sur un des titres, ce qu'elle a tout de suite accepté. Pour Souchon, c'est vraiment un "amour d'enfance", j'avais ses disques à la maison, et on l'écoutait beaucoup ma sœur et moi. Quand j'ai commencé à travailler avec lui sur scène et en studio, ce fût vraiment la réalisation d'un rêve. Donc autant pousser le rêve encore plus loin, vu qu'on s'entendait bien, et qu'on se marrait bien ensemble. Il a été tout de suite hyper-partant, même vu le sujet de la chanson qui est quand même un tout petit peu provoc' (Patricia)… Mais lui, ça le faisait rire autant que moi donc voilà…c'est quelqu'un de vachement ouvert, donc il n'y a pas eu de problèmes. En tout cas, j'ai eu un bol fou, et je suis très heureux de ça !

Tes textes sont assez surréalistes, assez déconnectés de la réalité. Est-ce que le contexte actuel, qui est très noir socialement et politiquement parlant, pourrait t'inciter à écrire des textes plus engagés, plus ancrés dans le réel ?
Non, franchement, je ne fais pas de la chanson pour ça. Il y a des gens qui le font, et vraiment je les respecte et je les admire beaucoup… Par ailleurs, je suis très concerné par ça dans ma vie, mais pour autant, je n'ai pas envie d'en faire des chansons… Pour ce qui est du "ancrés dans le réel", ce n'est pas encore ça, car je suis obligé de faire des efforts pour rendre mes chansons datables par le texte, ou situable géographiquement. Par contre, une chanson comme Quand j'aurai du temps, je voulais qu'elle soit crédible, réelle. Donc, je parle d'e-mail, de boire du thé, de parties de quilles… Mais quand je parle de piranhas dans mon appartement (en référence au titre Piranhas sur l'album), je n'ai pas envie que l'auditeur sache où ça se passe, quand ça se passe… c'est un truc plus mental que ça.

J'ai trouvé la pochette de l'album pas forcément très engageante, un peu austère, et pas forcément révélatrice du contenu de l'album ? A une époque où les gens sont de plus en plus regardants avant d'acheter un disque, tu n'as pas peur d'avoir perdu des "acheteurs" potentiels avec ce drôle de visuel ?
Peut-être, je sais pas du tout. Il y a des gens qui me disent adorer cette pochette, d'autres qui me disent ne pas l'aimer, des personnes comme toi qui pensent qu'elle ne sert pas le contenu de l'album, mais ça, je ne m'en rends pas trop compte… Moi, elle me plait parce-qu'elle est ambiguë, on ne sait pas trop si c'est pour rire ou pas, si c'est drôle ou dramatique, frimeur ou inconscient…C'est vraiment une photo qui est arrivée par hasard lors de sa réalisation. Le photographe m'a proposé de mettre un peu de maquillage, et quand j'ai vu le résultat, j'ai trouvé ça très efficace graphiquement parlant, simple, repérable. Après, je n'ai pas ressenti le manque d'adéquation entre la pochette et le disque, mais si tu le ressens, ça doit bien exister.

J'aimerais avoir ton avis sur le succès que rencontre actuellement ton "collègue" Vincent Delerm… Certains estiment qu'il "vampirise" en terme de vente et de visibilité les autres chanteurs de la "nouvelle chanson française", d'autres qu'il fait office de "vitrine promotionnelle"… Tu te situes dans quel "camp" ?
Si c'est pas lui qui "vampirise" c'est Star Academy, donc je suis archi-ravi que ça soit lui ! Ou -M- d'ailleurs… Ce sont 2 artistes que je respecte totalement, et qui atteignent les premières places des top-albums. Je trouve ça très encourageant pour nous au contraire, ça veut dire qu'il y a un public pour écouter des chansons à textes, des chansons sans cynisme, sans frime… "Une vitrine", je ne sais pas, mais plutôt un courant positif qui tire tout le monde vers le haut. Puis concrètement, le fait qu'il soit là ce soir avec Jeanne et moi, ça nous offre quelque-chose (plus de public…) auquel on a pas forcément accès en temps normal, donc directement, c'est une aide géniale pour nous.

Quelques mots sur ta jolie reprise d'Amour, amitié de Perre Vassiliu… C'est par soucis d'être "hype" (humour…) ou rendre hommage à un chanteur que tu aimes bien ?
J'aime beaucoup Vassiliu, je l'écoutais quand j'étais petit, et je l'ai rencontré il y a une dizaine d'années, car j'accompagnais une chanteuse qui faisait sa première partie. Je restais tous les soirs pour l'entendre jouer cette chanson-là, alors que je connaissais le concert par cœur ! Mais j'adorais cette chanson, et le jour où j'ai commencé à écrire mes propres titres et à chanter, je me suis dit que ce serait vraiment génial d'en faire une reprise. Elle me convient, elle me plaît, je trouve qu'elle me correspond, et elle parle de quelque-chose qui me préoccupe. Puis le côté "hype", oui bien sûr, c'est un peu snob de se dire "je trouve une chanson qu'on connaît pas bien, et je la remets au goût du jour", mais en même temps, je trouve qu'il vaut mieux ça qu'une chanson qu'on connaît déjà tous. Elle est parfaite pour ça, elle est un peu inconnue donc je peux la faire redécouvrir.

Il y a quelques mois, tu as fait une tournée commune avec Julie Delpy, Pascal Parisot et Thierry Stremler. Est-ce que tu peux nous livrer quelques impressions sur cette expérience ? Est-ce que le public avait répondu présent ?
Alors dans l'ordre, mes impressions par rapport à ça, c'est que c'était super, c'était très drôle, on a commencé à se "mélanger" au fur et à mesure des dates, à jouer les uns avec les autres, et qu'on se marrait bien. C'est quelque chose que j'exploite le plus souvent possible, de partager avec d'autres chanteurs qui sont musiciens aussi, d'essayer de bricoler des choses spécifiques pour une période donnée ou pour un concert. C'est ce qu'on fait en ce moment avec Vincent et Jeanne. On profite d'être musicien pour s'adapter les uns aux autres. J'ai fait ça récemment avec Sébastien Martel, Bastien Lallemant et Cali. C'est vraiment des super-expériences, où on profite d'un "truc" et le public aussi, puisque c'est forcément des moments uniques. Donc cette tournée était un prémisse de cette manière de faire, et maintenant, dès que j'en ai l'occasion, je propose aux autres de se "mélanger". Par contre, ce ne fût pas une réussite en terme de fréquentation, vu que les salles étaient à chaque fois à moitié vides…La faute selon moi à un manque total de promotion autour de l'événement… Vraiment dommage.

www.albindelasimone.com/

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
interview publiée le 07/05/2004

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