23/02/2020  |  5313 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/02/2020 à 15:55:31
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Bikini Machine

La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand
mars 2004

Le groupe rennais Bikini Machine s’apprête à prolonger une tournée qui semble ne pas devoir connaître de fin par une visite des festivals en juillet 2004… Un occasion de revenir avec Frédéric Gransart (chant, batterie, claviers etc) sur le parcours du combo électro garage depuis la sortie du disque - l’excellent disque An Introduction to Bikini machine - et ses concerts (Efferv’Essonne 2003, Volcaniques de mars 2004 et Printemps de Bourges 2004) dont on sort lessivé mais heureux… Rencontre à la Coopérative de Mai avec l’ex batteur des Skippies, un trentenaire cultivé, ouvert, curieux, passionné et … passionnant !

Pour commencer, peux-tu évoquer en quelques mots l’histoire de Bikini Machine ?
Frédéric Gransart : « En fait, l’histoire de Bikini Machine est liée à deux autres formations : il y a trois personnes du groupe qui étaient membres des Skippies (on faisait de la pop/punk au sens large) et deux autres qui viennent d’un combo rennais qui s’appelait Terminal Buzz Bomb (c’était du punk avec déjà un peu d’électronique dedans). Terminal Buzz Bomb a publié un 4 titres sur BMG puis a splitté… Au début de Bikini Machine, on était trois (les 3 ex Skippies), chacun vaquait à ses occupations, on se retrouvait presque trimestriellement pour faire du bidouillage sans trop savoir où on allait. On faisait marcher nos vieux orgues Farfisa parce que la plupart d’entre nous a bien kiffé sur les sixties, que ce soit le rock, la soul ou le surf, tout en écoutant l’électro des années 90. Il y a un côté très permissif dans les mélanges qu’on expérimentait ; on avait des morceaux qui lorgnaient aussi bien sur le jazz ou la drum ‘n bass que sur le rock garage. Ça partait donc un peu dans tous les sens. On aimait bien Bentley Rhythm Ace quand c’est sorti, on trouvait ça super frais. On appréciait également beaucoup les bidouillages de Money Mark et les instrumentaux des Beastie Boys. Conjointement, on furetait les disques de musiques de films depuis pas mal de temps comme de nombreux musiciens de notre génération. C’est dans un univers comme ça, entre bidouille et laboratoire, qu’on a démarré.

Dès vos premiers titres ensemble et vos premières prestations live, il y avait cet esprit de mélanges tous azimuts ?
Oui, on avait fait un quatre titres tout au début (il y a quatre ans, en 1999/2000) et les sons étaient déjà dans cet esprit là. C’est sur scène qu’on s’est rendus compte que le côté rock ‘n roll était très présent, plus que sur disque en fait.

Comment avez-vous signé avec le label bordelais Platinum records ?
On a démarché les labels, et c’étaient eux les plus enthousiastes, tout simplement. Ils étaient dans une veine métissage, électro/pop, électro /rock, ça nous convenait. Grâce au succès d’estime de Rubin Steiner, c’est une structure qui se débrouille. En plus ils sont distribués nationalement, on a donc signé avec eux.

Comment ça se passe quand on sort un album en 2003 sans chanter en français ?
C’est très dur ! Les Skippies avait quand même marché à l’époque, on avait fait 10 000 ventes en tout avec les deux albums plus le maxi… C’était super correct. On s’est rendus compte que la période était difficile, en dix ans les références ont triplé chez les disquaires, ce n’est donc pas évident de se faire remarquer. Pour l’instant, on est à l’affiche de beaucoup de festivals, les programmateurs ont apprécié notre musique mais l’album ne se vend pas énormément…

Vous écoutez tous des musiques très diverses, comment procédez-vous pour composer vos morceaux ?
Dans l’album, certains morceaux ont été signés à cinq, d’autres à trois, à deux, ça dépend… On compose assez rarement à 5 mais ça arrive, c’est un labo, depuis le temps qu’on joue, on a pas mal de matériel aussi bien d’enregistrement numérique qu’analogique. On possède plein de vieux claviers, on aime bien bosser en studio sur les textures sonores.

Y-a-t-il actuellement des groupes dont vous vous sentez proches ?
Même si on ne fait pas particulièrement un truc d’avant garde, on n’a pas vraiment rencontré des gens qui font la même musique que nous… Ceux qui vont partager une partie de notre culture musicale, ça va être certainement le rock garage ou les DJ qui mixent du groove au sens large. On a tourné pas mal avec AS Dragon, un groupe plus rock qui a également des influences sixties… Sinon, dans les rencontres on est plus attachés au facteur humain que musical. Je n’ai pas été vraiment touché par la vague des groupes en « The » comme dit la presse même si je trouve que certains sont vraiment talentueux. Sinon, j’aime beaucoup DJ Shadow, il est très doué ! Je vois une affiche de Belle & Sebastian (qui passe bientôt ici à la Coopé), en pop on fait rarement mieux que ça… Je réécoute plein de vieux trucs, les gens sont en ce moment trop accrochés à l’actualité musicale ; il subissent pas mal de coups de bluff. Moi, j’aime bien prendre un petit temps de recul avec l’actualité. Ces dernières années, j’ai préféré découvrir Thelonious Monk, du jazz ou de la musique classique. Ça ne m’empêche pas d’écouter à fond du rockabilly ou du punk 77…

Comment appréhendez-vous la scène ? Pour vous, c’est un lieu pour expérimenter ? vous amuser ? promouvoir votre musique ? essayer des nouveaux morceaux ?
C’est tout ça à la fois ! Depuis que l’album est sorti on a quand même fait pas mal de concerts et les morceaux ont évolué… On aime bien l’idée que malgré la présence des machines et l’aspect métronomiques des rythmes qu’elles produisent, il y ait encore la possibilité d’évoluer.

Vous êtes vous lancés dans la composition de nouveaux morceaux ?
Sur scène, on joue deux morceaux qu’on sortira sans doute bientôt sur un maxi en avril 2004, on a aussi un autre nouveau morceau en cours. On bosse déjà sur des maquettes pour le prochain album. On a pas mal d’actu en ce moment : on a fait un clip pour un morceau de l’album, c’est plus pour l’étranger que pour la France. Les chaînes hertziennes françaises sont quand même assez sclérosées et il n’y a pas énormément de trucs sur le câble.... M6 ne rempli plus du tout son rôle, pour eux le rock indé c’est Kyo, c’est tout dire ! Par contre en Allemagne et en Espagne, il y a beaucoup plus de clips de musiques indés… L’étranger commence à s’ouvrir pour nous maintenant : on vient de jouer en Suisse, en Belgique, on va aller en Allemagne, en Ukraine, et peut être au Portugal…

Vous reprenez un titre des Sonics, Have love will travel, tu peux nous en parler ?
On est plusieurs à avoir beaucoup écouté ce genre de muisque à une époque (et on continue d’ailleurs !), on avait envie d’un standard de rhythm and blues efficace et assez court ; on l’a boosté avec de l’électro et des boites à rythme. C’est une démarche assez simple… On voulait adresser un clin d’œil au public d’amateur de pépites de années 50/60/70 qui nous était destiné ; ce sont souvent des gens qui ont la réputation d’être un peu figés dans leur goûts et passéistes alors que ce n’est pas du tout le cas je pense. Depuis les groupes comme les Chemical Brothers l’électro et les boites à rythme ne sont plus tabou. Cela avait même démarré avant d’ailleurs : Devo peut être considéré avec le recul comme une espèce de garage band alors qu’on appelait ça de la « new wave ». Finalement, c’est la même culture.

Ecoutez-vous beaucoup de groupes comme les Sonics dans Bikini Machine ?
Oui, en plus les Sonics ont un lien avec la musique noire américaine : c’est super rhythm and blues. Moi j’écoute pas mal de soul, Franck écoute ça aussi… et les autres également d’ailleurs ! On connaît les deux albums des Sonics par cœur, ce sont des standards !

Ce soir (6 mars 2004) à Lyon, il y a un concert avec à la même affiche les reformations d’Arthur Lee & Love et de The Seeds, qu’en penses-tu ?
Je savais qu’ils faisaient quelques concerts ensemble. J’ai vu Skye Saxon (NDR : le leader des Seeds) en 1989 à Rennes sur deux dates ça m’avait un peu déçu parce qu’il jouait avec un guitariste métal. Je n’ai rien contre le métal, mais dans le contexte Skye Saxon, ça ne m’avait pas plu. Avec Love, ce sont les plus zinzins des années 60…

A part Love et The Seeds, qu’est ce que tu retiens dans la musique des années 60 ?
C’est quand même super riche ! La soul c’est important pour moi : c’est là que les noirs américains ont pu accéder à une musique de masse, ce qui avait beaucoup de sens au niveau social. Je parle de la véritable soul plus la Stax que la Tamla qui était plus de la pop américaine. Après, il y a pleins d’épiphénomènes musicaux comme Dick Dale et le surf ou les grands groupes pop américains et anglais (Beatles, Kinks, Beach Boys). Après ça va un peu dans toutes les directions car les musiques de films sont assez riches ; des gens comme Lalo Schifrin ont expérimenté le mélange pop latino jazz classique musique contemporaine. Le jazz aussi est assez intéressant pour moi, il peut aller parfois vers le groove, vers le free, vers l’Afrique... Musicalement parlant, les années 50 sont tout aussi intéressantes.

On retrouve l’influence de la surf music dans votre musique…
Oui, surtout sur le premier morceau de l’album, Bikini Theme… Certains pourrait nous reprocher d’être dans l’exercice de style mais on voulait faire notre thème avec un coté « série ».

Le nom « Bikini Machine » est tiré d’un vieux films de série Z, êtes-vous passionnés par ce genre de films et ceux d’Ed Wood par exemple ?
Oui, j’aime ce que faisait d’Ed Wood mais je n’ai vu qu’un seul de ses films… Les films de série Z sont souvent de très très bons films, l’original de La mouche est supérieur au remake réalisé par David Cronenberg. Il y aussi plein de films qui sont plus des nanars qu’autre chose, certains trucs italiens par exemple… Par exemple, le film qui a donné son nom au groupe (Doctor Goldfoot and the bikini machine) est une espèce de comédie un petit peu commerciale avec Vincent Price, on ne peut pas vraiment parler de série Z, c’est plus une série B. Il faut replacer ça dans le contexte du milieu des années 60 car le scénario est extrêmement naïf : des nanas en petites tenues sont en fait des androïdes chargés de séduire des millionnaires pour ramener de la thune à un méchant savant… A côté de cela, on aime aussi le cinéma « officiel », que ce soit Fellini ou John Huston et les musiciens qui ont fait des grandes musiques de films qui ont fait des bandes originales d’obédience plus classique. Et encore, ces musiciens là étaient tellement des laissés pour compte au niveau composition qu’ils métissaient beaucoup. Nino Rota comme Bernard Hermann - par exemple - avaient quand même une démarche très particulière par rapport à la musique classique, ils développaient leurs idées dans des formats de deux minutes. On découvre maintenant que les grands classiques de la musique orchestrée sont à chercher du côté des musiques de films de série B voire dans les scores des grands films qui n’étaient pas pris très sérieux par rapport à la musique contemporaine.

Qu’avez vous prévu après la fin de la tournée ?
En ce moment, on fait tous de la musique, mais on a tous des projets en parallèle. Il y en a un qui va régulièrement au Sénégal faire de la musique « ethnique », il y en a d’autres (Patrick le bassiste et Franck le guitariste) qui bossent avec Dominic Sonic, ils ont fait un mélange des deux groupes qui s’appelle Sonic Machine, ça envoie bien ! Samuel, sous le nom de Slam, fait du break assez dur, il fait partie d’un label qui se nomme Piss off… Et puis moi, quand j’ai le temps je fais des petites musiques de film, de petits bidouillages. On a tous fait des projets en dehors (certains ont monté Soda tour, la structure qui nous fait tourner), mais aujourd’hui on est tous à fond dans la musique.

Et le prochain album ?
La tournée est éparpillée, étant donné qu’on ne peux pas véritablement mettre en place une grosse tournée, on fait quelques dates de temps en temps. On a pas mal tourné en octobre/novembre et là ça va être pareil en en mars, avril et mai. On a des festivals prévus pour l’été 2004 qui devraient être des sympa : on va faire Scopitone à Nantes avec une super programmation (DJ Krush, Tortoise…), ils nous ont demandé une création avec du visuel qu’on va bosser avec des réalisateurs… On attend aussi d’autres dates, en principe on devrait s’atteler à la réalisation de l’album à la rentrée (septembre 2004)… D’ici là, un maxi avec des inédits et des remix sera sorti en avril ou mai.

Par qui avez-vous été remixés ?
On ne sait pas ce qu’on va mettre encore, on a reçu des remix de Rubin Steiner, des Little Rabbits, de copains DJ de Rennes ; on en attend d’autres encore comme ceux des Tambours du Bronx ou d’Ezekiel

Qu’est qui t’a marqué récemment dans les concerts auxquels tu as pu assister ?
J’ai aperçu sur scène aux Efferv’Essonne une rennaise qui s’appelle Laetitia Shériff… Son concert m’a carrément plu, ses deux musiciens - Oliver Mellano et Gaël Desbois - sont des copains.

Pour conclure, qu’est ce qu’on pourrait souhaiter à Bikini Machine pour l’avenir ?
Faire des collaborations enrichissantes, des choses ludiques car on aime bien tout ce qui est à tiroir au niveau des sens… Enregistrer une bande originale d’un film assez classe, ça serait le rêve. Sinon, en toute humilité on aimerait bien que dans vingt ans un morceau de Bikini Machine figure sur une compile regroupant les pépites des années 1990/2000 ! »

Retrouvez Bikini Machine en live cet été :
le 1er juillet 2004 à Nantes - Festival Scopitone
le 3 juillet à St denis de gastine (53) - Festival Au foin de la rue
le 8 juillet à Lausanne (Suisse) - Festival de la cité
le 10 juillet à Paris - Festival Solidays
le 17 juillet à Esfacy (43) - Festival Les sensations d'esfacy
le 18 juillet à Dour (Belgique) - Festival de Dour
le 31 juillet à Malestroit (56) - Festival Au pont du rock


bikinimachine.free.fr/


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 22/06/2004

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