23/02/2020  |  5313 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/02/2020 à 15:55:31
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    interview
Overhead

Entretien avec Nicolas Leroux réalisé par téléphone
mercredi 20 octobre 2004

Peut-on survivre à un chef-d’œuvre ? Je ne sais pas si Nicolas Leroux, le chanteur/songwriter d’Overhead s’est posé la question à propos du sublime Silent Witness (Naïve/2002) mais en tout cas, je me la suis posée à sa place… Ce questionnement n’est en rien anodin, beaucoup d’artistes ayant sorti un premier album parfait (Lloyd Cole avec Rattlesnakes, Suede avec leur premier album éponyme, Oasis avec Definitely Maybe), qui plus est, la quintessence d’un style, ne s’en sont jamais réellement remis… Alors pourquoi avoir pris le risque sur le nouvel album No Time Between (Naïve/2004) d’abandonner cette «union» si parfaite entre jazz et rock ? Pourquoi le personnel d’Overhead a-t-il changé à ce point ? Foutraque se devait de vous apporter des réponses…

Foutraque: Comme le personnel d'Overhead a beaucoup évolué entre les 2 albums, est-ce qu'on peut considérer No Time Between comme un nouveau départ, ou malgré tout, comme une suite logique du précédent opus ?
Nicolas Leroux: Je pense que c’est un nouveau départ, parce-que c’est un groupe qui est différent, dans le sens où je suis le seul élément restant de la première formation. La grosse différence, également, c’est le fait que j’étais le seul compositeur sur le premier album, et que maintenant, on est désormais trois à composer. J’écris toujours tous les textes, je compose «principalement» on va dire, mais il y a plus d’échanges qu’auparavant. Néanmoins, il demeure une continuité entre les 2 albums par le biais de ma voix et le style de mes compositions. Mais il est clair que je préfère voir ça comme un nouveau départ pour Overhead

Sur ce deuxième opus, la sensibilité jazz d'Overhead qui était très présente sur Silent Witness semble avoir quasiment disparu, au profit d'une orientation plus «indie-rock». A quoi est dû ce profond changement, et n'avez vous pas peur de perdre au passage ce qui faisait le charme d'Overhead ?
Ce changement est dû, encore une fois, au fait que les musiciens ne sont plus les mêmes, et que j’ai voulu partager avec les 2 nouveaux membres ma culture musicale qui est plus orientée «indé» que jazz, même si c’est un style que j’apprécie beaucoup. Néanmoins, c’est vrai que «l’aspect jazz» est assez «camouflé» sur le deuxième album, voire inexistant sur la plupart des morceaux. Mais ce n’est pas quelque-chose de perdu, dans le sens où il y a une «facture sonore» qui n’est plus là, mais c’est justement cela que je voulais changer, donc c’est un choix que j’assume.

Malgré un accueil critique dithyrambique, votre premier disque Silent Witness n'a pas fait un gros carton en terme de vente. Est-ce que ce «demi-succès» vous a laissé un «goût amer» dans la bouche, et est-ce que cela a entraîné une remise en question et des interrogations avant l’enregistrement de ce nouvel album ?
Non, en fait les seules interrogations et remises en question que j’ai eues c’est uniquement au niveau artistique. On a vendu environ 19 000 disques du premier opus, et la maison de disque (Naïve) semblait très contente de ce résultat, du fait que l’on soit un groupe inconnu et que l’on arrive à ce chiffre de vente. C’est un «score» qui me semble honorable, mais c’est vrai que c’est loin des «cartons» réalisés par des musiques plus commerciales. Ca ne me pose pas vraiment de problème, les choses que je préfère se vendent généralement peu… Mon plus gros regret sur Silent Witness c’est qu’il n’ait pas eu la chance d’être développé à l’international. Actuellement, on se «bat» avec Naïve pour les obliger à nous faire tourner et surtout à nous vendre à l’étranger. Mais c’est vrai que ce n’est pas facile, Naïve restant une «boîte» indépendante qui n’a pas forcément des affiliés partout dans le monde… En janvier, nous allons participer à un festival en Hollande qui va certainement nous ouvrir des portes à l’international. C’est une sorte de Midem hollandais où tu joues devant des professionnels… A.S Dragon l’avait fait l’année dernière.

Est-ce que le fait de chanter en anglais pour un groupe français n'est pas finalement un frein à une meilleure reconnaissance, si l'on considère les quotas en radio, et le côté snob du public «indé» qui préfèrera toujours acheter un "original anglais" à une "copie française" ?
C’est clair, je crois que tu as raison sur les deux points. Il y a une espèce de «réaction française» par rapport à ça, et je suis sûr que des festivals ne nous programment pas parce qu’ils préfèrent avoir des groupes anglais…
Les réactions de la presse française sur le deuxième album ont été bonnes mine de rien, mais on me reproche néanmoins de toujours chanter en anglais… Ce qui est étonnant, c’est que dans le reste de l’Europe, on trouve quantité de groupe qui chantent en anglais, sans que cela pose aucun problème… Au final, je chante en anglais car c’est un choix artistique, et que cela plaise ou pas, ce n’est pas mon problème…même si j’avoue que ce n’est pas un avantage en France. Quand j’ai commencé à faire de la musique j’étais en Angleterre, et je pensais la proposer directement aux anglais, sans imaginer les problèmes que cela engendrerait dans mon propre pays. Ce n’est que le début, j’espère que les gens vont se décoincer au bout d’un moment, et même s’ ils ne le font pas, c’est pas très grave, je veux pouvoir jouer ma musique «autre part», et la langue anglaise m’en donne l’opportunité. J’ai un éditeur anglais et je travaille actuellement avec Noel Hogan (compositeur/guitariste des Cranberries) sur son nouvel album, j’ai écrit deux textes et chanté deux morceaux. Pour moi, c’est une vraie reconnaissance, plus que les problèmes «franco-français» de «masturbation» sur le retour de la «chanson française», et le fait de dédaigner cette minorité qui n’«emmerde» personne, et qui n’a aucune place sur les médias télévisuels et radiophoniques où cela reste dramatique…

La pochette de No Time Between avec ce demi-visage en gros plan légèrement flouté n'est pas forcément évocatrice du contenu de l'album ? Est-ce que malgré tout ce visuel a une signification particulière pour vous ?
Oui, je trouvais qu’il y avait quelque-chose de très «brut» dans cette image, quelque-chose de très «charnel», qui correspondait à la nouvelle orientation sonore du second album. J’avoue que je trouvais ça assez cohérent, et en plus c’est un close-up de Richard (nouveau bassiste d’Overhead), ce qui n’est pas anecdotique au final… C’est vraiment un visuel qui fait office de rapprochement évident par rapport aux sonorités «brutes» de No Time Between.

Cet été, vous avez eu la chance de faire la première partie de The Cure. As-tu quelques anecdotes a raconter à ce sujet ? Avez-vous pu par exemple côtoyer de près la "bande à Bobby" ?
Ben non… Le groupe au final était assez accessible même si on a très peu parlé avec eux. Mais je crois que «Monsieur Smith» est devenu intouchable depuis des problèmes de sécurité survenus il y a quelques années… A partir du moment où il sort de scène, se met en place un périmètre de sécurité qui est à mon sens excessif, et totalement hermétique, même si tu as tous les passes du monde. Donc je me suis arrêté devant une «montagne» qui manage Robert Smith et qui a bien voulu prendre les cds d’Overhead que je lui ai remis… voilà, ça c’est arrêté là !

En tournée, le public qui vient vous voir est un public de curieux, ou un public qui est déjà bien familier de votre discographie ?
Je pense qu’on est encore un peu «jeune» pour imaginer ça… Il y a forcément des gens qui connaissent le premier album et qui nous suivent etc… mais c’est en grande partie un public de curieux au final. Donc notre public est encore à trouver je pense… La tournée a permis de nous tester devant deux publics différents: en première partie des Cure, c’était plutôt devant un public de trentenaires, et avec Muse et Superbus, c’était plutôt les 15-20 ans. Ca a marché dans les 2 cas, donc je pense que notre musique a de quoi satisfaire des audiences différentes. On a même eu pour la première fois de notre histoire une banderole à un concert ! C’est le fait de deux «curistes» qui nous avaient vu à Six-Fours-Les-Plages (au festival Les Voix Du Gaou), qui avaient «kiffé» Overhead, et qui étaient revenus nous voir le lendemain à Aix-Les-Bains avec une énorme banderole Overhead !

Quand les journalistes évoquent Overhead, c’est souvent en insistant «lourdement» sur vos influences. Pour Silent Witness, on a évoqué pèle-mèle Chet Baker, Talk Talk, Jeff Buckley, et pour No Time Between, Interpol, Sonic Youth & les Cure. Selon toi, cette façon de toujours appréhender le groupe sous cet angle-là n’est-elle pas une manière de lui enlever de la légitimité, en accréditant l’idée qu’Overhead ne serait au fond qu’une simple «copie» de groupe anglo-saxons, et non pas une formation proposant une musique pleinement originale ?
Oui, mais je pense que ce serait faux de dire que notre musique est pleinement originale, car on a forcément des influences, donc autant les revendiquer plutôt que de les cacher. Maintenant, je t’avoue qu’on se sent obligé de les donner car on nous les demande constamment… Au bout d’un moment, on a une petite liste dans la tête qui est rodée, et on ressort les 4/5 noms qui nous semble les plus appropriés.

Pour conclure, est-ce que l'idée de faire remixer vos titres par des artistes electro est quelque chose qui pourrait te séduire, ou au contraire, tu aurais peur que cela dénature l’univers d’Overhead ?
En fait, je pense que cette démarche aurait été très adéquate pour le premier album Silent Witness, mais par contre, je n’imagine pas trop des versions electro des titres présents sur No Time Between. De plus, j’ai l’impression que le remix est un peu en perte de vitesse… Il faudrait vraiment que cela soit fait par des artistes que j’apprécie. Je crois que je préfèrerais largement collaborer avec d’autres artistes plutôt que me «faire» remixer.

Photos du groupe : Vincent Leroux.

www.overhead-music.com
www.naive.fr

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
interview publiée le 27/10/2004

Partager


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire