23/02/2020  |  5313 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/02/2020 à 15:55:31
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Troublemakers

Salle des Fêtes de Ramonville Saint-Agne
jeudi 21 octobre 2004

De Marseille, on connaît le port et ses calanques, la Bonne Mère, ses savoureuses expressions (avé l'assent !), son équipe de foot (allez l'Ohème !), son mondial de pétanque (et son pastis...), ainsi que son goût pour les grosses caisses (voir la série des Taxi). Une panoplie de clichés à même de désespérer un bon paquet de méridionaux. Mais Marseille ne se limite pas à ça, heureusement ! En matière de musique, on connaît bien les Massilia Sound System et IAM. Un peu moins, peut-être, les Troublemakers, signés sur le prestigieux label jazz Blue Note. Nous les avons donc rencontrés pour une discussion autour de leur musique, des films et des politiques culturelles des grandes villes...

Olivier: Est-ce que vous acceptez les termes «trip-hop» ou «down-tempo» pour qualifier votre musique, ou est-ce que ces termes vous semblent trop restrictifs ?
Lionel Corsini: C’est plus vite fait pour nous catégoriser (…). Je sais même pas…ça ne veut rien dire «trip-hop», «down-tempo», c’est juste pour «spécialiser» le type de musique…On s’en fout un peu de tout ça à vrai dire (…).

Olivier (qui se raccroche aux branches): Parfois, le fait d’être «mis dans une case» permet d’être mieux identifiable par le public, et donc de mieux vendre…
Lionel Corsini: Ouais mais bon, une fois on est assimilé comme des musiciens de musique électronique, d’autrefois comme des musiciens de jazz, ça change tout le temps, on fait de la musique «point basta».
Le premier album était plus répétitif, et faisait penser aux productions Mo’Wax ou Ninja Tune…donc à la limite, le terme «trip-hop» pouvait convenir. Mais le nouveau disque Express Way est nettement plus hip-hop.

Olivier : Comme votre nouveau disque est accompagné d’un Dvd contenant un moyen métrage réalisé par Arnaud, est-ce que l’on peut imaginer qu’Express Way est articulé autour d’un concept, et si oui, lequel ?
Arnaud Taillefer:
De faire un album avec un scénario déjà… Express Way plus le Dvd ont été conçus après que l’on ait travaillé sur le scénario.
Lionel Corsini: C’est à dire que certains morceaux de l’album parlent du film, parlent de l’histoire, du scénario, mais sans être forcément dans le film. La plupart des paroles font références au film…selon moi, c’est plus qu’un concept, c’est un «vrai-album» avec un film, les 2 sont liés.

Olivier: Les samples sont très présents dans votre musique. Est-ce que leur utilisation est quelque chose qui vous stimule encore. Vous arrivez encore à vous surprendre en les utilisant ?
Lionel Corsini:
…dans le premier ou le second album ?

Olivier: Ben, sur les deux…
Lionel Corsini: Sur le dernier album, il y en a quasiment pas. 90% de ce que tu entends sur Express Way c’est de la musique organique réalisée en studio avec de vrais musiciens. Récemment, plusieurs journalistes nous ont dit que nous avions «pillé» le catalogue Blue Note, alors que nous n’avons pas utilisé un seul sample de Blue Note… Sur tout l’album, il doit y avoir 4 samples, alors que sur Doubts & Convictions on était plutôt aux alentours de 50/60. Les samples nous intéressent dans la mesure ou ils apportent vraiment quelque-chose aux morceaux et qu’ils en sont la base, l’ossature.

Olivier: Vous semblez avoir un rapport particulier avec votre ville d’origine, Marseille. Autant des groupes comme I Am et Massilia Sound System s’y réfèrent constamment, autant vous on ne peut pas dire que vous brandissiez haut et fort l’étendard marseillais… Vous êtes très critique notamment sur les institutions politiques qui semblent se désintéresser de la culture…
Arnaud Taillefer: Ce n’est pas notre fond de commerce comme Massilia ou I Am
Lionel Corsini: On ne voit pas l’intérêt de mettre en avant une ville comme Marseille alors que d’un, elle n’aide pas du tout la culture, et de deux, elle n’a pas du tout ce côté «jolie», et on est loin de l’«image d’Epinal» que l’on se fait d’elle. Donc je ne vois pas pourquoi on se servirait de cet étendard, de cette «fierté marseillaise», alors que si on était originaire de Toulouse ou Paris, ce serait exactement la même histoire. On est emmené à voyager un peu, et on se rend compte que même avec la soit-disant «politique culturelle française», on est quand même à la merci de gens incompétents: dans l’art, la culture, le spectacle. C’est pour cela que beaucoup de talents se perdent en France selon moi…et à Marseille tout particulièrement.

Olivier: Quand vous avez appris votre signature sur le prestigieux label Blue Note, vous vous êtes dit quoi ? «Chouette, on va vendre autant de disques que Norah Jones» ou «notre musique accède à une certaine forme de reconnaissance» ?
Arnaud Taillefer:
Vendre des disques, non, car justement, on aurait pu faire un album qui se vende beaucoup plus. Ca n’a pas été notre choix… La plupart des artistes électroniques, une fois qu’ils ont signés sur une major, se sentent obliger de «faire de la merde» histoire de gagner beaucoup de fric…

Cédric: Vous considérez Blue Note comme une «Major» ou comme un label vraiment indépendant, spécialisé, donc beaucoup plus «reconnaissable» au niveau du public jazz ?
Arnaud Taillefer: Un vrai label. Mais avec le fonctionnement d’une major…
Lionel Corsini: En signant chez eux, on ne s’est rien dit de particulier, car on a gardé la même liberté au niveau de la production. On a simplement plus d’argent pour enregistrer nos disques… Mais il faut quand même avouer que c’est très flatteur qu’un tel label s’intéresse à nous…on en été très heureux.

Cédric: Comment vous voyez cette ouverture de Blue Note sur le «jazz-electro»?
Lionel Corsini: On est pas les premiers, ils avaient déjà fait ça il y a dix ans avec US3, Truffaz ou Medeski, Martin & Wood. Ils avaient déjà expérimenté pas mal de trucs dans le hip-hop, l’électronique, donc on ne peut pas dire que nous soyons la première signature atypique de Blue Note. Ils ont toujours signé des artistes atypiques de toute façon… En tout cas, on est resté libre de produire ce qu’on veut, on n’a pas de direction musicale qui nous est imposée par la maison de disques.

Olivier : Votre musique est connue pour son aspect très «cinématographique». Justement, est-ce qu’un film en particulier ou plusieurs vous ont influencé tout particulièrement pour Express Way ? Peut-être des films de la «Blaxploitation» car l’album sonne très «black», très «groove» ?
Arnaud Taillefer: Non, c’est plutôt la «black-music» qui nous a inspiré, comme toujours d’ailleurs, car c’est vraiment notre culture.
Lionel Corsini: Est-ce qu’il y a un film en particulier qui nous a influencé ? Non, je ne pense pas… Les films de la «Blaxploitation» ne sont pas très intéressants pour ceux qui s’intéressent vraiment au cinéma: que ce soit les prises de vues, les angles… C’est la musique qui est intéressante, on est plus inspiré par les BO que par les films eux-mêmes. Pour ce qui est du moyen-métrage qui accompagne notre album, il est interprété par des acteurs noirs, donc ça peut faire penser à la «Blaxploitation»… Mais il est plus proche selon moi de Sweet Sweet Black que de Coffee… Après, les influences, il y en a plein: les films «noirs», français, des années 60, indépendants, américains, anglais…

Olivier: Le public jazz est connu pour être assez difficile et avec des goûts bien arrêtés dont il ne démord pas… Est-ce que malgré tout il vous réserve un bon accueil quand vous vous produisez devant lui ?
Lionel Corsini: On a joué 2/3 fois devant des publics «vraiment» jazz, et ça se passe pas spécialement bien…(sourire). C’est un peu bizarre… C’est sur que pour le «gars» de soixante-dix ans qui a écouté toute la période Blue Note depuis les années 50, et qui se retrouve avec des musiciens comme nous qui envoient des gros «beats», ça peut être surprenant…

Cédric: Vous pensez justement à emmener le public jazz vers d’autres «contrées sonores» ?
Lionel Corsini: Non, on ne revendique aucune mission de ce type. C’est vraiment une question de curiosité…
Arnaud Taillefer: Ca dépend, si c’est des gens qui ont écouté du funk dans les années soixante-dix, ils peuvent aimer ce qu’on fait. Maintenant, si ils ont toujours détesté le funk, c’est clair qu’ils vont moins accrocher.
Lionel Corsini: C’est évident…

Cédric: Comment s’est faite votre rencontre avec Magic Malik ?
Lionel Corsini:
On s’est rencontré comme ça sur des concerts, et puis des festivals. Il est venu avec sa flûte se mélanger à mes platines dans un premier temps, puis il est venu de manière régulière sur nos «lives», et enfin, il a participé à notre nouvel album. Malik, ce n’est pas qu’une «flûte», c’est aussi une voix, une des plus belles en France. C’est ça aussi qui nous intéresse, et puis le personnage, et sa façon de sublimer les choses à chaque fois…

Express Way (Blue Note) - déjà dans les bacs

(Interview réalisée avec l'aide de DrBou - drbou31@hotmail.com)

www.troublemakers.com
www.bluenote.tm.fr
www.33rpm.com

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
interview publiée le 06/11/2004

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