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Neïmo

Interview réalisée par téléphone
lundi 15 novembre 2004

A l’heure où le «revival post-punk» (Interpol / Bloc Party / Franz Ferdinand) et le «dance-rock» (The Rapture / Radio 4) triomphent dans le monde entier, la France tient enfin sa réponse avec l’excellent From Scratch (Big Fields Records/EMB) du groupe Neïmo. Ce trio parisien, fan de New Order et Blondie, propose un «crossover» ultra-vitaminé entre électronique et organique, avec pour pimenter le tout, un vrai sens du «songwriting» et de «la chanson qui tue» ! Entretien téléphonique avec Mathieu (bassiste/machines) histoire d’en savoir plus sur cette «machine à danser».

Foutraque: Est-ce que vous pouvez nous éclairer sue le parcours du groupe jusqu’à l’enregistrement de ce premier album, From Scratch ?
Mathieu: En fait on est «potes» de lycée, ce qui fait que Neïmo est un groupe qui a déjà 10 ans d’existence. A l’époque, on était un groupe «classique» de reprises, donc rien à voir avec ce que nous faisons aujourd’hui. Nous étions plusieurs musiciens, mais finalement, nous sommes restés à trois, car c’est nous trois qui composons tous les titres. Il y a 4 ans, nous avons signé un contrat d’édition avec Sony, ce qui nous a permis de faire pas mal de rencontres, de collaborer avec d’autres artistes pour des remixes et acquérir une vraie expérience de studio. Aujourd’hui, on avait très envie de revenir à notre but originel, qui est de monter sur scène, donc l’album a vraiment été conçu dans cette optique là, avec une vrai énergie «live». Sur 1 mois et demi / 2 mois de composition, on a voulu garder quelque chose de finalement assez naturel, brut, à contrario de nos précédents enregistrements qui étaient un peu trop sur-produits.

Votre mix entre electro et rock, c’est un mélange que vous cultivez depuis vos débuts, ou c’est quelque chose qui s’est imposé à vous petit à petit, peut-être par l’influence d’autres groupes ?
On a grandi avec les machines, que ce soit dans ce qu’on écoutait, ou de la manière dont on composait en studio. Donc, au bout d’un moment, on a décidé que les machines faisaient partie intégrante de notre son. Notre but n’est pas de mettre «un peu» d’electro dans du rock, mais on fait du «rock à base d’electro». On se sert des «bugs» des machines, de leur vie (même si ça peut paraître paradoxal), en intégrant tout ça dans notre son. On a toujours été fans d’electro, de la new-wave en particulier, avec la période du début du synthé dans le rock qui a vu apparaître des groupes comme Blondie ou New Order.

Est-ce que vous vous sentez proche d’une scène musicale en particulier ? Peut-être du «revival garage-rock / post-punk» ou de la scène «dance / rock» actuelle ?
Clairement, c’est des choses qu’on écoute, qu’on aime. C’est vrai qu’on a essayé d’insuffler un peu d’énergie punk dans cet album…
De la scène actuelle, on aime beaucoup le dernier l.p des Strokes, l’album de The Faint, les Rapture ont une énergie qu’on adore… On aime également le rock-garage, d’ailleurs, nos concerts parisiens sont assez dans cet esprit-là, mais avec cette «couleur boîte à rythme» que les autres n’ont pas, qui est clairement une influence du groupe new-yorkais Suicide.

Est-ce que From Scratch est construit autour d’un concept sous-jacent, ou est-ce que chaque titre possède sa propre autonomie ?
En fait le concept est notre volonté de donner à ce disque un aspect très «live», très rock. Donc on a commencé à travailler à partir de riffs et non de boucles comme on le faisait auparavant. On voulait vraiment composer des titres qui seraient plaisants à jouer sur scène, et en même temps, agréables à écouter sur disque. On a retenu le plus souvent les premières prises, histoire d’obtenir un résultat très spontané. C’est un peu l’album que, quelque-part, nous n’avons pas pu faire chez Warner, car c’est un disque «d’éclate» et d’envie de faire de la musique.

Les quotas radio sont sans pitié avec les groupes français qui chantent en anglais. Est-ce que cet état de fait vous a «effleuré» avant l’enregistrement du disque ?
Oui, c’est vrai que ça joue en notre défaveur, mais si on a envie d’être totalement cohérent avec nous-même, on ne peut que chanter en anglais… La plupart de nos influences sont anglo-saxonnes, et quand on prend une guitare pour composer, les mots qui suivent sont souvent en anglais. C’est vraiment quelque chose de naturel chez nous… Peut-être que ça peut heurter certaines personnes, mais c’est quand même un formidable moyen pour s’exporter. Nous revenons de Belgique, où nous avons joué au Botanic à Bruxelles et au festival Black Jack, et tout s’est très bien déroulé. Même si ce festival était très orienté «metal», le public a vraiment été «cool» avec nous, et nous a réservé un très bon accueil. L’avantage avec notre musique, c’est qu’on peut s’intégrer à différents sets, on peut aussi bien jouer derrière un dj grâce à notre son qui est orienté «machines», que derrière des groupes rock car Neïmo est «définitivement rock».

Le «gros matou» qui orne votre pochette n'est pas forcément très évocateur du contenu de l’album. Est-ce ce visuel découle néanmoins d’un choix bien arrêté de votre part ?
En fait, on aime bien les choses abstraites, et les pochettes qui nous ont marqué dans le passé n’avaient pas forcément un réel lien avec leur contenu. Ce visuel est le fait d’un artiste mort il y a longtemps, nommé Louis Wayne. Au début, il peignait des chats «hyper-classiques», des chats de «calendrier» assez «cucul» à vrai dire… Puis, il se trouve qu’il fût interné en hôpital psychiatrique, et à partir de ce moment, ses chats se sont parés d’un côté malade et spécial que nous avons particulièrement adorés. C’est un visuel qui reflète beaucoup d’énergie, de l’énergie brute, un peu à l’image de notre musique.

La reprise du titre Are You Gonna Go My Way de Lenny Kravitz, c’est un hommage à l’artiste ou un titre auquel vous pensiez pouvoir apporter quelque chose ?
C’est d’une part un clin d’œil à Kravitz, car c’est un artiste qu’on a beaucoup écouté, et d’autre part, il se trouve que c’est un titre qu’on a joué très souvent du temps où nous faisions des reprises. C’est vraiment une chanson qu’on s’est appropriée au fil du temps, la considérant quasiment comme une de notre répertoire. Il nous a semblé judicieux d’en offrir une nouvelle version avec les arrangements d’aujourd’hui, pour lui insuffler un peu de cette énergie electro-rock qui nous caractérise. Notre travail de remixeurs nous a souvent emmené à «rhabiller» l’univers de différents d’artistes, c’est donc vraiment une démarche qu’on adore.

Est-ce que les 3 musiciens de Neïmo ont les mêmes influences musicales, ou vous avez des goûts très éloignés les uns des autres ?
Disons que l’on se retrouve sur plein de choses, mais qu’à la base, notre guitariste est plutôt «classic-rock», Bruno (chant) est plus dans l’actualité, et moi j’ai beaucoup écouté New Order et la période des débuts des machines. J’aime beaucoup la manière dont les groupes de l’époque se servaient de l’électronique, en proposant une vraie «révolution sonore», et non pas comme aujourd’hui un simple formatage ou un simple habillage.

www.neimo.com

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
interview publiée le 20/11/2004

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