21/09/2019  |  5232 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 19/09/2019 à 14:39:42
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Bertrand Betsch

FNAC Wilson, Toulouse
janvier 2005

De Bertrand Betsch, je gardais un souvenir quelque-peu diffus… Celui d’une pochette de disque en fait, celle de son premier disque paru en 1997, La soupe à la grimace. Derrière ce visuel «froid comme la mort» se cachaient des chansons à la beauté singulière, aux textes doux-amers et désabusés qui s’immisçaient subrepticement dans un coin de votre cerveau pour ne plus le quitter… Quelques années plus tard, et après moult «péripéties», B.B. redonne de ses nouvelles avec l’épatant Pas de bras, pas de chocolat (Labels / Virgin), un album volontairement optimiste et «coloré», mais où la mélancolie de son auteur ne se cache jamais très loin…

Foutraque: Une question tout d’abord sur la pochette de ce nouvel album… Autant le visuel de La soupe à la grimace était sombre, pessimiste et peu engageant, autant celui-ci est aéré, lumineux…
Bertrand Betsch: (il m’interrompt) …Elle est «tordue» en fait. On m’a fait remarquer récemment que le bas de la photo était coupé à hauteur des mains, c’est comme si on me les avait coupées… Et il paraît que les mains sont considérées comme le symbole de la créativité. C’est clair que j’avais à cœur de faire une pochette plus «accueillante», moins austère, plus lumineuse, et qui ferait écho à 2/3 chansons de l’album comme Temps beau ou Les passe-temps, qui sont d’un abord plus «léger» que mes anciennes chansons. Voilà, c’est une «porte d’entrée» que je voulais accessible, et surtout, qu’elle ne rebute personne.

Vu les faibles ventes de tes 2 précédents albums…
…Tu es sévère ! (sourire)

… Est-ce que tout simplement, ce troisième a failli ne jamais voir le jour ?
Oh oui... Déjà, j’ai failli plusieurs fois passer «l’arme à gauche»... Puis mon label Lithium a eu beaucoup de soucis financiers, et son directeur m’a d’ailleurs dit: «Tu peux aller signer ailleurs si tu veux, moi j’ai plus un rond». Le travail sur les arrangements a pris beaucoup de temps, un 1 an ou 2, vu que pour chaque morceau, on a fait 5/6 versions différentes. On a fait une première session en studio, puis ensuite j’ai continué à enregistrer chez moi. Comme il n’y avait plus d’argent pour le mixage, il a fallu encore attendre que Lithium trouve les fonds nécessaires, mais comme ce dernier a finalement mis «les clés sous la porte», j’ai été contraint de me trouver une nouvelle maison de disques. J’ai donc signé avec Labels, avec qui j’étais déjà en licence pour le premier album. Le temps que Labels récupère l’affaire, qu’on négocie le contrat, qu’on sorte le disque, ça a pris encore un an… On peut vraiment parler d’un vrai «chemin de croix», d’ou mon grand soulagement à la sortie de l’album…

Est-ce que l’unanimité des critiques à propos de Pas de bras, pas de chocolat est quelque-chose qui t’a fait plaisir ? Qui t’a peut-être encouragé à aller de l’avant, à essayer de promouvoir encore un peu plus l’album ?
Oui, sans doute. Mais j’étais assez confiant, je savais que l’album était réussi. J’avais suffisamment travaillé dessus pour savoir qu’il avait des chances d’être bien accueilli…

En octobre dernier, une journaliste de la presse féminine disait dans un de ses papiers que «Bertrand Betsch a l’élégance de déprimer joyeusement». Comme je trouve que ça résume parfaitement ta manière de faire, ton univers musical, je voulais savoir ce que tu en pensais ?
Oui, c’est très bien. J’essaye de glisser de l’humour dans mes chansons, même si parfois, ça s’apparente à du cynisme… Par exemple, j’aime bien associer une musique un peu «sautillante», ou rythmée, comme sur le premier titre Des gens attendent, avec un texte très profond, qui parle de l’existence, de la destinée, de «qu’est-ce qu’on fait de sa vie»… J’aime bien qu’il y ait ce «petit décalage» entre la musique et le texte, même si ce n’est pas la norme pour toutes mes chansons. En tous cas, composer une musique sombre et rebutante n’est pas quelque-chose qui m’attire… Je suis très attaché aux mélodies, donc, même si le propos est grave, il y a toujours une chance de se rattraper au côté mélodique de la chanson. Ca permet de ne pas trop «plomber» l’affaire…

A propos d’humour, est-ce que c’est quelque-chose que tu arrives à facilement doser dans tes chansons ? Ou est-ce que ça se révèle à chaque fois un casse-tête ?
Non, je fais tout de manière inconsciente, les chansons viennent comme ça… Je ne réfléchis pas beaucoup sur ma musique, je suis quelqu’un qui croit beaucoup en l’inspiration. Ca vient tout seul, selon l’humeur du moment, mais c’est jamais une démarche pensée, c’est plus instinctif… Puis, l’humour, c’est pas forcément quelque-chose que je revendique, ça ne sera jamais une «marque de fabrique» pour moi…

… Tu n’as pas eu peur que le premier single Pas de bras, pas de chocolat, avec son côté «faussement joyeux», crée un contraste «saisissant» avec tes précédents travaux ?
J’aime bien les contrastes, bien au contraire. Je fais des choses très différentes. En 10 ans, j’ai exploré un spectre très large au niveau musical: j’ai fait pas mal d’instrumentaux, dont j’aimerais bien d’ailleurs qu’ils se retrouvent un jour sur la bande-originale d’un film… J’ai fait des choses très infantiles, très légères, puis des choses nettement plus noires quand je traversais des périodes difficiles… Actuellement, je me sers de tout ce que j’ai pu écouter ces dernières années, comme le reggae, le jazz, la world-music ou les fanfares. Dans la musique, tout m’intéresse. Quand je vais à la médiathèque de mon quartier, je prends un disque rock, un disque world, un disque electro, etc… Tous les styles m’intriguent et m’interpellent, à part peut-être la musique concrète et le hard-rock…

Dans une de tes précédentes interviews, tu disais qu’adolescent, tu avais pas mal écouté de cold-wave, et que désormais, tu ne te verrais plus en écouter… Comme j’ai sensiblement le même âge que toi, et que je continue à écouter Joy Division, The Cure et Bauhaus, je me demandais ce qu’il y avait de dégradant à continuer d’écouter ces groupes-là, la trentaine passée ?
Je ne me souviens pas avoir dit ça… ça m’étonne. Surtout que je me remets à en écouter, j’ai même racheté récemment Pornography des Cure en CD, mon exemplaire vinyle étant complètement «rincé» ! La charnière «fin des années 70/début des années 80» a beaucoup compté pour moi, que ce soit Joy Division, New Order ou Bauhaus, ou de l’autre côté de l’Atlantique, Television, Talking Heads, ainsi que certains travaux de Brian Eno. J’aime bien ce son si particulier qui correspond à la «période post-punk», de 1977 à 1981… C’est vraiment la période qui m’a formé, le moment où j’ai vraiment commencé à m’investir dans la musique, en jouant dans des groupes ou l’on reprenait des titres de Cure ou Joy Division. Je suis vraiment issu de la new-wave, même si ça ne transparaît pas vraiment dans mes chansons.

Est-ce que tu peux me dire quelques mots sur ton expérience au sein du label Lithium ? Dominique A me disait lors d’une précédente interview que Vincent Chauvier, le directeur du label, avait une approche de la musique très «janséniste» (austère) ? Tu es d’accord avec ça ?
Oui…(sourire). C’est quelqu’un que j’aime beaucoup, avec qui j’avais de bons rapports. Mais c’est aussi quelqu’un d’assez autoritaire, avec un caractère bien trempé, et comme j’ai moi aussi «mon» caractère, on a pu se «prendre le bec» de temps à autre… Il avait des idées bien arrêtées, et comme il s’impliquait beaucoup sur le plan artistique, ça pouvait parfois mal se passer avec certains musiciens... Mais c’est vraiment un grand découvreur de talents, un passionné qui a beaucoup œuvré pour le renouvellement de la chanson française. Grâce à lui, on a pu entendre des artistes aussi différents que Jérôme Minière, Mendelson, Dominique A, Diabologum ou Programme. Il existe aujourd’hui le Prix Constantin qui récompense les nouveaux talents, ça ne serait que justice qu’il existe un jour le «Prix Vincent Chauvier»

En septembre dernier, tu déclarais, toujours dans une précédente interview, avoir arrêté de boire, de fumer et être devenu végétarien…
…Ca a pas mal changé depuis ! Je me suis remis à fumer, à «picoler» de temps à autre, mais pas trop, et puis je recommence à manger de la viande… J’ai tout de même sensiblement assaini mon mode de vie, je fais attention à ce que je mange, à ne pas trop fumer, je bois modérément… Cette «halte» a tout de même duré deux ans, mais avec la vie en tournée, on fait face à un stress important, et c’est donc difficile de ne pas boire un verre ou deux après le concert, ou fumer un peu pour se détendre.

Est-ce que tu portes un regard curieux sur la nouvelle génération de chanteurs français, Delerm, Benabar, Biolay ? Est-ce que tu estimes en tant qu’auditeur, mais surtout en tant que représentant de la précédente génération, qu’ils apportent quelque-chose de nouveau ?
Non, je suis désolé mais non. Je crois que l’on aurait pu se passer d’eux… Cela dit, j’aime bien une chanson de Benabar, je crois qu’elle s’appelle Je suis de celles, de facture très classique, mais assez «chouette». Delerm, j’ai un problème avec sa voix, surtout que le «name-dropping» m’insupporte. De la même façon que je ne supporte pas chez Bashung les calembours, les jeux de mots… Et puis Biolay, il chante trop mal, je peux pas !

Je te sais très féru de culture… Est-ce que tu peux me citer tes derniers coups de cœur en matière de musique, littérature et cinéma ?
En ce moment, j’écoute un album intitulé Mumu du pianiste Steve Nieve, c’est un disque paru en 2000 il me semble. J’écoute également un album du groupe belge Venus intitulé Welcome to the modern dance-hall. Très beau disque. Egalement le disque de Sandrine Kiberlain que j’ai pu écouter en avant-première. Il a été écrit et composé par Alain Souchon, et c’est vraiment une belle réussite. Très court, très simple, avec des arrangements très dépouillés, elle chante plutôt pas mal, et puis il y a Souchon derrière… et j’adore Souchon ! Niveau bouquins, ma curiosité actuelle se porte essentiellement vers la poésie, notamment deux poètes français contemporains, Lionel Ray et Bernard Noël. Je trouve que le roman devient un genre un peu éculé, on en a fait le tour, et je trouve dommage que les pages littéraires des revues, des magazines, ne soient consacrées qu’au roman, qui est pour moi un genre obsolète. Le cinéma, j’y vais très peu, car j’ai eu trop de déceptions ces dernières années. Le cinéma va mal, et je vois de moins en moins de films intéressants. J’ai bien aimé Clean d’Olivier Assayas et le dernier Raymond Depardon, 10ème chambre, instants d’audiences. Après, il faut remonter en 2003 avec le film Qui a tué Bambi ? de Gilles Marchand.

www.bertrandbetsch.com
www.labels.tm.fr

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
interview publiée le 09/03/2005

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