20/09/2019  |  5232 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 19/09/2019 à 14:39:42
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Sandrine Kiberlain

Entretien réalisé par téléphone
avril 2005

En mars dernier, l’annonce de la sortie du premier album de l’actrice Sandrine Kiberlain ne m’avait guère «émoustillé»… Tout occupé que j’étais à attendre le nouveau Nine Inch Nails (j’attends encore…) et la reformation de Gene (je suis du genre optimiste), je n’allais quand même pas m’épancher sur les chansonnettes de l’égérie «art et essai» de Benoît Jacquot, Laetitia Masson et (plus récemment) Bernard Rapp. Et puis, et puis… J’ai fait ce que tout journaliste musical un brin consciencieux est sensé faire avant de critiquer… J’ai écouté l’album. Je n’avais plus qu’à remballer ma mauvaise foi et mes a priori, Manquait plus qu’ça (Virgin) avait tout du «petit bijou», où la musique d’Alain Souchon (épaulé par son fils et Camille Bazbaz) et les textes de Sandrine faisaient merveille. Tout cela valait bien une interview avec la principale intéressée…

Foutraque: Une question toute simple pour débuter, comment t’es venue l’envie d’enregistrer ce premier album ? C’est une envie adolescente qui ressurgit du passé, ou plus le fruit de la rencontre avec Alain Souchon ?
Sandrine Kiberlain: Non, puisque le désir d’enregistrer un album était en moi bien avant la rencontre avec Alain… Après, il a fallu trouver l’opportunité, que l’idée mûrisse dans sa tête, et que de mon côté, je prenne le temps d’écrire les textes de l’album. Ce dernier point est quelque-chose auquel je tenais tout particulièrement… Une fois les textes terminés, je me suis mise en recherche de compositeurs, et l’aventure est enfin devenu concrète. Entre l’écriture, trouver les musiciens, le temps que tout cela devienne des chansons, il a fallu à peu près 2 ans…

Changer d’univers en France n’est pas chose aisée, les critiques étant toujours prompts à dégainer au moindre écart de conduite dans ce domaine... Est-ce qu’à travers le titre de l’album, mais également des paroles de la chanson Manquait plus qu’ça, tu as voulu te prémunir sur un ton humoristique des probables sarcasmes qui risquaient de te tomber dessus ?
Je n’ai pas pensé à ça comme ça… Cette chanson m’a servi de lien entre Alain Souchon et moi. Je lui ai envoyé ce texte pour lui dire avec humour que j’avais envie de chanter, qu’on ne devient pas chanteuse en claquant des doigts, que je me prenais ni pour Carla, ni pour Vanessa, mais que c’était ma façon à moi de dire que je faisais la chanteuse sans me prendre au sérieux, mais que c’était en même temps une envie très profonde… Après, j’ai réalisé que la critique s’en était emparée, mais c’est vrai que pour moi, c’était aussi une manière d’anticiper les questions inévitables: «Encore une actrice qui chante !?» et «Est-ce vraiment une démarche sérieuse?».

Est-ce que tu avais des envies particulières quant à la couleur musicale de cet album ? Tu le souhaitais plutôt pop, folk, ou chanson française ?
Je souhaitais que ce soit de la chanson française, mais qu’on retienne… Un petit peu pop parfois, un petit peu Europe de l’Est par moments, par bribes… Je ne voulais pas d’un album «typé», mais plutôt spontané, et qui me ressemble. Je n’avais pas d’idées précises d’un style. En fait je n’aime pas trop classer les choses, dans quelque domaine que ce soit…

…Est-ce que malgré tout tu avais en tête un disque en particulier, ou un artiste, l’un et l’autre ayant pu t’inspirer ?
Non, pas vraiment, mais par contre, je disais à Alain que je souhaitais que telle chanson soit mélodieuse, d’amour, qu’on retienne… Là, je voudrais que ce soit lancinant, que ça ressemble à une comptine ou quelque-chose d’un peu enfantin… Voilà, mais je n’avais pas d’exemple à suivre ou de modèles en tête.

Sans être minimaliste, les musiques de l’album se montrent très discrètes, très dépouillées… Est-ce que c’était une volonté bien arrêtée de ta part, peut-être pour ne pas surcharger le propos, et mettre en avant les textes et la voix ?
En fait, ça s’est fait naturellement. J’ai fait appel à des gens dont je savais que leur travail n’allait pas être trop chargé ou trop orchestré. Ca été dans le sens que j’espérais, c’est à dire quelque-chose de très cohérent par rapport à ce que j’avais écrit, et qui nécessitait un univers effectivement «pur». A l’arrivée, c’est vrai que ça met en valeur les textes et la mélodie, mais ça reste simple, et pas trop encombré.

J’ai pu lire sur le dossier de presse que tu souhaitais que l’Europe de l’Est, dont tu es originaire, résonne en filigrane sur l’album. Est-ce que pour cela, tu as donné des consignes particulières aux musiciens qui ont collaboré sur l’album ? Peut-être employer tel ou tel instrument, s’essayer à tel ou tel rythme ?
Oui, j’avais envie parfois qu’il y ait un mélodica, ou un bouzouki… Des choses un peu insolites qui donnent un son bien particulier, une émotion que j’avais ressentie enfant en entendant des chants yiddishs, ou dans des musiques qui me sont très personnelles… Mais je ne voulais pas non plus que ce soit trop marqué.

Malgré les craintes légitimes que tu pouvais avoir, l’album a été très bien accueilli par la presse musicale, les radios, mais également par le public. Est-ce que tout simplement c’est quelque-chose qui t’a agréablement surprise ?
Ah oui, ça m’a beaucoup touché, ça m’a fait un plaisir immense… Car ce disque me ressemble complètement, je l’ai voulu de «A à Z», donc si les gens l’aiment, je me sens aimée par eux, et s’ils ne l’aiment pas, c’est toujours décevant…
Donc là, j’ai été extrêmement touchée, puis j’ai eu l’impression que la presse avait compris le sens de l’aventure, qu’elle avait pris ça au sérieux, et qu’elle avait bien senti que ce n’était pas un caprice de ma part, mais bien quelque-chose que j’avais mis en œuvre très profondément… Les journalistes ont salué le côté personnel, original et chanté de l’album, et cela m’a fait particulièrement plaisir.

Pour revenir à Alain Souchon, je sais que c’est quelqu’un de très sollicité, beaucoup d’artistes aimeraient qu’il écrive et compose pour eux…
Comment es-tu parvenue à obtenir sa collaboration entière sur l’album ?

Je pense qu’Alain c’est effectivement quelqu’un qui au départ ne fait pas ça pour les autres… Il a une énorme complicité avec Laurent Voulzy, une connivence, une même manière de vivre la musique, mais en dehors de cette collaboration étroite, il n’avait jamais composé pour quelqu’un d’autre. Donc j’étais un peu pessimiste quant à son intervention sur mon album… Donc j’en ai été d’autant plus flattée… Je pense qu’il n’a pas calculé, ça l’a juste inspiré et il s’est lancé… Ca s’est fait très spontanément et très simplement.

Est-ce que tu envisages de faire de la scène pour soutenir cet album, et si oui, est-ce quelque-chose que tu abordes avec appréhension ou impatience ?
Avec impatience, avec évidemment le trac, mais le trac normal, logique. Je vais être sur scène le 6,7,8 octobre à l’Européen à Paris. Si tout se passe bien, j’aimerais poursuivre par une tournée en province…

L’album se termine par une reprise des Beatles, Girls… C’est un titre qui te tenait particulièrement à cœur, ou une idée qui à immergé en studio ?
Non, ça me tenait particulièrement à cœur, car c’est une chanson qui était en moi depuis très longtemps, depuis petite… Donc, je tenais à la chanter d’une manière ou d’une autre. Quand le disque est devenu une réalité, j’avais pas dans l’idée spécialement de faire une reprise, mais quand il en a été question, je me suis dis que j’allais me faire plaisir le plus possible, et donc j’ai pensé à cette chanson, qui je trouve, n’est pas sans rapport avec les autres titres de l’album.

Est-ce que tu as des goûts musicaux très arrêtés dont tu ne démords pas, ou tu pioches «au petit bonheur la chance» parmi les disques et les styles que l’on te fait découvrir ou que tu découvres par toi-même ?
Un peu des deux, j’ai des fidélités vraiment nettes, mais je peux aussi découvrir des gens au fur et à mesure. On parlait des Beatles, c’est vrai que ça fait partie de mon éducation musicale, mais également Brassens, Gainsbourg, Barbara, Françoise Hardy ou Marianne Faithfull. Sinon, je suis également curieuse par rapport à la nouvelle génération de chanteurs français, et j’écoute des artistes comme Delerm, Biolay ou Keren Ann.

Pour conclure, 2 questions hors cadre musical. Tout d’abord, une première concernant les séries télé. On assiste actuellement aux Etats-Unis à un débordement de créativité dans ce domaine, avec des séries très bien mises en scène, avec des scénaristes venus du cinéma, comme Alan Ball (American Beauty), et qui lèvent un à un les tabous de la société américaine… Je pense à Six Feet Under, Dead Like Me, Desperate Housewives, Carnivale et bien d’autres… En France, c’est tout l’inverse, et on baigne dans un conformisme absolu et une totale absence de risque… Malgré tout, est-ce que tu pourrais te laisser tenter par un projet ambitieux dans ce domaine, si celui-ci venait à voir le jour en France ?
Moi je n’ai rien contre rien, c’est à dire je n’ai pas d’a priori… Si d’un seul coup, il y a un thème sublime, que l’histoire et magnifique, et que beaucoup de téléspectateurs regardent, pourquoi pas… Pour exemple, j’ai vu récemment de très beaux téléfilms de Pierre Boutron… Aujourd’hui, faire un film au cinéma devient très compliqué, sa durée de vie en salle est, au mieux, d’une semaine, donc parfois on se demande s’il ne vaut pas mieux toucher plus de gens avec la télévision…

Enfin, est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur tes projets cinématographiques en cours et sur les prochains ?
Non, car pour l’instant c’est un peu vague, tout est en écriture ou en pourparlers. Donc, j’attends de lire des choses… Et actuellement, je me consacre exclusivement à mon album.

www.sandrinekiberlain.com

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
interview publiée le 21/04/2005

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