23/02/2020  |  5313 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/02/2020 à 15:55:31
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HushPuppies

Pop In (Paris)
mars 2006

Le succès naissant des HushPuppies est réjouissant. Il y aurait donc en France une petite place pour des autochtones chassant sur le pré-carré britannique. Le groupe s’est taillé une fière réputation à la force de concerts jamais économes en sueur. Mais les bougres savent aussi grouiller d’idées en studio, la preuve avec The Trap, premier album bouillant et cultivé. HushPuppies, c’est l’histoire d’un gang aux racines perpignanaises mis sur orbite à Paris. Pendant une dizaine d’années, la fratrie (le chanteur et le clavier poussent même jusqu’à être frères) a battu en brèche les routes de leur région natale sous le nom de Lykids. De cette époque, on leur a collé une pancarte mods un peu réductrice (si ce n’est pour leur goût de la sape qui pète). Les cinq garçons ne prêchent pas les convaincus. Non, ils s’acharnent à évangéliser les profanes à travers leur tournée marathon.

Rendez-vous est pris au Pop In, le bar indie rock de la capitale et annexe de la salle de répétition du groupe. Franck Pompidor (batterie) et Cyrille Sudraud (guitare) sont réquisitionnés pour cette interview nocturne, pintes à la main. Franck avoue « qu’au début, on se battait dans le groupe pour faire les interviews ». Cyrille en profite pour réagir sur l’épisode des Arctic Monkeys à Paris - nos boutonneux ont posé un gros lapin à toute la presse pour visiter la Tour Eiffel - « Si c’est un groupe français qui fait le coup, il se fait griller. Comme ce sont des Anglais, on le prend comme une marque de fraîcheur. » Heureusement pour moi, les HushPuppies sont des garçons bien élevés et connaissent déjà Paris.

Comment vivez-vous votre première tournée ? C’est ce à quoi vous vous attendiez ?
Franck : On est très content. Il y a plusieurs villes où on affichait complet alors que l’on ne s’y attendait pas. L’exemple typique, c’est notre première date à Reims, pas vraiment une ville rock. Notre manager nous pose la question « Combien il y a de locations ce soir ? » On lui répond « 20 ou 30 ». Il y en avait 280 ! On n’en revenait pas.

Vous ressentez de la lassitude ou la fatigue ?
Franck : On a l’avantage d’avoir une tournée "légère". On fait trois/quatre dates et on rentre sur Paris. Du coup, on a le temps de se reposer et il n’y a pas de routine qui s’installe. C’est comme si on partait en week-end. On n’a jamais fait de tournée de trois semaines d’affilée. On pourra répondre à cette question quand on l’aura fait.

Vous appréhendez de vous supporter pendant trois mois sur la route ?
Cyrille : On a l’énorme avantage de se connaître pratiquement tous depuis le lycée (ndr : Guillaume le bassiste a rejoint le groupe sur Paris), ça permet beaucoup de choses les uns par rapport aux autres.
Franck : Le seul problème des tournées, c’est qu’on a encore des boulots à côté. Si on gagnait notre vie avec notre musique, il n’y aurait aucun souci. Certains, comme Olivier (chanteur) ou Guillaume (bassiste), ont du arrêter des boulots où ils avaient une situation confortable. On n’a plus 20 ans, on est plus chez papa et maman, il faut payer le loyer. Quand tu as 20 ans, tu vis chez tes parents, tu t’en fous de gagner de l’argent. Nous, on a des impératifs économiques à la con qui nous fatiguent.

Vous faîtes des dates en Allemagne, vous pensez à l’Angleterre ?
Franck : On tourne en Allemagne parce que l’album va y sortir. On aura une vraie promo, un tourneur, un label qui nous soutient. L’Angleterre comme les Etats-Unis, il n’y a pas de deal pour l’instant.
Cyrille :
On n’a pas d’intérêt à tourner dans un pays comme l’Angleterre sans avoir un minimum de visibilité. Déjà que tu es noyé quand tu as une bonne promo et que tu es Anglais...

Comment s’est produite la rencontre avec votre producteur Benjamin Diamond (ex-Stardust et patron du label du groupe, Diamontraxx) ?
Franck : On a appris par un copain qu’il voulait faire une compilation avec des groupes rock. On lui a envoyé notre premier maxi auto-produit. Il a accroché sur le premier morceau qu’il voulait mettre sur cette compile. Elle ne s’est finalement pas faite, mais de fil en aiguille on a noué contact. Il est venu nous voir sur scène, on a bu des bières puis ça s’est fait naturellement.
Cyrille : Avec les royalties de Stardust il aurait pu vivre tranquillement. Il a préféré monter un label, faire vivre des artistes. Mais pour lui aujourd’hui c’est encore dur de porter un tube aussi énorme.
Franck : Au départ, il avait plutôt des groupes électro ou hip-hop. Maintenant il y a nous ; il vient aussi de signer Nelson, un autre groupe de rock. Il a une image électro, mais son dernier album, c’est de la pop, plus proche de Phoenix que d’Aphex Twin.
Cyrille : Dans sa culture, il n’est pas seulement électro. Il écoute beaucoup de soul, r&b sixties ou Motown.
Franck : Il était plus dans une optique électro au début du label. Maintenant il ne retourne pas sa veste, il fait juste un label éclectique.

Est-ce que vous avez conscience d’avoir un statut intéressant pour un groupe de rock français qui chante en Anglais ?
Franck : Quand je vois que l’on remplit des salles en Province, c’est que quelque chose se passe. Maintenant, c’est rien . Parfois, des gamins après les concerts nous regardent comme si on était des rock-stars. Pourtant ça n’a vraiment pas changé nos vies.
Cyrille : Il y a un point positif dans le fait d’être un peu plus exposé, c’est de jouer du rock dans des villes comme Reims ou Perpignan. Je suis désolé, on vient de Perpignan mais c’est une ville pas vraiment réputée pour avoir une scène rock très violente. Si on arrive à ce que le rock soit à nouveau dans les têtes des gens, au lycée et même si on ne vit jamais de notre musique, ça sera déjà pas mal. (…) Un chanteur rock français connu - dont je tairai le nom - a dit un jour à Olivier : « C’est bien ce que vous faîtes mais vous ne vous la pétez pas assez. » Il a peut-être raison, mais on s’en fout un peu. Si on nous avait dit il y a cinq ans que l’on remplirait le Médiator à Perpignan (800 personnes), on aurait signé tout de suite.
Franck : On a une chance sur mille que ça cartonne à mort pour nous. Donc ce qui nous intéresse, c’est de faire de bons albums.
Cyrille : Plus on vendra d’albums, plus on aura le temps d’enregistrer des albums dans de bons studios et faire des concerts dans d’excellentes salles.
Franck : L’objectif numéro 1, c’est de n’avoir plus qu’à penser à la musique. On veut que le maximum de gens puissent écouter notre musique. On veut pas s’enfermer dans le plan du groupe underground.
Cyrille : Il faudrait qu’il y ait moins de gens indépendants et plus de gens intègres. Il faudrait qu’il y ait plus de groupe indépendants qui signent sur des majors. Mais ensuite que ces majors ne leurs demandent pas de chanter en français. Ils ne s’aperçoivent parfois pas du potentiel qu’ils ont entre les mains. Il y a pas mal d’artistes qui aujourd’hui sont très bons et qui pourraient exporter la musique française. On les brime complètement parce qu’ils ne chantent pas en Anglais.

Au début, on vous a présenté comme un groupe mods...
Franck : Au début, on faisait seulement des reprises piochées dans les compilations Peebles. On n’écoutait que ça ; à Perpignan on traînait avec des mods, on roulait en Vespa, on jouait dans des rassemblements mods. C’était notre jeunesse.

Vous ne trouviez pas ce milieu un peu étriqué ?
Cyrille : On adorait et en même temps on détestait ce mouvement mods. Parfois, ça nous semblait tout petit d’esprit.
Franck : Mais si c’était une toute petite scène, il y avait pourtant des chapelles, pour savoir comment il fallait écouter ce son. Dans les rassemblements, une division s’opérait quand passait du rock ou de la northern soul. Avec le recul, on trouve que ça ne veut rien dire.
Cyrille : Après on s’est mis à écouter d’autres sons. Un pote mods – justement – m’a fait découvrir Radiohead, et là j’ai pris une énorme claque. A un moment, si tu n’es pas trop con et pas trop fermé sur toi-même, tu ne vas pas rester bloquer à la soul toute ta vie.
Franck : Il y a quelques mods puristes qui n’écouteront jamais rien d’autre que du sixties. D’autres seront ouverts à des sonorités différentes. Bref, ils aiment la musique. Les mods puristes sont des psychopathes ! (…) On écoute aussi des groupes pop comme Belle and Sebastian, Supergrass ou les Dandy Warhols. De mon côté, j’ai vraiment été impressionné par le deuxième album de Death In Vegas. On s’est vraiment inspiré de leur son. A un moment, on faisait de l’autoroute, des morceaux de deux heures sur deux accords qui montent, un peu comme les Beta Band.
Cyrille : Le son HushPuppies, c’est Pink Floyd adapté à un format Beatles (rires).

Pour les HushPuppies, est-ce que le départ de Perpignan pour Paris a été l’élément déclencheur ? Vous vous revendiquez toujours comme un groupe provincial ?
Franck : On dit tous les jours que l’on vient de Perpignan, on est super chauvin. Maintenant, les HushPuppies sont parisiens, on s’y est fait connaître. Pour émerger, il faut monter à Paris. Les trois-quarts des groupes y viennent, se font signer sur des labels parisiens.
Cyrille : Je vais prendre l’exemple de Cali. Il a du venir à Paris pour se faire connaître, pour pouvoir dire après « Venez à Perpignan voir comme ma région est belle ». Je suis désolé, on adore notre ville ; mais c’est mort. Tu ne peux pas signer avec un label à Perpignan.
Franck : Si on était resté là-bas, on jouerait toujours dans les mêmes bars, on n’aurait jamais sorti l’album.

Vous pensez quoi des groupes d’ados comme les Naast, Second Sex, etc ? Ils semblent un peu bloqués sur un axe Ramones-Stooges, non ? 
Cyrille : On ne peut que se réjouir de voir des gamins monter des groupes de rock. Maintenant, tu ne peux pas imaginer qu’à 17 ans ces gamins aient la richesse musicale d’un groupe avec dix ans de musique derrière lui. Ils ne sortiront pas des références totalement inconnues du public, c’est normal. Laissons passer un peu la hype. Les groupes qui font de la musique honnêtement, on reparlera d’eux. Quand il y aura un premier maxi, on pourra juger. Là, on parle de groupes qui ont six mois de répétitions.
Franck : C’est génial, maintenant il faut les laisser tranquilles, il n’y pas vraiment de compos (…) On n’est pas contre. Mais c’est exagéré. On en parlera dans cinq ans.
Cyrille : Certains dont on en parlait il y a encore un an ont disparu ou changé de personnel. C’est le cas d’un groupe que j’aimais bien, les Parisians , qui avaient le plus d’originalité dans le lot.

Vous avez des pistes pour le deuxième album ?
Franck : Aucune idée (sourires). On n’a encore rien écrit.
Cyrille : J’ai plus peur de ne pas évoluer, de ne pas proposer quelques choses de neuf par rapport au premier. Prends un groupe que j’adore comme Supergrass, on voit qu’au bout d’un moment la formule s’use et qu’ils ne savent plus trop quoi faire.

Pour finir, est-ce qu’il y a un message derrière l’histoire des HushPuppies à louer ?
Franck : Non, il faut le prendre comme une grosse blague. On essaye d’avoir de la dérision.
Cyrille : Soyons honnête, depuis plusieurs mois que nous sommes à louer, ça fait beaucoup parler de nous, mais personne ne nous a loués officiellement. La seule fille qui a demandé nos services ne nous a jamais payés d’ailleurs.

www.hushpuppiestheband.com
www.myspace.com/hushpuppies
www.diamondtraxx.com

auteur : Alexandre Pedro - pedro.alexandre@wanadoo.fr
interview publiée le 26/03/2006

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