23/02/2020  |  5313 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/02/2020 à 15:55:31
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Babx

Paris, Bataclan
avril 2006

Derrière Babx se cachent David Babin et ses acolytes, une formation iconoclaste soutenue par la candidature d'un jeune homme pétillant, passé de sous le piano de sa mère au devant de la scène, d'un bazar artistique à un coup de baguette musical magique. Et c’est du haut de ses 24 ans que cet enfant de la balle déverse pour la première fois son curieux laboratoire acoustique. Doté d'un phrasé pointilleux, Babx surfe sur les mots et s’interroge ici sur les symboles qui jonglent notre quotidien. Kamikazes, loft et amour déchu prennent leur envol sur les larsens d’une musique au limite de l’hypnotique, dont le sens s’entrechoque brutalement avec l’écho d’une voix lancinante. Si l'une des dynamiques de l’album repose sur la recherche de sons et d’énergies, donnant un souffle plutôt sombre à ce récit musical, on ne saurait se targuer d'être ici au coeur d'un album simpliste, desservi par la jolie mine de son auteur. Babx, c'est comme un souffle dans le coeur.

Tes lèvres ont le tanin / Que les papillons laissent / Dans le creux d’une main / Lorsque la mort les berce / Tes lèvres ont le parfum / Roublard des maisons closes / Que des oiseaux taulards / Ont barbelées de roses / Ton sourire salé / Est une vague tirée / Un bas que l’on enfile / Quand la nuit se défile / Qui glisse lentement / Lorsqu’une larme éclate / Comme un bourgeon de sang / Sur tes lèvres se hâte.

D'ou vient ce curieux nom, Babx ?
Ca vient de mon nom de famille, Babin : le x c'était pour souligner que j'étais pas tout seul dans l'histoire, qu'il y a des gens derrière. C'était plus rapide que Babin et son orchestre ou Babin et ses copains ! (rires)

Cet album semble être construit autour de symboles très différents, on pourrait même penser à un paysage sonore ?
C'est exactement ça. Je voulais que cet album ait un souffle, que ce ne soit pas simplement plein de petites chansons choisies habilement. Je voulais un fil conducteur et même si il n'y a pas de thématiques précises, je voulais que ça se rapporte au symbole. Ca me donne ainsi la possibilité d'évoquer des choses dans des chansons au lieu de les juger. Pour moi un kamikaze, une femme siliconée, le loft, ce sont des symboles de notre époque qui peuvent nous passer un peu à côté. J'essaye, avec ces chansons, de m'y arrêter.

On peut parler d'une certaine forme d'engagement, même si on sent que ce n'est pas le but ?
Chanter, c'est forcement engageant. Je ne prône pas quelque chose en particulier. Il y a un engagement dans l'acte de chanter, de faire de la musique, dans toutes formes artistiques en fait.

Tu t'es déjà fait exploser en plein vol ?
Non, je me réserve pour plus tard ! (rires). Mais j'ai fait un rêve il y a deux ou trois ans, quand le groupe n'allait pas très bien. Je ne savais plus trop où j'en étais. J'ai rêvé qu'on était tous habillés en blanc sur scène, comme les kamikazes. Et au lieu de saluer, on se faisait exploser. Et je venais de lire la phrase d'une jeune fille kamikaze qui disait juste avant de mourir: « J'ai toujours rêvé de faire de mon corps un obus mortel ». J'ai trouvé ça horrible.

Tu joues beaucoup avec les mots sur cet album. Est-ce que jouer autant sur les mots leur permet d’avoir une propre vie ? Avec le titre Crack Maniac, on se sent un peu au milieu d’une certaine fureur ?
J'aime cette idée de fureur, c'est une manière pour moi de mettre en forme des choses assez violentes mais après, dans le bon sens comme dans le mauvais. Ca sert à exulter le « trop » de quelque chose.

Tu te sens comme un musicien qui chante ou comme un chanteur qui fait de la musique ?
Je ne crois pas être un parolier. Pour des gens, c'est une discipline quotidienne. Pour moi, c'est le dernier chapitre des choses auxquelles je pense. Mais je passe beaucoup de temps à me remuer le cerveau ! (rires) Je crois qu’il y a eu une vraie rupture dans la manière de faire des chansons après Gainsbourg. On a vu beaucoup de gens arriver après avec quelque chose de plus anglo-saxon, où le texte était moins important, où le texte était juste là pour soutenir la musique. Moi j’essaye de mettre les textes en avant. J’ai écouté pas mal de Brel et de Ferré, mais plutôt sur le tard. Mais ce que j’aime bien chez ces gens là, c’est que la parole a vraiment du poids. On chante pas pour se gratter le nez mais parce qu’il y a vraiment quelque chose à apporter devant : il y a un vrai engagement. Quand tu vois que Ferré n’osait même pas monter sur scène... Il y avait vraiment cette idée de donner quelque chose d’absolu. Mais j'ai aussi beaucoup écouté de Tom Waits, Björk, Debussy, ou encore Charlie Parker. Ca va un peu dans tous les sens.

Pourquoi cette chanson, Silicone Baby ? Est-elle franchement à l’image de cet album ?
Ah... J’aime les gens qui repèrent mes failles (rire). Elle parle de certaines choses qu'il y a dans le reste de l'album de manière un peu plus ironique, mais la vraie histoire de cette chanson est que lorsque je démarchais les maisons de disques, on me disait toujours que je n’avais pas un titre formaté pour la radio. Au bout d'un moment, ça m'a vexé ! (rires) Je n’ai pas de vraies notions de ce qu'est un single, je ne réfléchis pas comme ça. J'ai voulu réagir d'une certaine manière à l'idée de formatage. Cette chanson représente comment je me sentais à ce moment là.

Tu as passé tant de temps que ça sous le piano de ta mère !?
Ca a été ma chambre pendant longtemps ! (rires) En fait, ma mère était prof de piano et elle ne pouvait pas payer une nounou pour me garder, donc elle me mettait là, sous son piano. Ca a vraiment été une aire de jeux, d'écoute, de choses bizarres. J'ai un souvenir de moi gamin en train de fixer pendant des heures les pieds hoquetiques -c'est les pieds qui ont le hoquet- en fait, les pédales que les nanas activaient. Ca me fascinait, je me demandais toujours ce qu'elles faisaient.

Quelle a été ton évolution musicale ? Tu es même passé par la case rap ?
Je n’ai pas fait de rap mais j'en ai écouté beaucoup. D'abord, parce que c'est la musique populaire, celle des rues aujourd'hui et ça, qu'on le veuille ou non. C'est encore une musique marginale, mais qui, depuis 20 ans, se dépasse sans jamais vraiment revenir en arrière. Mais j'ai commencé d'abord par de la musique en groupe avec des enfants, puis j'ai fait de la musique classique, du piano jazz et du théâtre. Puis j'ai arrêté. J'en avais marre. Mon rêve, quand j'étais gamin, c'était de faire Les enfants du paradis. Puis j'ai passé des castings, et je trouvais que y avait quelque chose d'égocentrique, d'insupportable. Ca manquait de tout ce dont je rêvais donc j'ai arrêté.

On peut dire que ta musique flirte avec un certain pessimisme ?
Non, je ne pense pas. En fait, je sais pas faire encore des choses gaies je crois ! (rires) Quand je suis gai, je vais boire un coup avec mes potes. C’est vrai que ma musique est vraiment liée à des émotions sombres. Mon univers va plutôt chercher ces sons dans une danse des fous un peu bizarre que vers des petits bonheurs. Mais j’adorerais écrire des chansons qui rendent les gens gais... Si je savais le faire !

C’est facile de mettre des mots sur son travail ?
Je peux parler de ma musique avec un peu de recul puisqu’ il y a aujourd’hui un disque qui témoigne de cette espèce de réflexion que j’ai eue par rapport à cet ensemble là. Je me donne moi même des arguments pour faire de la musique, faut que tout ait un sens. Je suis un peu maniaque par rapport à ça. C’est comme si j’avais pris des notes pour tout.

Prêt à devenir une icône maintenant, alors ?
Nan ! (rires) Je veux surtout continuer à faire de la musique, c’est pour moi un long chemin d’ailleurs.

Pas trop le trac pour la suite ?
Si ! L’enfer ! Tout me fait flipper. La scène, les gens... Voir ma tête à la Fnac, tout ça, c’est des choses que je croyais privées jusqu’à maintenant ! (rires)

www.babx.fr
www.myspace.com/babx

auteur : Mélanie Kominek - bjorkya@hotmail.com
interview publiée le 13/05/2006

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