23/02/2020  |  5313 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/02/2020 à 15:55:31
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Frigo


mai 2006

Après 2 EP distribués en catimini et un mini-album, Teleportation, acclamé lors de sa sortie en 2003 chez Dernière Bande, le trio quimpérois Frigo revient avec Funambul. Sur ce premier album, le groupe s'est entouré d'intervenants prestigieux comme Troy Von Balthazar (Chokebore), Scott McCloud (Girls Against Boys) ou le String Machine (quatuor à cordes - Jacques Higelin, Brigitte Fontaine), alors que l'enregistrement a été confié au producteur Mario Thaler (Lali Puna, OMR, The Notwist). Frigo revient sur son passé et parle de son futur pour cette interview sans langue de bois, avant de revenir sur scène à Paris le 27 mai au Nouveau Casino, en compagnie de Television Personalities et Milkymee.

Tout d'abord, la question qui doit revenir souvent : Pourquoi Frigo ?
Max B : Hmmmmm ..... Elle revient tellement souvent que je t'invite à chercher la réponse sur Google. Je n'ai même plus vraiment souvenir de la raison exacte ...
Yan : Pourquoi pas ? 

Quand avez-vous formé le groupe ?
Max B : En février 2000, lors d'une soirée bien arrosée, Bren nous a proposé ses services.

Est-ce difficile de travailler avec son frère ?
Max B: Les discussions sont très, voire trop orientées, mais c'est surtout difficile pour les autres je crois. On peut se comprendre comme quiconque mais on peut aussi parfois être trop directs dans les échanges.
Yan : Disons qu’avec les années qui passent on s’est calmé, nous ne sommes pas non plus les frères Gallagher. Je penses que pour la composition des morceaux, cette situation est quand même bénéfique, car nous écoutons la même musique, ce qui nous aide à ne pas trop nous éparpiller.

Brendan, est-ce difficile de travailler avec une fratrie ?
Bren : Le fait de bosser avec une fratrie est quelque chose de très délicat. Il y a toujours des limites qu'elle ne doit pas dépasser afin de ne pas interférer au sein même du groupe et qu'elle dépasse très souvent. Je pense que cela dépend aussi beaucoup de la manière dont communiquent les frères entre eux et de la position que chacun a par rapport à l'autre. Intervient ensuite le rôle de chacun des frères dans le groupe. Bref un quatrième membre « conseiller familial » serait le bienvenu !!

Comment vous répartissez-vous les différents processus de création ?
Bren : Max s'occupe de toute la création mélodique via les machines et guitare ainsi que des textes, Yan se concentre sur des trames mélodiques provenant souvent du clavier ainsi que de la basse, et je gère la création rythmique. Dans l'ensemble cela se passe comme ça, mais chaque idée est ensuite rediscutée entre nous.
Yan : En fait nous ne passons pas tant de temps que ça en salle de répétition, Bren habite à Quimper, Max et moi à Rennes. Nous ne sommes pas vraiment du style à trouver des idées en jammant, on cherche chacun chez soi des idées, ce qui peut paraître un peu bizarre pour bon nombre de musiciens, mais c’est comme ça que nous avançons, quand on se retrouve en répétition, on concrétise plus vite le morceau.

Comment s'est passée votre rencontre avec Rodolphe Burger ? Et la signature sur Dernière Bande ? Etait-ce uniquement pour le EP Teleportation ?
Bren : Suite à des différents concerts dans tout l'Ouest ainsi que sur certains festivals français, l'équipe de Dernière Bande, dont une partie vient de Bretagne, nous a contactés. Ensuite, sur une date parisienne, nous nous sommes rencontrés afin d'établir un plan de travail commun autour de Frigo. Ce travail a donné naissance à Teleportation. Nous devions enregistrer aussi l'album mais suite a différents facteurs indépendants de notre volonté, le label n'a pas pu finaliser le projet d'album.
Max B : On a donc sorti l’album sur notre propre label Big Trip.

Comment avez-vous géré le fait que la presse spécialisée soit si élogieuse à votre encontre ?
Bren : On était tellement content qu'on a bu et pris des drogues pendant toute une semaine pour oublier !!
Max B : C’est très flatteur, et ça aide toujours car cela débloque des portes, des concerts…

Vous avez obtenu des papiers dans Libération, Les Inrockuptibles, Magic, sur la plupart des webzines indépendants, comment avez-vous géré le fait de ne pas trouver de maison de disques ? Comprenez-vous pour quelle raison vous avez autant galéré avant de sortir votre premier album ?
Max B : Je crois que le contexte est vraiment difficile. Il est très dur de vendre un disque aujourd’hui et seuls quelques groupes réussissent à rester intègre tout en répondant aux attentes d’un label. J’ai M83 en tête par exemple.
Quelques petits labels étaient partants pour sortir le disque … mais nous avions le financement nécessaire pour presser les disques et la motivation pour le défendre nous-mêmes auprès des différents médias. Nous étions déjà rôdés avant Teleportation et l’expérience d’un label nous a permis de connaître quelques ficelles. On a donc préféré le sortir nous–même avec l’appui d’un distributeur.

Quand avez-vous décidé de créer votre association, « Big Trip » ?
Bren : L'asso existe depuis le début de l'histoire du groupe et même avant. C'est toujours plus pratique pour tout ce qui touche à l'organisation, à la gestion, etc.

Avez-vous rencontré Mario Thaler ou est-ce que tout s'est déroulé par e-mails interposés ?
Bren: Tout a commencé par mails pour la première prise de contact, mais par la suite nous l'avons rencontré chez lui dans son studio de Munich, car je suis retourné enregistrer les drums et cymbales là-bas suite a une merde au cours du premier recording.
Max B : J’y suis également allé avec Bren pour faire un point sur les mixes.

En France, vous n'êtes pas les seuls à avoir travaillé avec lui, il y a aussi OMR et Tara King th. ; connaissiez-vous cette scène électro-pop ?
Max B: J'ai écouté OMR à partir du moment où j'ai su que nous allions enregistrer et mixer avec Mario Thaler. Tara King th., je ne connais pas, je suis curieux d'écouter cela. Nous étions surtout admiratifs du travail de Mario Thaler sur les albums de Notwist, Lali Puna et Ms. John Soda.

N'étiez-vous pas angoissé que l'on compare votre disque à ceux de ces deux autres groupes ?
Max B: ?!? Non, pas du tout .... Pourquoi d'une part serions-nous angoissés par les comparaisons ? Et ensuite, pourquoi angoisser par rapport à OMR et Tara King th.? Perso, j'aime beaucoup le travail de recording et mixage de Mario Thaler car il sait parfaitement doser le rock et l'électronique. Nous sommes restés producteurs du disque car nous souhaitions entendre exactement ce qu'on avait en tête, contrairement à Teleportation, notre précédent EP, où le mixeur qui était aussi producteur a apporté sa "touch", un peu trop à mon goût d'ailleurs.

Depuis peu tout le monde parle de MySpace et de son pouvoir pour se faire rencontrer les gens ? Qu'en pensez-vous ? Est-ce que cela vous aide à trouver un nouveau public, des nouveaux contacts chez les programmateurs, des associations musicales ?
Bren: Nous sommes nouveaux sur MySpace mais c'est un outil a prendre en compte comme un simple site Internet. Cela permet de briser les barrières géographiques, ce qui est déjà énorme. Ensuite il y a à boire et à manger, il faut savoir faire le tri pour réussir à tirer le meilleur de ce nouvel outil.
Max B: Comme dit Bren, nous sommes sur MySpace depuis peu. Pour l'instant, j'ai surtout l'impression qu'il y a beaucoup de groupes qui sont en attente de contacts plutôt que d'assos, labels ou autres structures qui proposent des choses. On a plusieurs "requests" de "friends" chaque jour, mais j'ai parfois l'impression que c'est la course à celui qui aura le + de "friends", un peu comme lorsque t'es jeune et que tu collectionnes les images Panini. Mais je n'ai vraiment pas assez de recul pour en parler précisément. MySpace, c'est un bon outil pour faire connaître ton groupe, mais cela ne suffit pas. Il faut aussi faire des concerts, te débrouiller pour que ton disque passe un peu en radio, dans les chroniques presse, etc... Tout cela permet une bonne exposition.

Pouvez-vous décrypter quelques titres de votre album ? Commençons avec :
Pictures of melancholy
Max B: J'aime beaucoup ce titre, son côté nostalgique, c'est parfait à écouter un dimanche par exemple ; "je suis joyeux d'être triste", voilà ce qu'il m'évoque. C'est Bix, le trompettiste de Kat Onoma qui a joué du cuivre sur le titre.

Draft
Max B: Nous n'avons jamais composé un titre aussi court. Il est très efficace ainsi.

Comportment notice
Max B: Au départ, c'était un titre instrumental avec des samples de voix. C'est d'ailleurs toujours sous cette forme que nous le jouons sur scène. Mais pour le disque, nous avons invité Scott Mc Cloud à venir chanter sur ce titre car nous sommes des fans de la première heure de son groupe Girls Against Boys et j'ai eu l'occasion de lui remettre nos démos alors qu'il habitait encore Paris. Il a été emballé par l'idée et a donc accepté d'écrire et chanter sur ce titre, il a enregistré ses parties chant à New York.

Mentronic
Max B: Un vieux titre assez barré et particulier dans le répertoire de Frigo. Certains l’adorent, d'autres pas du tout. La version disque et la version concert sont toutes les deux très différentes. Les cordes font la part belle au morceau en studio alors qu'en live, c'est un titre qui commence qu'aux machines pour finir bien rock hypnotique.

Pop corn cinema
Max B: C'est le premier titre que nous avons composé avec Frigo, il était seulement dispo sur notre première démo mais comme il fonctionne plutôt bien en concert, on a décidé de le ré-enregistrer pour l'album. Il est aussi un peu à part (décidément...) et s'accouple parfaitement avec Mentronic (hmmm, les coquins !).

Borderline
Max B: Comme tu le soulignais tout à l'heure, on a eu quelques galères pour accoucher du disque. Le parcours a été semé d'embûches, mais nous y sommes arrivés ! Je raconte un peu tout cela de façon déguisée dans ce titre en français. L'exercice m'a plu et il est fort probable que je réitère pour le prochain album.

Et enfin, Deadly summer trip :
Max B: C'est un titre pour ouvrir ses chakras, très spirituel, parfais pour planer. Tu te sens un peu comme Little Boudha quand tu l'écoutes mais tu n'as pas envie de disparaître !

Funambul vient de sortir, quel est la prochaine étape ? Pensez-vous déjà écrire des nouvelles chansons ?
Bren: La prochaine étape c'est défendre ce nouvel album sur scène afin de le faire vivre et de lui donné l'ampleur qu'il mérite. C'est aussi continuer sur notre lancée à faire parler de nous dans la presse, à démarcher tout les trois pour faire avancer l'histoire.
Max B : Nous avons déjà quelques ébauches de morceaux et savons plus ou moins dans quelle direction nous souhaitons aller…mais cela change périodiquement.
Yan : Je pense qu’il est primordial pour un groupe de ne pas trop se répéter au fil des albums qu’on produit, car cela peut aller tout droit à une mort lente, c’est pour cela qu’en ce moment nous cherchons d’autres manières de jouer, changer de dynamique dans l’évolution d’un titre tout en restant dans notre trip, cela n’est pas toujours évident.

Avec quel producteur aimeriez-vous travailler sur votre prochain projet ?
Max B: En France, j'ai beaucoup aimé le travail de David Fontaine sur le très méconnu Coma de Mary Lake. J’aime bien aussi le son du dernier Innocent X. Yan : Le travail sur le dernier Heliogabale Diving room est assez énorme, en plus il s’agit d’un autoproduit, il y a tellement de groupe en France qui n’ont pas forcément les moyens de s’entourer de réalisateur dans de bons studios, qu’ils font tout eux même, certains s’en sortent très bien, mais c’est rare.
Max B : Ils me semblent qu’ils l’ont enregistré eux-mêmes…

Vous avez sorti un DVD, est-ce plutôt pour séduire plus facilement les salles de concert, afin de faire voir ce que Frigo propose sur scène ou est-ce aussi pour les fans de la première heure ?
Bren: C'est surtout parce qu'on avait tellement de matière vidéo depuis le début, et qu'après toutes les aventures et galères pour voir sortir cet album, il fallait marquer le coup avant de passer à autre chose. Et puis on fait ce qu'on veut non !!!!
Yan : Il est surtout essentiel de se faire plaisir, on a fait la rencontre de l’asso MJPEG à Rennes, des fondus de vidéo, qui travaillent vraiment bien. Ils ont débarqué avec leur dizaine de caméras sur nos concerts, ensuite ils se sont tapés tout le montage, ce qui représente beaucoup d’heures de visionnage. On a tous trouvé le résultat vraiment bon, c’est comme un cadeau … qu’on se fait.
Max B : En fait, oui, c’est une occasion qui s’est présentée à nous et j’aime bien l’idée du « goodie » pour les fans de la première heure, car le DVD n’est distribué que sur notre site Internet ou bien sur les concerts.

Un dernier mot pour la fin ?
Max B : N'oubliez pas, la vie est une fête !

www.frigo-music.com
www.myspace.com/frigotheband

auteur : Cédric Duchamp - cedric.duchamp@foutraque.com
interview publiée le 15/05/2006

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