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The Divine Comedy

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
samedi 14 octobre 2006

« Ecrire, c’est la seule chose que je sais faire ! »

Même s’il déclare humblement (et avec une pointe d’humour très british) qu’il ne sait faire que ça, écrire des chansons ; Neil Hannon est l'un des auteurs les plus importants de ces dernières années. Ses nombreux albums avec The Divine Comedy et ses multiples collaborations (Jane Birkin, Charlotte Gainsbourg, Yann Tiersen etc.) en sont des preuves irréfutables. Neil Hannon ne sait peut être faire que ça, certes, mais il le fait bien, et même très bien, son dernier album - truffé de mélodies superbes et de morceaux captivants - parle pour lui… Il possède de surcroît une des plus belles voix du circuit actuel, ce qui ne l’empêche pas de rester simple, naturel et convivial en toutes occasions. La classe, quoi… C’est donc un homme charmant, accueillant, souriant et drôle (n’en jetez plus !) qui a répondu à nos questions dans les loges de la Coopérative de Mai, quelques heures avant un concert mémorable



The Divine Comedy vient de publier un album comportant onze très belles chansons (sélectionnées parmi trente titres composés), vous avez écrit récemment pour de nombreux artistes, composé des BO de films et des musiques de séries télé… Avez-vous toujours été aussi prolifique ou est-ce une période faste pour vous dans ce domaine ?
Neil Hannon : « J’ai toujours beaucoup écrit tout au long de ma carrière. Il y a de longues périodes où je n’écris pas (quand je suis en tournée par exemple) puis je traverse de périodes où j’écris continuellement… J’écris parce que c’est mon boulot mais surtout car c’est la chose que j’aime le plus faire ; je prends beaucoup de plaisir en le faisant, c’est comme un passe temps !

Initialement vous aviez prévu d’enregistrer un album entier de reprises, puis vous avez changé d’avis et il n’en reste qu’une seule (Party fears two des Associates) sur Victory for the comic muse. Pourquoi avez-vous changé d’avis ?
Je pensais faire un album complet avec des reprises mais après avoir fait cinq ou six arrangements qui n’étaient pas réussis à mon goût, j’ai changé d’avis : je n’ai gardé que Party fears two pour l’album. C’était la reprise la plus satisfaisante.

Sur scène, vous avez repris David Bowie (Life on Mars) et les Queens Of The Stone Age (No one knows). Qu’est ce qui vous a donné envie de reprendre ces morceaux ?
J’ai interprété Life on mars à la demande de Yann Tiersen (NDR : pour une Black Session de ce dernier). Quant à No one Knows des QOTSA, c’est une très très bonne chanson ; je l’ai transformée en morceau de cabaret berlinois des années 20 et ça a marché… Nous aimons faire de reprises sur scène de temps à autres, pour nous amuser.



« Ah, non, je ne peux pas faire ça, choisir entre mes chansons... Ce sont comme des enfants pour moi ! »


Vous venez de faire paraître votre neuvième album en quinze ans et vous semblez toujours aussi passionné. Quel est votre secret ?
La soif de vivre ! C’est une réponse désinvolte mais c’est assez vrai je trouve. La vie est une très étrange et très belle expérience ; j’espère que quand je mourrai je me retrouverai dans un univers parallèle. J’écris sur tout, et c’est une très bonne chose, j’espère continuer à être inspiré par plein de sujets différents.

Quel est le morceau dont vous êtes le plus fier sur votre dernier opus, celui que vous aimeriez entendre sur les ondes des radios du monde entier ?
Ah, non, je ne peux pas faire ça, choisir entre mes chansons... Ce sont comme des enfants pour moi ! Allez si vous insistez, je direz Threesome, parce que c’est une belle mélodie et parce que je ne chante pas dessus (rires).

Quel est, selon vous, le meilleur endroit pour écouter votre musique ?
Je n’ai jamais pensé à l’endroit où les gens écoutent mes disques, et je ne sais pas si je veux vraiment savoir d’ailleurs ! J’ai entendu des gens dire qu’ils avaient passé mes morceaux en faisant l’amour, je préférerais ne pas être au courant de ce genre de choses (rires) ! En ce qui me concerne, l’image parfaite serait de m’imaginer en train d’écouter ma musique sur une bonne chaîne avec un verre de Sherry Xeres dans la main, devant un grand feu, en faisant manger des toasts à deux chiens loup irlandais…

Sur votre site Myspace, vous n’hésitez pas à mentionner vos influences : Scott Walker, Burt Bacharach, R.E.M., Jacques Brel, Magnetic Fields, Kurt Weil… Avec qui aimeriez vous travailler si vous en aviez la possibilité ?
Avec Kurt Weil, car il est mort (rires) ! Pour être sérieux, j’estime avoir déjà eu énormément de chance dans mes collaborations : j’ai travaillé avec Michael Nyman, Charlotte Gainsbourg, Tom Jones, Jane Birkin, et cela me comble. Je ne veux pas dire « je veux travailler avec untel ou untel » et qu’après cela ne se fasse pas… Jusque-là les gens sont venus d’eux-mêmes vers moi, je ne veux pas provoquer les choses.



« J’aime beaucoup Melody Nelson, Bonnie and Clyde et Je t’aime moi non plus, bien que je ne comprenne pas les paroles ! »


Vous avez récemment travaillé avec Vincent Delerm (Favourite song), Charlotte Gainsbourg (The songs that we sing, Beauty mark), Jane Birkin (Home) et il y a quelques temps avec Yann Tiersen (Life on Mars). Comment se sont passées ces expériences avec des musiciens français ?
Vraiment très très bien ! Malheureusement, je n’ai jamais rencontré Jane Birkin, j’ai écrit la chanson chez moi dans mon grenier, je la lui ai envoyée par mail, et elle a finit sur son album, c’est incroyable ! Avec Charlotte, j’étais plus impliqué dans le projet pour l’écriture des paroles, puis quand l’inspiration m’a quitté, Jarvis Cocker est venu à la rescousse. Tous les projets sont différents les uns des autres, c’est plutôt effrayant pour moi qui suis juste un garçon timide d’Irlande. En tout cas, j’apprécie ce genre de défi, et je donne le meilleur de moi-même.

Ces artistes que j’évoquais dans la question précédente sont proches de l’univers de Serge Gainsbourg, est-ce quelqu’un que vous admirez ?
Oui, j’ai découvert sa musique quand j’avais 20 ans… J’aime beaucoup Melody Nelson, Bonnie and Clyde et Je t’aime moi non plus, bien que je ne comprenne pas les paroles (rires) ! J’apprécie également ce qu’il a fait avant… Ma chanson préférée de lui, c’est Poupée de cire, poupée de son qui était chantée par France Gall. Cette chanson possède une très belle mélodie et j’adore le rythme (NDR :il l’imite en tapant sur le micro), je ne me suis d’ailleurs pas privé de le pomper sur toutes mes chansons qui sont devenues des hits (rires) !



« Avant que je sois connu au Royaume-Uni, les Français m’aimaient déjà ; s’ils n’avaient pas acheté mes albums au début, je ne serai pas là aujourd’hui… »


La Coopérative de mai où vous allez vous produire ce soir a une adresse qui devrait vous plaire : elle est située rue Serge Gainsbourg…
Ça c’est poétique comme adresse !

Vous semblez être francophile, aimeriez-vous essayer d’enregistrer un album en français ? Oui, j’aimerais bien, mais il faut d’abord que j’apprenne la langue, parce que je ne parle pas bien français, je suis un mauvais garçon ! Vous habitez à Dublin, une ville où les habitants sont très enthousiastes pour la musique. Est-ce le meilleur concert de la tournée pour vous quand vous jouez là-bas ?
Généralement c’est très bien quand on joue à Dublin, mais il faut que vous dise que nous avons des auditoires excellents partout dans le monde. Tous les publics sont différents : les Français sont très concentrés, les Allemands prennent des airs stupéfaits, les Espagnols font beaucoup de bruit - ce qui est très bien -, les Irlandais sont bruyants pendant toute la durée du concert (sourire) et les Londoniens sont blasés, genre « j’ai déjà vu ces choses cent fois »… J’aime faire des concerts, c’est l’activité musicale par excellence : vous avez écrit une chanson et vous la jouez pour quelqu’un…

J’avais vu Ron Sexsmith en concert à l’Olympia de Dublin, il avait reçu accueil triomphal (comme celui réservé jadis aux Beatles) alors qu’il était quasi inconnu en France et jouait devant des salles peu remplies. Recevez-vous un accueil aussi chaleureux de la part de vos compatriotes ?
Bien évidemment (rires) ! Les Irlandais réservent une place à part dans leurs cœurs pour certains artistes, les Français font la même chose, il me semble… Avant que je sois connu au Royaume-Uni, les Français m’aimaient déjà ; s’ils n’avaient pas acheté mes albums au début, je ne serai pas là aujourd’hui… L’Angleterre pense que c’est le pays le plus important, mais j’aime à penser qu’il existe d’autres pays qui se font leurs propres opinions.



« Je garde certaines choses en tête, et après ça sort sous forme de chansons. »


Vos textes sont raffinés et très bien écrits, pouvez-vous dire ce qui vous inspire au moment de l’écriture ?
Il m’est assez difficile en général d’expliquer ce qui m’inspire pour prendre la plume.

J’ai lu que vous vous étiez inspiré d’un article de presse pour votre titre Diva lady…
Oui, j’étais très énervé par ce papier, ça ma donné envie d’écrire une tirade contre les stars qui pensent qu’ils sont mieux que les autres. Vous savez, toutes les chansons sont différentes, par exemple Lady of a certain age, c’est un résumé de la vie bourgeoise anglaise, je ne sais pas pourquoi j’écris sur ce sujet, si ce n’est que c’est quelque chose que je connais bien… C’est peut-être parce que je lis le journal de Noël Coward, ou à cause du mode de vie des amies de ma mère, allez savoir… Je garde certaines choses en tête, et après ça sort sous forme de chansons.

Avez-vous des modèles en ce qui concerne l’écriture des textes ?
Il y en a beaucoup que j’admire, et particulièrement Leonard Cohen, pour ses paroles, Morrissey, qui est l’auteur le plus drôle que je connaisse, et Cole Porter, pour son intelligence et sa clarté.

Y-a-t’il une chanson que vous adorez et que vous aimeriez avoir écrite ?
Je vais vous faire une réponse ennuyeuse : non ! J’ai déjà écrit beaucoup de chansons moi-même, je ne vais pas en plus vouloir écrire les chansons des autres !



« Ça va peut-être vous paraître incroyable, mais mon téléphone, il fait tout simplement dring dring ; je veux juste savoir qu'il sonne, je n’ai pas envie d’écouter une de mes chansons chaque fois qu’on m’appelle ! »


En ce moment, la mode est aux hits faisant office de sonneries de téléphone portable, je pense que vos tubes ont subi ce « traitement de faveur »… Que pensez-vous de ce phénomène ? Quel morceau de Divine Comedy ferait une belle sonnerie, selon vous ?
Je trouve ces sonneries affreuses, je ne les aime pas du tout ; mais s’ils ont envie de le faire, très bien… Je pense même que je suis payé quand mes chansons sont utilisées pour ça, c’est ironique… Ça va peut-être vous paraître incroyable, mais mon téléphone à moi, il fait tout simplement « dring dring » ; je veux juste savoir qu'il sonne, je n’ai pas envie d’écouter une de mes chansons chaque fois qu’on m’appelle !

Pouvez-vous présenter Duke Special, le groupe irlandais qui assure une les premières parties de votre tournée actuelle ?
Duke Special, c’est un homme avec un cerveau d’enfant ; son vrai nom, c’est Peter, il vient de Belfast, il écrit des fabuleuses chansons un peu bohémiennes. Sur celles-ci, il y a des arrangements intéressants de batterie et de percussions. Peter a une belle voix et beaucoup de talent, je pense qu’il va connaître le succès. Je suis très content qu’il fasse la tournée avec nous.

Vous avez déjà joué à Clermont-Ferrand, il y a très longtemps, dans un amphi de l’école de commerce, on m’a dit que le concert était très bien, est-ce que vous vous en souvenez ?
J’ai fait beaucoup de concerts, vous savez… Maintenant que vous m’en parlez, je m’en souviens, c’était un beau théâtre, ce qui est très différent d’une scène rock, et le public était très clame… J’avais oublié, mais ça me revient ; j’espère que c’était un bon concert !

Dernière question, quels sont vos projets après la tournée ?
J’essaye d’écrire une comédie musicale pour le Théâtre National de Londres, ce qui n’est pas chose facile. Cela va probablement me prendre des années, n’attendez donc pas ça incessamment sous peu… Sinon, je vais également continuer à écrire pour d’autres artistes. Je sais c’est un peu ennuyeux comme réponse, mais vous savez, écrire, c’est la seule chose que je sais faire ! »



Sites Internet : www.thedivinecomedy.com, www.myspace.com/thedivinecomedy, www.labels.tm.fr, www.dukespecial.com, www.myspace.com/dukespecial, www.lacoope.org.

Un grand merci à Sheila Ryan (traduction et sourires) et Julien Nadal (son et disponibilité).

Interview initialement réalisée pour Radio Campus Clermont-Ferrand (93.3 fm) : www.clermont.radiocampus.org


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
interview publiée le 26/10/2006

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