07/12/2019  |  5277 chroniques, 170 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 06/12/2019 à 11:40:08
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Pour la première fois en DVD, le film « Paris n’existe pas » avec Serge Gainsbourg



« Paris n’existe pas »
Le film de Robert Benayoun avec Richard Leduc, Danièle Gaubert et Serge Gainsbourg pour la première fois en DVD (avec dans les bonus , un témoignage de Gilles Verlant sur le film)
Sortie le 5 novembre

Soirée spéciale « Paris n’existe pas » au Forum des Images (Paris) le 20 novembre à 19h Projection du film en 35 mm

Texte ci-dessous extrait du communiqué de presse :

“Tu sais quel jour on est ?”
Simon, personnage principal du film, aurait bien du mal à répondre à cette question ! Incarné par Richard Leduc, Simon est un jeune peintre en manque d’inspiration, en proie à de fréquentes crises d’apathie et de tristesse aigue qui mettent en péril son propre équilibre et celui du jeune couple qu’il forme avec Angéla (Danièle Gaubert, future madame Jean‐Claude Killy). Après une fête, Simon se découvre de curieux pouvoirs psychiques. Les objets comme insufflés d’une vie propre s’émancipent et se déplacent dans l’espace. Il est vrai que cette fameuse soirée fut agrémentée d’une légère prise de psychotrope, mais ce n’est qu’un détail, une discrète référence aux dérèglements des sens de cette jeunesse de la fin des années 60 ivre d’oser, et non pas la cause de ce qui va suivre.
Perplexe et plutôt inquiet, le jeune peintre s’épanche sur l’épaule consolatrice de Laurent (Serge Gainsbourg), dandy fragile dont on ne sait s’il est critique d’art, collectionneur ou fils à papa mais « un personnage très proche de celui qu’il incarnait à l’époque dans la vraie vie et le seul rôle qu’il n’ait pas dénigré dans sa filmographie » nous dit Richard Leduc.
Si “Paris n’existe pas” pose des questions intéressantes sur l’art et la place de l’artiste dans la cité, le film traite avant tout du temps et de notre appréciation de la réalité à l’instar de la question d’Angéla à Simon : “Qu’est‐ce qu’il vaut mieux voir, le pont Alexandre ou ce qu’il nous cache” ou des jolies tirades de Laurent (Gainsbourg) “Tu sais, on a jamais su exactement ce qui sépare le passé de l’avenir (…) Le temps est une spirale, une succession infinie de séries que nous combinons à notre guise. Dans nos rêves par exemple (…) »
On ressent dans ce film toute l’ébullition artistique de l’été 68 et Benayoun nous livre 93 minutes de pellicule habilement tournées et montées, un voyage au sens “trip” du terme où rêve et imagination prennent toute leur place : indispensable.


Paris n’Existe Pas, un « mille feuilles surréaliste »
Par Jean-Emmanuel DELUXE

‘’Le temps est la substance dont je suis fait. Le temps est un fleuve qui m’entraîne, mais je suis le temps ; c’est un tigre qui me déchire, mais je suis le tigre ; c’est un feu qui me consume, mais je suis le feu’’
Cette citation de Jorge Luis Borges, l'un des auteurs majeurs du XXème siècle ayant su brouiller les pistes et interroger ses lecteurs sur l’essence de la réalité, conclut le film de Robert Benayoun. Le choix de ces mots par un réalisateur culte n’est pas anodin. Et, comme toutes bonnes fulgurantes, il synthétise tout l’esprit de son ‘Paris n’existe pas’. À la fois produit de sa bouillonnante époque (la France de 1968), œuvre d’avant garde qui n’a rien perdu de sa modernité et en même temps objet pop, Paris n’existe pas méritait que le public le redécouvre.

Comme toute œuvre majeure Paris n’existe pas peut s’apprécier à différents niveaux de lectures : pour Gainsbourg, ses costumes de dandy, ses aphorismes et sa B.O époustouflante qu’il compose avec Jean-Claude Vannier, pour le charme de Danièle Gaubert, comme pour la performance de Richard Deluc. Il peut aussi s'apprécier pour ses références pop, son spleen existentiel, hypnotique. On peut également être sensible à la critique du militantisme philosophique qu'il véhicule. Mais aussi aux réflexions qu'il stimule sur le temps, la difficulté de créer pour l’artiste, le marché de l’art ou la passion amoureuse. Et encore mille éléments, tel un délicieux mille feuilles surréaliste. Robert Benayoun, tout comme les ténors de la nouvelle vague de Godard à Truffaut, était un érudit doublé d’un cinéphile qui savait s’inspirer à des sources fertiles sans jamais plagier ses références. Il y a, dans "Paris n'existe pas", du réalisme magique à la Delvaux (le cinéaste belge), des références à la dérive psychogéographique chère à Guy Debord et un travail sur le son digne de « l’enfer » (le film ‘’maudit’’ de Clouzot récemment redécouvert). Simon, le personnage principal du film, à la fois produit de son époque et en bute à celle-ci, le proclame lui même dans le film : ‘’Paris n’existe pas. Nous existons. Paris c’est un mensonge qui change’’. Qui n’a pas connu un sentiment de trouble face à la réalité ? Tout comme Philip K Dick (‘’Blade Runner’’, ‘’Minority report’’) qui, toute sa vie, questionna le réel et la nature du temps qu’il ne concevait pas comme une ligne droite mais sous la forme d’un cercle. Alors Benayoun sème le trouble dans nos esprits et nous fait voyager sans bouger de nos fauteuils. La portée métaphysique et poétique de ce film, mise en valeur par les audaces formelles du réalisateur, parle peut être même davantage au spectateur de 2013 abreuvé de stimuli sensoriels qu’à celui des années 60. Fabrice du Welz, un réalisateur contemporain venu de Belgique (‘’Colt 45’’ avec Joey Star et Gérard Lanvin, ‘’Alleluia’’ avec Helena Noguerra) et désormais réclamé par Hollywood s’inscrit dans le sillage ouvert par Benayoun. Quand le cinéaste d’outre Quiévrain affirme : ‘’En règle générale, je chéris au cinéma toute forme d’altérité de la réalité. Cela ne m’intéresse pas de voir ce qui se passe chez mon voisin du dessus…", l’on pourrait croire qu’il parle de ‘’Paris n’existe pas’’. ‘’Paris n’existe pas’’ est un film au sein duquel se télescopent, passé, présent et futur et qu’il convient d’apprécier ici et maintenant. Suivez mon conseil, vous ne regretterez pas !

INFOS :
Durée : 1h33’ (93’)
Genre : Fiction – Fantastique
Origine : France
Année de réalisation : 1968
Réalisation : Robert Benayoun
Scénario : Robert Benayoun
Musique : Serge Gainsbourg et Jean‐Claude Vannier (leur première collaboration !)
Co‐Production : O.P.E.R.A. et Lycanthrope Films
Année de sortie : 1969
Distribution : Richard Leduc (Simon), Danièle Gaubert (Angela), Serge Gainsbourg (Laurent), Monique Lejeune (Félicienne), Henri Déus (Philibert), Jean Lescot (Guy) et Gregory Chmara, Denise Péron, Sonia Saviange, Madeleine Damien, Denis Berry, Ren Villiers, Roger Lumont, Maurice Bénichou, Christian Van Cau, François Valorbe, Douglas Read, Jacques Blot, Jean Pommier, Robert Benayoun.

« Paris n’Existe pas » 1969 : Sélection Cannes (semaine de la critique) et San Francisco, mention spéciale à Locarno.



www.youtube.com/watch?v=BmfBmKdvS8o
www.13bismusic.com/news/paris-nexiste-pas/

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